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Notre-Dame de Chrétienté - pèlerinage de Pentecôte de Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres

     
 

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Lundi 30 décembre 2013

Gustave Thibon : les exigences de la vraie fidélité

Méditons cette citation de Gustave Thibon qui est un appel à l'action et à la créativité dans la fidélité :


"Un héritage n'est pas un talisman ni une baguette magique : c'est un outil. Et un outil qu'il faut savoir manier et adapter en fonction du mouvement de la vie qui ramène toujours le semblable, jamais l'identique.
Épouser la pensée d'un maître, cela veut dire s'unir à elle pour lui faire des enfants et non pas la stériliser sous prétexte de lui conserver je ne sais quelle intégrité virginale. Il n'y a pire trahison qu'une certaine fidélité matérielle et littérale qui, en durcissant les principes en système, n'aboutit qu'à congeler ce qui était le jaillissement d'une source vive. Les exercices de patinage qu'on peut faire sur cette glace ne m'intéressent pas.
La vraie fidélité est celle qui prolonge, qui corrige et qui dépasse. Et le meilleur héritier n'est pas celui qui fait de son héritage un musée ou une exposition rétrospective. "Le bien gagné reste à défendre" : le capital de la sagesse qui vous a été légué, vous ne le conserverez qu'en le fécondant, en le recréant sans cesse".

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Lundi 23 décembre 2013

En relisant nos maîtres : Jean Ousset

2013.12.23_PQR.jpgDepuis quelques années les approches conservatrices, réactionnaires, voire contre-révolutionnaires ont connu un renouvellement de leur littérature par la multiplication d'essais, de qualité, variable, dont votre blog préféré a eu régulièrement l'occasion de se faire l'écho. Même si un certain nombre de concepts ont été mis à jour par l'actualisation de leurs modalités d'application dans le monde d'aujourd'hui, leurs fondements philosophiques, ancrés notamment dans la permanence et l'invariance de la nature humaine, demeurent pérennes. Dans ce cadre nous vous proposons, selon un rythme plus ou moins régulier, de rappeler à notre bon souvenir quelques lignes de nos maitres, au fil de nos lectures ou relectures.

Aujourd'hui nous "ferons mémoire" de Jean Ousset, avec ces quelques lignes de "Pour qu'Il règne" (Editions Dominique Martin Morin).

« La neutralité est impossible (…) elle n’existe pas. Il est dans l’ordre que le glaive temporel soit soumis au glaive spirituel… la chose a toujours été et sera toujours. Autrement dit IL EST IMPOSSIBLE QU’UNE DOCTRINE NE REGNE PAS SUR L’ETAT, QUAND CE N’EST PAS LA DOCTRINE DE VERITE, C’EST UNE DOCTRINE D’ERREUR (NDPC : c’est l’auteur qui met en majuscules). Ainsi le veut l’ordre des choses. Il veut que la force obéisse à l’esprit, et, de fait, elle obéit toujours à un esprit : esprit de vérité ou esprit de démence.

A ceux, donc, qui aujourd’hui s’en vont levant les bras et hochant la tête quand on leur rappelle cette doctrine des « deux glaives », refusant d’y croire, en la prétendant « dépassée », nous avons pris l’habitude de répondre ! « Démontrez-nous qu’aucune force spirituelle ne règne plus sur l’Etat et nous vous croirons aussitôt. Démontrez-vous que la Maçonnerie ne règne pas à la place de l’Eglise, et de telle sorte que le magistère de celle-ci n’était qu’enfantillage au regard de la pression de celle-là. Ah ! Vous ne voulez pas que la Sainte Eglise de Dieu règne sur le gouvernement des nations ! Qu’à cela ne tienne ; les nations passeront sous la puissance des sectes. Votre Etat, « libéré » de l’Eglise, ne cessera pas d’obéir à un glaive spirituel, glaive spirituel des forces occultes, autant dire de ces idées de laïcisme, de naturalisme que ces forces font pénétrer partout et en se moquant bien de nos scrupuleuses distinctions sur les domaines respectifs du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. »

