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DIMANCHE 15 MAI 2005

FORET DE RAMBOUILLET

SERMON DU R.P.
LOUIS MARIE DE BLIGNIERES
Prieur de la Fraternit
Saint-Vincent-Ferrier




Mes chers amis,
A l'image du monde o ils baignent, nos curs sont agits, vides et gostes. Le jour de la Pentecte, l'Esprit Saint les apaise, les remplit et les ouvre. En nous, comme dans les Aptres, il cre ce qu'il a mis en Marie : le cur chrtien recueilli, plein de Dieu et transparent, et il ralise la prophtie de Jrmie : Je mettrai ma Loi au fond de leur tre et je l'crirai sur leur cur (1).

1. Nos curs sont agits. Plus que jamais dans l'histoire des hommes, nous sommes surchargs, troubls, inconstants. Une culture dont tous les organes transpirent le vertige du nihilisme nous dstabilise. Assaillis par une masse croissante d'informations, presss par les rythmes de la rentabilit moderne, sollicits par les obsessions de la publicit, nous voici submergs par les motions synchronises des mdias.
Le coup de tonnerre de la descente de l'Esprit nous ramne l'essentiel : Dieu existe, et il est entr dans la famille humaine ! Les Aptres, l'audition de la grande Voix qui rsonne sur le Cnacle, sont marqus au fer incandescent de la communion de l'Esprit, partout prsent et remplissant toutes choses (2), et ils saisissent de l'intrieur le mystre de l'Incarnation. Aprs les facis de haine qui ont grimac lors de la Passion, ils voient le visage serein de la Mre de Dieu, doucement pench vers son Eglise naissante. Dans l'Icne de la Vierge de tendresse (l'Eleoussa des Orientaux), nous contemplons ce qu'est Marie pour les baptiss. Comme elle tait incline, douce et grave, sur le visage du Sauveur Enfant, elle est penche sur chacun de nous et nous presse contre sa joue. Elle regarde l'Etre vritable de toute la force de son esprit (3). En fixant l'Immacule, le regard de notre foi est port vers le Dieu incarn qu'elle a mis au monde. La beaut de celle qui illumine l'esprit des croyants (4) nous rends attentifs l'essentiel : Dieu a tant aim le monde qu'il lui a donn son Fils (5) ! Si le souffle de l'Esprit Saint chasse le bruit de fond parasite qui rend nos mes sourdes, si sa grce transforme l'intime de nos curs par l'absolution sacramentelle et la marche pnitente, alors une paix que le monde ne peut comprendre s'infiltrera en nous.

2. Nos curs sont vides. Comment serait-ils pleins ? L'homme est fait pour Dieu, et rien de ce qui est en dessous de lui ne peut le combler. Mais nous vivons une trange clipse de Dieu. A l'cole comme l'Universit, il est dfendu de parler de lui, nos philosophes ont proclam sa mort ou son silence dfinitif, nos politiques le bannissent de l'espace public et prtendent le chasser de l'histoire de l'Europe qu'il a faonne. Une catchse subjectiviste et le discours de certains Pasteurs voquent davantage la solidarit humaine que la Cration, la Trinit ou la Rdemption. Nous voici donc, alors que nous sommes bourrs de technique et de virtuel, sevrs de la vraie sagesse, la science du rel et des choses de Dieu.
Qui va combler ce vide ? L'Esprit Saint que donne l'Eglise ! Tombant en flammes chaudes et clairantes sur les Aptres qui entourent Notre Dame, il les remplit d'une connaissance cordiale du mystre du Christ. Il les fait entrer dans l'insurpassable charit du Pre manifeste dans la Passion et les illumine de la grce plnire de Jsus sigeant la droite de Dieu. Tout prend sens la lumire de l'Amour crucifi crasant le pch et dpouillant l'enfer. Tout l'absurde est vacu, le vide du monde est combl, la grce de la Trinit, tel un invisible cristal, abrite ceux qui sont baptiss, pour qu'ils mettent dans le temps la joie mme de Dieu. Jusqu' la fin du monde, sous la conduite des successeurs de Pierre qui Notre Seigneur laissa les cls de cette admirable joie (6), les saints dploieront les splendeurs de la divine rvlation : Dieu s'est fait homme pour que nous soyons fait Dieu (7) ! Quelle richesse inpuisable, quelle plnitude ! Regardons la Vierge qui retient toutes ces choses dans son cur (8). Marie, celle qui montre le Chemin (l'Hodigitria des Orientaux), nous prsente l'Enfant-Roi sur ses genoux tendant les bras vers le monde. En elle, l'Esprit nous entrane vers la vrit toute entire qui est le Christ. Allons vers le trsor de Sagesse que nous prsente l'Eglise, interrogeons-nous srieusement sous le regard de la Mre de Dieu : qu'est-ce que nous en connaissons ? Qu'est-ce qu'il nous fait faire pour y puiser davantage ?

