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CATHEDRALE DE CHARTRES

LUNDI DE PENTECOTE (5 JUIN 2006).

SERMON DE MGR BRETON,
vque dAire et Dax







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      dure: 28mn


Trs chers frres,
Je suis particulirement heureux de me retrouver parmi vous ce soir en ce lieu d'histoire, de lumire et de beaut qui a vu affluer, par millions, depuis sa fondation, des marcheurs de la Foi, des plerins de l'Esprance, venus confier la Sainte Mre de Dieu leurs joies et leurs peines, leurs doutes et leurs projets.

En remerciant Monseigneur Michel PANSARD, vque de Chartres, de son bienveillant accueil, je partage, au plus profond niveau, votre joie et votre action de grce en clbrant cette Messe solennelle qui est le couronnement de ce XXIVme plerinage de chrtient.

Vous avez sans doute connu, au cours de ces trois jours, les poids conjugus de la fatigue, de l'inconfort, de vos propres lourdeurs et de celles des autres. Je vous invite les offrir, par amour, dans l'offrande mme du Christ son Pre que reprsente chaque Eucharistie.

Je prie de tout cur avec vous pour que ce plerinage porte maintenant du fruit, qu'il soit l'occasion d'un authentique retournement du cur, d'une volont accrue de suivre plus gnreusement le Christ, d'une prise de conscience, pour un certain nombre je l'espre, d'un appel plus radical se donner, tout donner Dieu dans la vie sacerdotale ou religieuse.
Aimer, c'est tout donner. Cette parole de sainte Thrse, thme de votre plerinage, vous a accompagns, depuis samedi, dans vos temps de rflexion, de prire et d'adoration. Je souhaite qu'elle reste dsormais pour vous tous, quels que soient votre ge, votre condition, o que vous en soyez sur le chemin de la Foi, le moteur de votre existence, un phare qui pourra vous guider tout au long de ce plerinage terrestre, qui ne prendra fin qu' l'heure du grand passage, de la suprme et dfinitive rencontre.

Ne rejoint-elle pas aussi cette parole de Jsus en saint Jean : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ?

Les vies sont faites pour tre donnes ; les vies qui ne se donnent pas se laissent prendre par le futile, le facile, le superficiel et l'immdiat. L'amour, qui est toute notre vocation, n'est pas d'abord un dynamisme personnel chrtiens, nous devons aimer comme Dieu. Non seulement son exemple, mais par notre participation sa propre vie. Je vous renvoie ce sujet aux paroles scintillantes de notre Pape Benot XVI qui, dans son Encyclique Dieu est Amour, en dveloppe la manire d'une vritable symphonie les diffrentes dimensions et les inpuisables retombes dans nos existences. Monseigneur Michel Pansard vient d'ailleurs d'y faire largement allusion dans son mot d'accueil.

La charit est, en effet, une perfusion d'Esprit saint. Si donc Dieu est amour, il n'est pas vrai d'inverser la phrase en disant que notre amour est forcment divin, comme l'a fait un athe du sicle dernier. De fait, dans notre monde contemporain, le mot amour recouvre n'importe quoi, du sublime au plus sordide. Sachons accueillir la charit sans imposer Dieu nos tendancieuses dfinitions et nos douteuses pratiques. II existe d'ailleurs un critre infaillible : tre capable de pardonner soixante-dix fois sept fois, ce qui n'a rien d'instinctif.

Dans cet amour reu et rendu, il nous faut demeurer, mot cher saint Jean. Demeurer, cela veut dire durer, mais sans que cela nous cote, sans que cela devienne de l'endurance. Or, que de vies chrtiennes sont superficielles et intermittentes, et propos desquelles Jsus a dit un jour, en songeant aux croyants fantasques : Ce sont les hommes d'un moment ! Demeurer, cela signifie aussi habiter, vivre demeure, de telle manire que la charit soit notre vritable domicile, malgr toutes nos errances. Nous ne devrions jamais sortir de Dieu malgr la quantit et la diversit de nos occupations car, disait Vincent de Paul ses filles, tirailles entre l'oraison et le service des pauvres ce n'est pas quitter Dieu que de quitter Dieu pour Dieu . Sortir de la prire frip, frileux et maussade, c'est srement avoir mal pri en se repliant sur soimme.