Jean Ousset cite plus loin Pie XII : « De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien des âmes, c’est à dire le fait que les hommes, appelés tous à être vivifiés par la grâce du Christ, respirent, dans les contingences terrestres du cours de la vie, l’air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales ou, au contraire, le microbe morbide et souvent mortel de l’erreur et de la dépravation. »




vendredi 13 décembre 2013

Périphéries et îlots de résistance

L’abbé de Tanoüarn estime que c’est en politique que le pape François se révèle dans Evangelii gaudium, par sa dénonciation de l’ensemble du système économique et social dans lequel nous vivons (cf. Monde et Vie). Assurément. Mais, à la différence de Benoît XVI, il prêche davantage, nous semble-t-il, en pasteur moral (soucieux du bien personnel de ses ouailles) qu’en pasteur politique (soucieux du bien commun de l’Eglise). D’où l’impression qu’ont certains d’entendre un curé de campagne plutôt que le chef visible de l’Eglise.

La radicalité évangélique qu’il propose moralement par la « révolution de la tendresse » n’était pas exempte, bien sûr, du discours de Benoît XVI. Mais elle s’inscrivait aussi chez lui dans une prudence politique qui semble moins flagrante chez François.

Le courage des îlots


Le nouveau pape appelle sans cesse à aller aux « périphéries existentielles ». Il déclare même qu’il préférerait « une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie dans les rues, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités ». Benoît XVI parlait, lui, du « courage de créer des îlots, des oasis, puis de grands terrains de culture catholique, dans lesquels vivre les desseins du Créateur ».

Les deux propos ne sont pas contradictoires, si l’on sait exercer ce discernement que demande justement d’avoir le Saint-Père. L’agir suit l’être, en bonne philosophie. L’agir missionnaire suit l’être (identitaire) d’une communauté. Pour que des âmes missionnaires puissent se lever et se multiplier en terres étrangères, périphériques, il faut nécessairement des « centres » où se former.

Le jésuite qu’est François sait bien, par l’histoire prestigieuse de son ordre, qu’on n’envoie pas des missionnaires en de tels espaces, souvent hostiles, sans une formation profonde, une compétence spécifique. « Il ne suffit pas d’avoir la foi… », disait Péguy. Certes, les terres lointaines à convertir au Christ nous ont aujourd’hui rejoints : nous les avons à domicile ! Y aller en sortant dans la rue, comme y incitait Madeleine Delbrêl, ne dispense pas pour autant les catholiques de ces communautés de base alternatives que nous comparons à des anticorps ou désignons encore sous le concept analogique de « sain et légitime communautarisme » (1).

Pour bien atteindre et toucher ces périphéries éclatées, il faut reconstituer des cercles consistants, « à contre-courant », des espaces de protection qui sont le contraire d’un repli frileux. C’est aussi comme cela que grandit l’Eglise, « par attraction » et non par « prosélytisme » : « L’Eglise n’évangélise pas si elle ne se laisse continuellement évangéliser » (François). « Nous avons besoin d’îles où la foi en Dieu et la simplicité interne du christianisme vivent et rayonnent ; d’oasis, d’arches de Noé dans lesquelles l’homme peut toujours venir se réfugier », résumait Benoît XVI dans Lumière du monde. L’Eglise, ajoutait-il, cherche à offrir « des zones de protection dans lesquelles la beauté du monde, la beauté de l’existence possible, devient de nouveau visible en contraste avec tout ce qui est abîmé autour de nous ».

Car, loin d’être égoïste, fermé sur lui-même, accroché à sa propre sécurité, le bien de telles (micro-)chrétientés est diffusif de soi. La preuve précisément par ses missionnaires : des témoins qui n’hésitent pas à aller jusqu’à l’accident suprême du martyre pour cette diffusion. Qu’on pense également au témoignage actuel des communautés chrétiennes en Orient, dont les refuges lumineux n’ont vraiment rien de confortable ni de sécuritaire !

Structures de péché


Ce que Jean-Paul II nommait « les structures de péché » a changé la donne politique pour les catholiques. Sauf vocation exceptionnelle, il faut aujourd’hui appliquer à certaines personnes morales (sociétés humaines) ce que Don Bosco recommandait à ses jeunes devant certaines personnes physiques (mauvais compagnons) : « Fuis si tu veux sortir victorieux », disait-il en citant saint Augustin. Au risque de la dissidence et de l’opprobre. Par de nombreuses autres citations, le pape François en est bien conscient moralement. Mais on aimerait qu’il développe davantage, dans le même sens que Benoît XVI, l’aspect politique de cette situation nouvelle pour les chrétiens.