3. Nos curs sont gostes. Il n'est pas facile pour l'homme dchu de respecter tout homme et de l'aimer comme son frre. Notre modernit, traverse d'un nombre infini d'informations, est un univers d'les humaines o les individus mettent des signaux qui se perdent dans le vide, parce que plus personne ne sait couter. Renferm comme un autiste sur ses motions, cherchant dans des techniques et des jouissances le secret du bonheur, l'homme sans vie intrieure est incapable d'change, parce qu'il ne veut plus prendre le risque d'aimer. Donner la vie, oeuvrer pour le bien commun, se sacrifier pour l'autre, voil qui est devenu impensable. Les deux cits qui s'affrontent depuis la chute d'Adam sont aujourd'hui arrives au point o le choix est clair (9). Il faut avec le Christ perdre sa vie dans l'amour de Dieu, ou se replier sur un gocentrisme forcen, dans la haine de tout ce qui n'est pas soi ; la transparence de Marie et des Aptres, ou l'opacit du refus satanique !
En regardant au Cnacle la Mre du Christ, les Aptres voyait le visage de son Fils. Elle les duquait l'apostolat en leur redisant : Faites tout ce qu'il vous dira (10). Lorsque l'Esprit Saint est descendu leur suggrer de nouveau tout l'Evangile, ils ont compris en profondeur la prdiction de Jsus : vous serez mes tmoins jusqu'aux extrmits de la terre (11). Ils ont chant avec Marie dans le Magnificat la grande misricorde de Dieu, l'Incarnation rdemptrice, et l'ont rpercute jusqu' la fin des temps. Malgr les faiblesses humaines, les aptres et leurs successeurs ont t fidles et transparents au message du Christ ! Un grand signe se dresse depuis deux millnaires sous les yeux des nations, c'est l'Eglise qui, par son admirable propagation, son minente saintet et son inpuisable fcondit en toutes sortes de biens, est par elle-mme une preuve irrfragable de sa mission divine (12).
Par l'ascendant de leur conviction, par leur amour brlant pour le salut ternel des hommes, joints aux miracles qui les accrditent, les aptres et les saints ont touch les curs et les ont ouverts l'Amour. Leur enthousiasme communicatif, leur attention aux faibles et aux rebuts de la socit, ont provoqu par osmose la transparence des curs : dsormais, tous peuvent communier au plus profond de leur tre dans la lumire du Christ. Quel dgel : la glaciation de la haine et les dsesprantes solitudes ont fondu sous la chaleur de l'Esprit ! Tout baptis tournant les yeux vers Marie, cette transparence qui repose dans la lumire de la Trinit (13), se sent responsable du salut de tous les hommes. Comment supporter l'ide que des tres fait l'image de Dieu et appels la communion trinitaire, n'aiment pas leur propre grandeur, s'isolent dans le dsespoir et prissent misrablement pour l'ternit ? Aurons nous du repos tant que nos frres se damnent et que nous ne les aurons pas persuads de la vie ternelle ? Comment ne pas vouloir tre les aptres de la joie divine (14), cette joie qui rayonne sur la misre du monde partir du soleil mystrieux de l'Eucharistie ?
Marie, Mre de l'Eglise, vous tes le vtement de ceux qui sont sans esprance. (15) Pour le monde assis dans les tnbres de la mort de Dieu, vous tes l'ultime port du salut. Que votre Cur immacul nous attire, nous et tous ceux qui mendient la lumire, la srnit, la densit et la transparence de l'Esprit de Jsus.

Fr. Louis-Marie de Blignires
Prieur de la fraternit Saint-Vincent-Ferrier
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