Rendre l'amour reu, ce n'est pas multiplier les Seigneur ! Seigneur ! en perdre le souffle : c'est faire la volont de Dieu, c'est excuter de son mieux ce qui est faire ; car mieux vaut un imparfait qui est fait qu'un plus-que- parfait qui pourrait tre ventuellement fait. La petite Thrse le disait magnifiquement : l'extase, je prfre la monotonie du sacrifice. Alors, la volont divine devient autre chose qu'un prcepte pesant, qu'une corve odieuse : Aime et fais ce que tu veux , disait saint Augustin.
Dans ce commandement de l'amour, Jsus insiste sur la ncessit de la joie. C'est seulement, en effet, avec la joie au cur que nous serons capables du plus grand amour : donner notre vie pour ceux que nous aimons, et mme pour ceux que nous n'aimons pas spontanment. Car aimer, c'est offrir et non pas prendre ; c'est sortir de soi et non tout rapporter soi. N'est-ce pas ainsi que le Pre nous chrit : par l'oblation coteuse de son Fils unique ? Et que ce Fils nous montre sa tendresse : par le don de son Corps eucharistique ? Alors, de serviteurs, nous devenons amis. Ce n'est pas Dieu qui nous rduit l'tat de serviteurs, c'est nous qui prfrons lui accorder quelques prestations limites plutt que de succomber au risque de l'amour fou. Car c'est la tideur consentie et cultive qui rend esclave ; et c'est l'amour fou qui libre.

Si cette rgle de l'amour librement et gnreusement donn doit tre celle de tout chrtien loyal et cohrent avec sa foi dans toute situation ici-bas, elle est appele prendre une signification particulirement importante et fconde dans la vie familiale et la vie sacerdotale. Deux points qui me semblent maintenant importants dvelopper devant vous.

plusieurs reprises, l'glise parle de la famille comme d'une glise domestique, une glise miniature. Comment pouvons-nous le comprendre ? La famille est d'abord un lieu ecclsial en raison de son fondement sacramentel. Elle est inaugure par le sacrement du mariage, qui unit les poux, elle se dveloppe dans la pratique rgulire de la Rconciliation et de l'Eucharistie. Elle suscite de nouveaux baptiss et confirms. Elle est le terreau o germent les vocations sacerdotales. Elle accompagne ses membres gs ou malades dans leurs preuves.

Elle est aussi une glise domestique parce qu'elle est une cellule dans laquelle sont assumes les trois grandes caractristiques de l'tre chrtien. Au moment de son Baptme, le chrtien est configur au Christ, prtre, prophte et roi, par la marque du saint-chrme. Sa vie reoit alors un caractre sacerdotal, un caractre prophtique et un caractre royal.

La famille est une communaut sacerdotale dans la mesure o elle est communaut de prire et de louange commune rendue Dieu. Elle est une communaut prophtique dans la mesure o elle est claire par la parole de Dieu, reue ensemble et annonce par le tmoignage de la vie quotidienne. Elle est une communaut royale dans la mesure o elle prend sa part de la mission de l'glise pour la transformation du monde. La famille est ainsi le premier lieu de l'exprience de la vie ecclsiale.

Quelle est alors la mission de la famille chrtienne ?
La famille est le lieu de la premire initiation chrtienne. L'apprentissage de la prire et de la charit au quotidien doit se raliser ds la petite enfance dans le sein de la famille. D'autre part, la famille doit tre le creuset de l'exprience des lments constitutifs de l'amour, tels que Dieu nous les a rvls : la fidlit et la misricorde.

L'exprience de la fidlit se fait dans la famille, car l'amour que se vouent les membres d'une famille n'est pas un simple attrait, un simple dsir, ni mme une sympathie ou une estime pour les qualits personnelles de chacun. Les liens qui unissent les membres d'une mme famille ne sont pas suscits par l'admiration ou l'intrt. Ils rsultent d'un pacte d'alliance, qui dpasse ce que chacun y apporte et ce que chacun en reoit.

C'est dire que, lorsque l'exprience familiale se dlite, lorsque l'amour familial n'est plus fidle et quand il refuse de pardonner, c'est la possibilit mme d'imaginer l'amour de Dieu pour nous qui disparat. Ceux qui sont victimes de ces faillites de l'amour deviennent comme des handicaps du cur.

Vous voyez que la mission chrtienne des familles est un vaste chantier. La grce du sacrement du mariage, renouvele par la Rconciliation et soutenue par l'Eucharistie, n'est pas de trop pour mener bien l'aventure des parents.