(1) Cela peut aller de « la ferme » du P. Guy Gilbert (interrogé dans le dernier France catholique) au village scout de Riaumont en passant par les écoles hors-contrat, toutes ces activités éducatives, culturelles, civiques que développent à contre-courant des catholiques comme refuges attractifs, générateurs de témoins et missionnaires.

REMI FONTAINE
"Présent" n°7999 du jeudi 12 décembre 2013




S’approprier l’homme, un thème obsessionnel de la Révolution

Une obsession de la Révolution

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Xavier Martin poursuit ses études sur la Révolution, avec de larges échappées en amont et en aval, car la Révolution n’a pas commencé (idéologiquement) en 1789 et s’est poursuivie (idéologiquement) après 1799. Elle s’est installée durablement, notamment par le biais du Code Napoléon, objet de plusieurs travaux de Xavier Martin. On peut même dire que les lois sur la contraception (1969), sur la majorité à 18 ans, si désastreuse (1974), sur l’avortement (1975) et le mariage homosexuel (2013) sont dans la suite directe, logique si l’on veut, de l’anthropologie révolutionnaire. En attendant l’euthanasie et la GPA.

Car c’est bien d’anthropologie ou de vision de l’homme dont il s’agit. Et c’est précisément sur cela que portent les travaux de Xavier Martin, si novateurs parce qu’il a la patience de scruter les textes mêmes des philosophes, députés, orateurs ou auteurs.

Le fondement de la Révolution fut une prétention non seulement d’établir des institutions nouvelles – l’idéologie de la « table rase » que l’irlandais Edmund Burke reprochera avec tant d’éloquence aux révolutionnaires français –, mais aussi de faire un homme nouveau. Il s’agissait de « régénérer l’espèce humaine » (titre d’un autre livre de Xavier Martin, en 2008). Cette ambition passait par une volonté affirmée de « s’approprier l’homme ». L’expression, qui donne son titre au dernier livre de Xavier Martin, n’est pas exagérée. Elle est employée par Rousseau lui-même dès 1758 dans son livre sur l’éducation, Emile : « Sitôt qu’il l’enfant naît, emparez-vous de lui et ne le quittez plus qu’il ne soit homme. » On la retrouve chez l’abbé Grégoire dans son Essai de 1788 : « Il faut que l’éducation publique s’empare de la génération qui naît. »

Ces citations anticipent la fameuse formule de Mussolini (que Xavier Martin connaît sans doute) : « Je prends l’homme au berceau et je ne le rends au pape qu’après sa mort. » Pie XI dénoncera ce « totalitarisme » (le mot est de lui) et lui opposera un légitime « totalitarisme catholique ».

Toutes les analyses et démonstrations de Xavier Martin se déploient à partir d’un épisode qui pourrait sembler anecdotique : un « vieillard de cent vingt ans », venu du Mont-Jura, est amené à l’Assemblée Constituante le 23 octobre 1789.

De cet épisode, Xavier Martin tire tous les fils non pour le déconstruire mais tout au contraire pour montrer toutes les intentions des uns et des autres. Il y a chez les philosophes des Lumières puis chez leurs héritiers de la Révolution, ce que Xavier Martin appelle une « pédagomanie ». Avec la volonté de tenir à distance les parents. « Oui, écrit X. Martin en résumant les affirmations des révolutionnaires, l’éducation est une chose trop sérieuse, elle est trop divine pour qu’on la laisse aux père et mère de la nature, quel que soit d’ailleurs leur niveau social. »

L’approche mécaniciste de l’éducation chez les révolutionnaires privilégie la méthode (comme la pédagogie contemporaine), a un dessein d’emprise totale sur l’enfant (et sur l’homme en général), pour son bien, pour l’« améliorer ». Le conventionnel Thibaudeau énonce une volonté totalitaire et étatiste sur les enfants : « J’ai toujours pensé que les enfants étaient une propriété de l’Etat, et que les parents n’en étaient que les dépositaires ; que c’était à l’Etat de recevoir, pour ainsi dire, l’enfant du sein de sa mère ; qu’il devait s’en emparer comme de son bien le plus précieux ; qu’il fallait que l’enfant, en ouvrant les yeux, ne vît que la patrie, et que jusqu’à la mort il ne vît plus qu’elle. »

