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Sermon du lundi


SERMON DE MGR WLADIMIR
Pre abb des Chanoines rguliers de la Mre de Dieu
lors de la Messe pontificale de clture, le lundi de la Pentecte 2002




Chers Plerins des Batitudes,

Dans la lumire de ce Message vanglique dune tincelante nouveaut, vous avez march, courageusement march jusquau terme, jusqu ce sanctuaire incomparable o vous attendait la Vierge maternelle, Son Cur pour vous largement ouvert, comme le symbolisent ces portes accueillantes, franchies par la houle chatoyante de vos bannires, aux chos de votre foi, vibrante de chants et de joie.

Les Batitudes ce fleuron de lEvangile ne furent donc pas pour vous, en ce jour, une simple lecture, une thorique mditation o lme, delle seule occupe, sapprterait savourer de pieuses consolations.

De ces Batitudes vous avez fait vos guides pour la marche, vos provisions de route plerine, trsors spirituels dsirs, cherchs puis accueillis, les laissant vous informer et, peu peu vous transformer, pour les partager ensuite avec un plus grand nombre, vous refusant garder frileusement pour vous seuls une rvlation si dfinitivement nouvelle. Ainsi laborieusement dcouvertes, ou approfondies, longueur de kilomtres et au poids des fatigues supportes, les Batitudes vous ont appris, ou rappel, le secret de cette libert unique qui jaillit en lme ouverte la suave loi de Jsus-Christ.

Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est eux.

Le Fils de Dieu en Personne ne voulut pas possder ici-bas mme une pierre pour y reposer sa tte. Sa richesse, son trsor, ctait son Pre, le Bien infini. Refuserions-nous de le suivre sur cette voie de riche pauvret ? Au Royaume des Cieux apanage des pauvres en esprit refuserions-nous de faire servir gnreusement nos biens temporels et les quelques talents de notre esprit, de notre cur ? Aurions-nous moins de gnrosit que, par exemple, ces personnes gares dans les sectes et qui nhsitent pas leur consacrer de larges parts de leurs intrts matriels et intellectuels ?

Unissons donc nos efforts pour garder vivante et transmettre sans complexe la jeunesse inaltrable de la foi, sa doctrine invariable, la sacralit intacte de la liturgie, lordre fcond de sa grande discipline ; telle est bien la mission des pauvres en esprit, puisquils prfrent se dvouer la splendeur de la vrit plutt que de sexposer ladmiration des consommateurs de nouveauts.

Cest pourquoi la batitude des doux ceux-l mmes qui possderont la terre convient, elle aussi, aux pauvres en esprit, serviteurs de la vrit. Que deviendrait en effet la fidlit militante sans la douceur, cette fleur, ce fruit de la charit reine des vertus, faute de laquelle nen subsisterait aucune autre ?

il pour il, dent pour dent fulminait jadis le Testament ancien, en une sentence o, seule, rsonnait la justice. Mais voici que, dpassant les bornes de la sagesse des hommes, une justice plus haute, clatante dternelle nouveaut chanta, pour lAlliance Nouvelle, la batitude des doux : Bienheureux les doux, parce quils possderont la terre.

Quel quilibre, mes Frres, en cette parole o sharmonisent et se compltent la douceur et la force !

Evanglique, la douceur nest donc pas la rsignation perdre ce quen justice on doit tenir et mme, sil le faut, reconqurir. Telle est la batitude mme du Cur humain de Dieu, tout ensemble humble et magnanime : Apprenez de Moi que je suis doux et humble de cur enseignait ce mme Jsus qui, pour affermir plus tard les siens scriera, sans pour autant se contredire : Courage, mes petits enfants, jai vaincu le monde.

Douceur impavide qui, jamais, ne cde rien de ce qui tient lessentiel dune cause sainte.

Douceur de source divine, veillant sur lhritage reu, le dfendant avec vigueur si ncessaire, mais qui nemprunte rien la violence ou la haine, vaillance sans mpris, libre de cette suffisance qui, de la vrit elle-mme, dissimule parfois la beaut.

Mes frres, scrie saint Augustin, retenez bien ceci pour le pratiquer et le prcher avec une imperturbable douceur : aimez les personnes, exterminez les erreurs sans vous enorgueillir ; puisez votre assurance dans la vrit, combattez pour elle sans duret. Priez pour ceux dont vous rduisez nant largumentation et qui vous montrez leurs torts. (Contra litteras Petiliani, I, 31)

Sagesse admirable, mes Frres, que nous pourrions peut-tre rsumer ainsi : Abattons les erreurs, ne dshonorons pas les personnes.

Cette douceur, inbranlable en sa bont comme en ses combats, cette batitude venant bout des injustices force de prires, de persvrance et de sacrifices, cette vertu de courage patient, nous devons la vouloir pratiquer, mes Frres, non seulement envers nos contradicteurs, mais bien plus encore entre nous, dans nos rapports mutuels.