Par ailleurs, si la parole de sainte Thrse Aimer, c'est tout donner trouve un heureux accomplissement dans l'ordre du mariage et de la fondation d'un foyer, elle revt un surcrot de fcondit dans la vocation sacerdotale et religieuse.
Si la vie consacre est indispensable pour la sanctification et l'apostolat missionnaire de l'glise, ces intendants des mystres divins que sont les prtres sont irremplaables comme pasteurs selon le couur de Dieu. Le Seigneur appelle donc, pour les besoins de Son glise, aujourd'hui autant qu'hier, des jeunes tre tmoins passionns de cet amour donn par Dieu en Son Fils. Rappelons-nous ce que Sa Saintet le Pape Jean-Paul II disait au cours de son premier sjour parmi nous Jeunes de France, c'est l'heure plus que jamais de travailler main dans la main la civilisation de l'amour... quel chantier gigantesque mais quelle tche enthousiasmante... ! Je crois de toutes mes forces que beaucoup parmi vous sont capables de risquer ce don total au Christ et leurs frres, de toutes leurs puissances d'aimer. Vous comprenez parfaitement que je veux parler de la vocation au sacerdoce et la vie religieuse. Vos villes et vos villages de France attendent des ministres au cour brlant pour annonce l'vangile, clbrer l'Eucharistie, rconcilier les pcheurs avec Dieu et avec leurs frres... (ier juin 1980 au Parc des Princes).
Oui, Dieu qui montre aux gars la lumire de Sa vrit (oraison du lundi de la 3eme semaine de Pques) ne cesse d'appeler pour le service de Son glise. Le contexte actuel de socit dans lequel nous vivons ne donne malheureusement pas toujours aux jeunes de notre temps les moyens d'une rponse libre et gnreuse.

II vous revient spcialement, parents qui m'coutez, de faire du couur de vos enfants, au titre de votre responsabilit de baptis, ce bon terrain o la semence pourra germer et produire en fonction du choix de Dieu. Le foyer demeurera toujours le premier lieu de toute ducation car c'est l seulement que pourront se modeler en profondeur, jour aprs jour, l'esprit de l'vangile, le got de la prire et de la Parole de Dieu, le respect et l'amour de l'glise, la conscience du Bien, du Beau et du Vrai.

Personnellement, je suis heureux d'attester que le sacerdoce peut remplir pleinement une existence et combler totalement le couur d'un homme. Joie d'tre responsable de la responsabilit de tous, permettant chacun d'tre sa juste place, de vivre pleinement sa foi et sa mission. Joie de faire russir l'autre, de faire russir chacun dans la vocation que Dieu lui donne.

N'est-ce pas pour un prtre une faon magnifique de donner la vie -une vie qui le traverse mais ne lui appartient pas- que de permettre ainsi des hommes et des femmes, des jeunes, de voir le jour, d'accder la lumire du Christ, de trouver leur pleine stature ? Joie de faire clore en chacun la vie que Dieu y a ensemence par le service de la Parole et des sacrements. Oui, joie de donner le Pain de vie de l'Eucharistie, joie d'accueillir des hommes et des femmes pour la Rconciliation, de leur dire que Dieu les aime, de reconnatre avec eux que je suis un pcheur et que, malgr tout, le Pre nous ouvre ses bras parce que le Fils les a conservs tendus sur la croix un certain vendredi Jrusalem.

Toutes ces joies se fondent, pour un prtre, en une joie essentielle : faire aimer l'glise, sainte avec des membres pcheurs, aimer l'glise non pas telle qu'on la rve mais telle qu'elle est aujourd'hui.

glise, Peuple de Dieu compose de pcheurs rachets.
glise, toujours Temple de l'Esprit malgr la lourdeur de ses pierres, souvent plus mortes que vivantes.

glise, toujours Corps du Christ malgr les dfaillances de ses membres. glise qui n'est pas une secte de gens qui savent mais une communaut, tmoin d'une prsence mystrieuse et relle.

glise qui, ne de la Rsurrection, est assurance et chemin de Vie ternelle.

Comment un prtre ne serait-il pas bloui par la beaut du message, cras par son inaptitude le transmettre ?