Cette emprise doit durer, dans l’idéal, tout au long de la vie. Xavier Martin a bien raison de résumer ainsi l’ambition révolutionnaire : « Tout est bon, comme on le sait, pour assurer l’emprise constante et décisive sur les psychismes : l’instruction publique, les fêtes nationales, le calendrier, le théâtre, etc. »

On pourrait ajouter pour aujourd’hui : la télévision, le cinéma, la chanson, la publicité. Il n’y a pas d’intention délibérée ? C’est à voir. La propagande homosexuelle – par les médias cités – a précédé le « mariage pour tous » et continuera, par ses moyens propres, à être une auxiliaire efficace de la loi.

Xavier Martin, "S’approprier l’homme. Un thème obsessionnel de la Révolution (1760-1800)"
Dominique Martin Morin (BP 263, 86000 Poitiers), 110 pages.


YVES CHIRON
"Présent" n°7996 du samedi 7 décembre 2014




mardi 26 novembre 2013

Le Christ-Roi, tribune libre de l'abbé Michel-Jean Pillet

Tribune libre rédigée par l'abbé Michel-Jean Pillet

pour le blog de "l'Homme nouveau", le 24 novembre 2013


En cette fin d'année liturgique, c'est dans le calendrier de la forme ordinaire la fête du Christ-Roi, laquelle trouve une résonnance bien actuelle selon l'auteur de cette Tribune libre, l'abbé Michel-Jean Pillet, curé de paroisse.

Juif et franc-maçon, Vincent Peillon a visiblement mieux étudié la Révolution française que la Thora… d’où son livre-credo publié en 2008 : La Révolution n’est pas terminée. La Révolution qui, tel le phénix, renaît toujours de ses cendres. Et il semble bien qu’elle ait trouvé aujourd’hui son chantre le plus appliqué. A le lire et à l’entendre, le ministre de l’Education nationale manifeste une allergie viscérale à l’égard de la religion, et particulièrement du catholicisme. Comme on peut le voir dans une interview du 13 juin 2013 visible sur Youtube (à voir et à entendre à la fin de cet article, ndlr). Lisons plutôt :
« On ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique. Mais comme on ne peut pas non plus acclimater le protestantisme en France, comme on l’a fait dans d’autres démocraties, il faut inventer une religion républicaine. Cette religion républicaine, qui doit accompagner la révolution matérielle mais qui est la révolution spirituelle, c’est la laïcité. Et c’est pour ça d’ailleurs qu’on a pu parler, au début du 20ème siècle, de foi laïque, de religion laïque, et que la laïcité voulait être la création d’un esprit public, d’une morale laïque et donc l’adhésion à un certain nombre de valeurs. »

La distinction du temporel et du spirituel

La laïcité (la « laïcité positive », comme dirait M. Sarkozy), c’est la saine distinction entre le politique et le religieux, entre l’Etat et l’Eglise, la juste distinction et autonomie des pouvoirs qui est déjà inscrite dans l’Evangile (« rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » Mt 22,21). Et M. Peillon devrait savoir gré au Christianisme d’avoir insufflé à la République, après des siècles de tâtonnements tour à tour fusionnels ou conflictuels, cette saine distinction, sans confusion ni séparation, dont l’islam, par exemple, mais aussi le communisme, n’ont pas la moindre idée.

L'idéologie laïciste

Le laïcisme, au contraire, c’est une idéologie selon laquelle la religion, qui est de toute façon régressive voire répressive, doit se cantonner au domaine privé, pour laisser place à un Etat de plus en plus omniprésent et omnipotent. « Laïc » devient alors synonyme de « athée » et « antireligieux ». Et l’Etat laïc se croit chargé de former et de formater les consciences, car il ne craint rien davantage que la conscience individuelle capable de s’opposer à son contrôle tout-puissant. Les démocraties populaires au 20ème siècle (qui n’étaient ni démocratiques ni populaires, mais qui se disaient aussi socialistes) nous ont donné, sur fond de goulags et de police politique, une illustration tragique de ce rouleau compresseur de l’Etat laïc qui se présente avec le magistère et la mystique d’une nouvelle religion.