De la batitude vanglique des doux, faisons notre commune devise. Aucune mollesse nen rsultera, mais bien plutt une unit intelligente et lucide, laquelle ne saurait se confondre avec luniformit, dont personne ne veut.

Cette unit loyalement partage, ne voyez-vous pas, mes Frres, quelle peut, seule, nous armer dune force humblement invincible ?

Quils soient un !

Cette imploration du Sauveur Son Pre qui Lexauce toujours, voici quelle simpose nos curs comme un commandement dautant plus sacr quil vibre du dsir le plus fervent et de la plus ardente soif de notre Rdempteur :

Quils soient un !

Habits par la douceur des forts, et forts de notre unit, maintenons alors en leur place laquelle est seconde nos ides et nos opinions personnelles ; sachons parfois relativiser nos gots et ne confrons pas linfaillibilit tous nos jugements, toutes nos interprtations.

Quils soient un !

Mais pour y parvenir, tenons bien en sa place laquelle est premire la fidlit inaltrable lessentielle vrit sans jamais laffadir, sans la diminuer en rien.

Mes Frres, sacrifions-nous pour lunit, faute de laquelle ne serait ni sauve, ni garde vivante et libre la grande Tradition doctrinale et liturgique quen raison de sa richesse intrinsque, nous servons et aimons, anims de ce que la plus haute autorit de lEglise, notre Saint-Pre le Pape, a qualifi solennellement de justes aspirations ; oui, justes, mes Frres.

Pour cette justice-l, vous avez donc pein, chers Plerins, au long de ces chemins de Chrtient qui, dans le sillage de Charles Pguy, vous menaient en certitude jusqu la flche irrprochable et qui ne peut faillir.

Recrus de fatigue mais prsent combls de joie, vous avez pein, reprsentant ici, en rangs serrs, la foule bien plus nombreuse encore de celles et de ceux qui forment avec nous, en France et en bien des pays, notre grande famille desprit au sein de lEglise catholique.

Quelles soient mortification des corps ou broiement des curs, nous ne regrettons pas nos souffrances passes et prsentes pour lEglise ; nous ne refusons mme pas de devoir souffrir encore pour cette Mre bien aime et, parfois, par certains de ses membres.

Non, de cela, nous ne nous plaignons pas, car : Bienheureux ceux qui pleurent, parce quils seront consols.

Au cours des annes passes, que de fois navons-nous pas pleur, mes Frres, affams et assoiffs que nous tions de simple justice dont, souvent, on refusa de nous rassasier ?

Privs parfois de nos humbles droits denfants de lEglise, et en cela souffrant perscution - selon que le professe la huitime batitude nous sommes nanmoins demeurs dans la barque de Pierre, bienheureux de ne la dserter jamais.

On parla de nous en mal, nous brocardant du qualificatif dintgristes nous ne tenions pourtant rien dautre qu notre condition irrfutable de catholiques on condamna mme nos intentions et nos uvres, eh bien ! malgr les larmes que tant dinimitis nous faisaient verser, nous navons jamais dout de la bienheureuse exhortation du Christ : Rjouissez-vous et exultez parce que votre rcompense est grande dans les cieux.

Ainsi donc, mes Frres, bienheureux sommes-nous Oh ! Non pas, certes, la manire des lus valeureux, dsormais citoyens de la gloire, mais selon le mode terrestre, parcourant en chrtiens, quoique pauvres pcheurs, nos chemins de saintet, chargs de la dconcertante croix des exclusions fraternelles .

Nous ne nous regardons pas pour cela dispenss de la batitude des pacifiques, car eux seuls seront appels fils de Dieu.

Avec patience donc, mlons nos larmes au Sang rdempteur dont sempourpra la Croix, sans nous abandonner au dcouragement, moins encore lesprit de revanche.

La prire des larmes est prcieuse aux yeux de Dieu et pleurer nest pas geindre. Aurait-on oubli les larmes de Jsus-Christ au tombeau de Lazare ? Ce sont elles, pourtant, panches avec la prire du Matre, qui rappelrent de la mort lami enseveli et firent rouler la pierre lourde, le rendant ainsi la lumire.

Nous nignorons pas que quelques-uns, nous refusant mme la qualit dtrangers auxquels souvriraient volontiers leurs bras nous traiteront encore, parfois, en exclus. Nos mes en pleureront, mais : bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consols.

Elle ne ment pas, mes Frres, cette prophtie de consolation. Navons-nous pas commenc dprouver, par exemple, la bienveillance de Rome ?

Ici mme, en ce haut lieu, voil juste une anne, un minent Cardinal ne clbrait-il pas pour nous la vnrable liturgie ?