Trs chers frres, nous devons tous aimer l'glise du Christ, tout la fois mre de l'amour incarn mais ducatrice exigeante envers laquelle nous devons tous sans exception manifester un attachement indfectible et confiant. Au jour de notre baptme, elle nous a enfants dans la Foi. Nous y avons reu l'Esprit-Saint qui en est l'me, le dynamisme. Elle a reu les promesses de la Vie ternelle et les portes de l'Enfer ne prvaudront jamais contre elle. Toutes les turbulences du monde ne pourront jamais mettre en cause son avenir.
Soyons lui fidles et obissants, quoi qu'il puisse ventuellement en coter parfois, car elle seule dtient les cls de notre Salut. Notre glise est solide, inbranlable. Elle ne s'appuie pas sur des rves, des chimres ou sur un pass qui serait rvolu puisqu'elle est tablie sur la pierre angulaire, le Christ ressuscit. Jsus, mpris, rejet, crucifi, est devenu par sa rsurrection, le fondement de notre vie. Nous sommes toujours l, aprs vingt sicles, pour attester qu'il est prsent, vivant, aimant. II est de la responsabilit de l'glise d'en tmoigner. Ne voyons-nous pas d'ailleurs des chrtiens de plus en plus nombreux engager leur vie sur la Parole du Christ pour le service de l'glise ?

Alors, au lieu d'avoir une lecture trop souvent partielle, voire partiale, hmiplgique de la vie de l'glise en ciblant exclusivement ses faiblesses, ses points de fragilit, ne serait-il pas plus objectif et encourageant de reprer les signes visibles de sa vitalit : plus grande authenticit des pratiquants mme s'ils sont moins nombreux, ferveur et jaillissement d'innombrables groupes de prires, communauts nouvelles, audace apostolique de certains baptiss, annonce courageuse de Jsus-Christ dans un monde difficile et scularis. Longue pourrait tre la liste des merveilles de Dieu aujourd'hui. Comment ne pas rendre grce aussi pour ces grands rassemblements d'glise, comme le vtre ici ce soir, qui se dveloppent de plus en plus.
ventail impressionnant de sa richesse et de sa diversit qui montre que l'Esprit de Pentecte est toujours luvre, qu'Il refuse nos troitesses et dnonce nos frilosits. Nul ne peut prtendre avoir le monopole de l'Esprit.

Notre glise est tout la fois une vieille dame qui a survcu depuis 2 000 ans bien des vnements, des crises, des guerres et aussi une jeune femme toujours prte faire des projets d'avenir et donner le jour de nouveaux enfants.
Notre glise, toujours jeune, droutera toujours les sociologues et les historiens. Elle est un mystre, c'est--dire une vrit que nous ne comprenons pas compltement mais qui claire toute notre vie. Elle est construite sur le roc de la Parole de Dieu, qui nous convoque et nous envoie.
Peuple que Dieu est all chercher parmi les morts pour en faire des vivants (saint Cyrille de Jrusalem).

Cette oeuvre de Rsurrection et de Salut, il revient chacun d'entre nous de l'entreprendre sous la mouvance de l'Esprit-Saint que nous avons reu au baptme et la confirmation. Le chrtien n'est pas le spectateur de son glise.

II est l'glise. II vit l'glise. L'glise est ce Peuple de Dieu, compos d'vques, de prtres, de religieux(ses), de lacs, de diacres, d'hommes et de femmes, qui doit devenir Corps du Christ, Temple de l'Esprit. Personne parmi vous ne saurait donc rester sur le seuil. VOUS N'TES PAS DES CATHOLIQUES PART MAIS DES CATHOLIQUES PART ENTIRE. L'glise qui vous aime a besoin de vous, veut pouvoir compter sur vous dans une recherche commune de communion et d'unit. Chacun sa place, non pas interchangeable mais solidaire. Non pas miettement de la responsabilit mais communion.

L'glise, dans l'Esprit-Saint qui en est l'me, annonce que la mort est vaincue, que la haine est matrise, que l'Amour a gagn. Pour annoncer cette victoire, Dieu n'a pas d'autres voix que les ntres. N'est-ce pas encore une merveille de Dieu que de pouvoir tre tout la fois acteur et tmoin de cette formidable Esprance ?
Que l'Esprit de Pentecte opre en nous un vrai renouvellement, un vrai ressourcement !

Qu'Il nous ouvre toujours l'audace de la mission, la fidlit de la prire, et la pleine comprhension de tous ceux qui, avec nous, dans la diversit et l'unit du corps ecclsial, s'efforcent de porter et de rayonner le beau nom de chrtien ! Que Notre-Dame de Chartres nous protge et nous bnisse ! Amen.
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