L'encyclique Quas Primas

C’est ce laïcisme combattif, intolérant et sectaire, que l’Eglise a déjà stigmatisé et dénoncé, notamment en 1925 par la voix de Pie XI, dans son encyclique Quas primas, par laquelle il instituait la fête du Christ Roi : le laïcisme étant une négation radicale de cette royauté.
« Ma royauté n’est pas de ce monde », déclare Jésus au moment de son procès (Jn 18,36), car cette royauté est essentiellement spirituelle. « Toutefois, écrit Pie XI, ce serait une grave erreur de dénier au Christ-Homme sa puissance sur les choses civiles quelles qu’elles soient ». Et « lorsque les hommes reconnaissent, dans la vie privée comme dans la vie publique, le pouvoir royal du Christ, il en résulte des bienfaits étonnants qui pénètrent aussitôt la société civile, comme la liberté, la justice, la concorde et la paix ».

Vous avez dit « valeurs » ?

Vous avez dit « valeurs » ? Après les sifflets et les huées qui se sont fait entendre le 11 novembre dernier, on a vu les rangs de la majorité se resserrer et en appeler au respect des « valeurs » et des « fondements » de la République. C’est cocasse, quand on voit la même République fouler aux pieds des fondamentaux tels que l’institution du mariage, la filiation, le droit à la vie, ou la liberté de conscience. « Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ? » (Ps 11,3), déplorait déjà le psalmiste. Et quand l’exemple ne vient plus d’en-haut.

La vie religieuse ne se limite pas à la sacristie

Non, la vie religieuse ne se cantonne pas dans les sacristies : elle doit aussi rayonner dans toutes les sphères de la vie sociale. (Il ne faudrait pas que les musulmans décomplexés soient les seuls à nous le rappeler). Qui ne voit l’actualité de ce message, alors que la royauté sociale du Christ est toujours en procès et que semblent « régner » de plus en plus dans notre société le refus des commandements de Dieu (cf. Lc 19,14 : « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous ! ») et la négation des racines chrétiennes de notre civilisation. 2000 ans de Christianisme, que le pape Pie XII résumait en une seule phrase : « Si le Christ ne règne pas par les bienfaits de sa présence, Il règne encore par les méfaits qu’entraîne son absence ! ».




Lundi 18 novembre 2013

Sermon du Cardinal Castrillon Hoyos lors du second pèlerinage "Summorum Pontificum" à Rome