Et toujours ici, Chartres, nous nous rjouissons de laccueil rserv notre amour de lEglise par lEvque du diocse, en sa cathdrale.

Citerai-je encore une autre cathdrale, celle de Wrtzburg en Allemagne, o, rcemment, je mhonorais de chanter la Messe pontificale selon le rite antique.

Et bien dautres lieux, en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique, maintenant ouverts nous, aprs les jours terribles des refus de jadis

Sans doute, certains lieux se fermeront-ils encore aux coles catholiques quil faudrait pouvoir ouvrir pour vos enfants si nombreux

Sans doute, plusieurs se heurtent-ils aux portes de chapelles ou dglises jusqu ce jour maintenues fermes leur soif de Dieu, la ferveur de leurs prires

Sans doute, des prtres zls sentendront-ils interdire encore, ici ou l, le service de Dieu et des mes, pour dlit de tradition

Sans doute, vous pleurez, parfois, de tristesse ou de honte, parce que des couvents et des monastres, vides de leurs anciennes vocations, sont vendus pour des usages profanes, aprs quils furent refuss aux jeunes filles, aux jeunes hommes qui viennent grossir les rangs de nos Communauts

Sans doute, sans doute

Mais ne loublions pas : bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consols. Larmes verses, prires persvrantes, sacrifices multiplis, plerinages de pnitence joyeusement consentie, tout cela devrait-il rester infcond ?

Ah ! Mes Frres, chassons loin de nous ces doutes, ces tentations de lassitude, ces penses de dmission. Nous serons consols ! Demeurons fermes dans la fidlit, mais humblement, comme des fils et comme des frres, non comme des juges. Point de concessions inutiles, mais point dimplacables exigences

Croyons de vive et pleine foi, Frres chrtiens, croyons la toute puissance suppliante de la prire sous ses multiples formes et, notamment, la prire la Vierge Mdiatrice de toutes grces, irrsistible au Cur de son divin Fils.

Croyons plus loin, plus haut que les contradictions opinitres et les refus obstins.

Croyons en lEglise que nous aimons et qui nous aime.

Laissons aller et slever notre confiance filiale bien au-dessus, bien au-del des ostracismes tenaces, lesquels ne partagent pas avec lEglise la promesse de durer toujours !

Rcemment encore, au Brsil, mus et joyeux, ne lavons-nous pas vue, cette Mre attentive, se pencher avec une gnreuse bienveillance sur certains de ses fils un moment loigns, puis les ramener en son sein, garante loyale de leurs justes aspirations .

Confiance donc en lEglise, Patrie de la justice, Mre de misricorde et Matresse de vrit. Confiance rsolue parce que divinement suscite : nous serons consols , affirme le Sauveur.

Envers ceux qui, fervents dunit autant que de vrit, ne se sont jamais carts delle, envers ceux dont il nest nul besoin de faciliter le retour puisquils ne sont jamais partis, lEglise maternelle ferait-elle preuve dune moins efficace et sage bont ?

Que la prire de notre grande Famille se fasse incessante, mes Frres, que nos demandes, inlassablement renouveles, fortes de notre unit, et toujours respectueuses, rpondent aux promesses de Notre-Seigneur : Priez sans jamais vous lassez, demandez et vous recevrez ; frappez et lon vous ouvrira

Une telle confiance ne doit rien la navet ; elle ne ressortit daucun optimisme bat.

Cest bien plutt une confiance surnaturellement fonde, qui ose prcder, avec une filiale assurance, la ralisation de notre esprance, et lexaucement de nos justes aspirations , selon le dsir si clairement formul de notre Saint-Pre le Pape.

Oui, mes Frres, la sollicitude pastorale du Sige Apostolique, laquelle nous savons que souhaitent sunir des Evques diocsains, saura bien alors ouvrir une voie canonique large et gnreuse la paisible implantation de nos diverses uvres. Car le leur refuser toujours, ne serait-ce pas, inavou autant que dlibr, le parti pris de les abandonner une mort certaine, alors mme quelles ne cessent de recevoir, de la divine Providence et visiblement, tous les moyens de leur croissance et de leur dveloppement ?

Au contraire, Dieu notre Pre qui est au cieux connat tous nos besoins et lEglise, -- notre Mre qui est sur la terre se veut absolument dvoue son dessein de vie.

Confiance donc : aprs les larmes vient la consolation.

Confiance : nous serons exaucs car, plutt quaux hommes, mieux vaut se confier au Seigneur : Dieu est fidle.

Chers Plerins des Batitudes, sur vos chemins de saintet, entendez la parole dun grand Aptre de notre temps, Mgr Vladimir Ghika :

Heureux sont ceux qui ont dsir aimer davantage et qui ont voulu aimer ce quil est difficile daimer, car la terre leur sera moins petite et le ciel leur sera plus grand.

Ainsi-soit-il !


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