Le sermon de Mgr Castrillon Hoyos


C’est une très grande joie qui nous a été donnée d’accomplir en cette année de la foi notre acte d’hommage au saint père François, chef visible de l’Eglise qui, comme nous l’enseignent les Evangiles, est fondée sur le roc de Pierre.
Chers fidèles, aujourd’hui nous célébrons cette sainte Eucharistie dans l’antique rite grégorien, qui a recouvré vigueur avec la publication, il y a six ans, du Motu proprio Summorum pontificum, qui a restitué au peuple chrétien la possibilité de bénéficier des fruits spirituels qui sont attachés à sa célébration, avec un si profond sens du sacré.
Munis de cette certitude, par notre présence dans le plus grand temple de la chrétienté nous avons l’intention de sceller un acte de consécration au Christ Roi de l’univers, par les mains de la très sainte Vierge Marie, dans l’obéissance et dans l’amour au Vicaire du Christ. (La messe était celle de la sainte Vierge au samedi ; le cardinal a longuement évoqué le rôle de Marie, médiatrice de toutes grâces, en citant tout particulièrement saint Louis-Marie Grignion de Montfort.)
Certes, seul Jésus-Christ possède en propre et de manière particulière le droit de dispenser les trésors qui sont les fruits exclusifs de sa mort, car Il est par nature le médiateur entre Dieu et les hommes. Cependant, par cette communion d’amour (…) entre la Mère et le Fils, il a été concédé à l’auguste Vierge d’être, auprès de son Fils unique, la très puissante médiatrice et conciliatrice du monde entier. (…)
Pour ce pèlerinage, nous nous faisons accompagner par la Reine du ciel. Que chacun de nous, chacun des pèlerins, prenne Marie comme compagne dans ce pèlerinage. Le rôle central de Marie, la très sainte dans l’histoire de la Rédemption, dans la vie de l’Eglise et dans la vie de chacun d’entre nous, est magnifiquement résumé dans le Traité de la vraie dévotion à Marie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
En l’année de la Foi, cette année de grâce, cette année de joie, cette année de consécration à Dieu, l’Eglise nous invite à nous tourner spécialement vers celle qui, la première, a cru la Parole du Seigneur. (…) La Mère du Seigneur est icône parfaite de la foi, comme le dira sainte Elisabeth : « Heureuse celle qui a cru ! » (…)
Pour le saint père François, implorons l’intercession de la Mère de Notre-Seigneur et de notre Mère, afin qu’elle protège notre foi et nous aide à devenir de véritables disciples de Jésus, aimant la paix. Comme le pape François, à Marie, Mère de l’Eglise et à la Mère de notre foi, nous adressons cette prière : « Venez en aide, ô Mère, à notre foi ; rappelez-nous que celui qui croit n’est plus seul ; enseignez-nous à rester avec Jésus afin qu’il soit lumière sur notre chemin. » (Lumen Fidei, 60).
Cher Saint-Père, nous, pèlerins, en cette basilique papale qui est la vôtre, depuis cet autel de votre chaire, nous voulons vous rassurer : aujourd’hui, plus que jamais, Saint-Père, nous ne nous sentons pas seuls. Non, Saint-Père, nous sommes vos enfants ; nous faisons l’expérience de votre vigilance ; nous sommes sous votre protection. Avec notre Père, notre Père aimant, nous sommes en compagnie de notre Mère du ciel. Nous ne sommes pas seuls, célébrant selon le rite antique : nous accompagnent de merveilleux siècles d’histoire de sainteté ; dans ce saint rite des milliers de saints ont trouvé la douce profondeur de la rencontre avec Dieu dans le silence du mystère.
Aujourd’hui, ne nous laissez pas goûter l’amertume de la solitude : nous aspirons à être accueillis dans la Rome du pape, notre père, avec tous les frères catholiques du monde, mais pas seulement. Sur la grande place Saint-Pierre, nous partageons la chaleur de la fraternité universelle de la nature humaine, et nous pouvons nous réjouir de l’espérance de participer aux larmes des retrouvailles des hommes croyants et non croyants, des chrétiens et des non chrétiens. Depuis cette fontaine d’amour qu’est la Rome du pape François, nous porterons sur les routes du monde le joyeux message de Jésus, fils de Marie, le Fils de Dieu qui nous a aimés jusqu’à la mort de la croix, qui nous attend les bras ouverts dans la Résurrection. Nous serons, par la parole et par notre propre vie, les prédicateurs de cet amour unique de Jésus, avec l’amour pour Marie, avec l’amour pour le pape.




mercredi 13 novembre 2013

"Les enjeux du Printemps français" - Un livre de Rémi Fontaine

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  • « Un précieux vade-mecum de la résistance nationale et catholique… Rémi Fontaine, avec un remarquable sens de la pédagogie, vient donner une ossature – une colonne vertébrale – à cet instinct français qui se rebelle. » (Alain Sanders, Présent)
  • « Rémi Fontaine est certainement l’un des observateurs les plus aigus du monde dans lequel nous vivons… Pour ceux qui, au-delà de l’écume de l’actualité, souhaitent réfléchir au fond des choses, un puissant stimulant intellectuel. » (Jean-Pierre Maugendre, Renaissance catholique)
  • « Il est judicieux d’éditer ces textes, parce que leurs propos dépassent de loin la simple actualité immédiate, et parce que l’ensemble forme une sorte de traité de philosophie chrétienne politique, solidement charpenté par les principes immuables, dits non négociables… Au fil des pages s’affine une définition de la laïcité, de la loi naturelle en elle-même et dans ses rapports avec la Révélation, et de ce que Rémi Fontaine appelle un “sain communautarisme” catholique. » (Yves Daoudal, Reconquête)
  • « Rémi Fontaine est le premier à publier un ouvrage qui nous permet de mieux appréhender ce Printemps français… L’écrivain signe un livre brillant sur ce qui pourrait bien se révéler comme un phénomène de société dans les années qui viennent. » (Yannick Urrien, L’Hebdo Bourseplus)
  • « Ce qui se passe est quelque chose de plus qu’une manifestation, c’est la reconstruction du tissu social : c’est un germe de santé et de vie qui se développe dans un organisme malade, comme en prévient Rémi Fontaine dans un beau livre consacré à ce phénomène. » (Roberto de Mattei, Correspondances européennes)
  • « Un combat exemplaire auquel la chronique de Rémi Fontaine, toute pleine de vivacité et de mordant, donne sa vraie signification. » (Michel Toda, La Nef)


Aux éditions de Paris, 13 rue Saint-Honoré, 78000 Versailles - 18 euros franco.




Lundi 14 octobre 2013

Suis-je un chrétien “par à-coups”, ou suis-je un chrétien toujours ?

Dans le Psaume, nous avons récité : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles » (Ps 97, 1).

Aujourd’hui nous sommes devant une des merveilles du Seigneur : Marie ! Une créature humble et faible comme nous, choisie pour être Mère de Dieu, Mère de son Créateur.

En regardant justement Marie, à la lumière des lectures que nous avons écoutées, je voudrais réfléchir avec vous sur trois réalités : La première, Dieu nous surprend ; la deuxième, Dieu nous demande la fidélité ; la troisième, Dieu est notre force.

1. La première : Dieu nous surprend. L’épisode de Naaman, chef de l’armée du roi d’Aram, est singulier : pour guérir de la lèpre, il s’adresse au prophète de Dieu, Élisée, qui n’accomplit pas de rites magiques, ni ne lui demande des choses extraordinaires, mais d’avoir seulement confiance en Dieu et de se plonger dans l’eau du fleuve ; non pas cependant dans l’eau des grands fleuves de Damas, mais du petit fleuve Jourdain. C’est une demande qui laisse Naaman perplexe, et même surpris : quel Dieu peut être celui qui demande quelque chose d’aussi simple ? Il veut faire marche arrière, mais ensuite il fait le pas, il se plonge dans le Jourdain et il guérit immédiatement (cf. 2 R 5, 1-14). Voici, Dieu nous surprend ; il est vraiment dans la pauvreté, dans la faiblesse, dans l’humilité qui se manifeste et nous donne son amour qui nous sauve, nous guérit et nous donne force. Il demande seulement que nous suivions sa parole et que nous ayons confiance en Lui.

C’est l’expérience de la Vierge Marie : devant l’annonce de l’Ange, elle ne cache pas son étonnement. C’est la stupeur de voir que, pour se faire homme, Dieu l’a vraiment choisie, elle, une simple jeune fille de Nazareth, qui ne vit pas dans les palais du pouvoir et de la richesse, qui n’a pas accompli des exploits, mais qui est ouverte à Dieu, sait se fier à Lui, même si elle ne comprend pas tout : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). C’est sa réponse. Dieu nous surprend toujours, il rompt nos schémas, bouleverse nos projets, et nous dit : fais-moi confiance, n’aie pas peur, laisse-toi surprendre, sors de toi-même et suis-moi !

Aujourd’hui demandons-nous tous si nous avons peur de ce que Dieu pourrait me demander ou de ce qu’il me demande. Est-ce que je me laisse surprendre par Dieu, comme a fait Marie, ou est-ce que je m’enferme dans mes sécurités, sécurités matérielles, sécurités intellectuelles, sécurités idéologiques, sécurités de mes projets ? Est-ce que je laisse vraiment Dieu entrer dans ma vie ? Comment est-ce que je lui réponds ?

2. Dans le passage de saint Paul que nous avons écouté, l’Apôtre s’adresse à son disciple Timothée en lui disant de se souvenir de Jésus Christ, si nous persévérons avec Lui, avec Lui aussi nous règnerons (cf. 2 Tm 2, 8-13). Voici le deuxième point : se souvenir toujours du Christ, la mémoire de Jésus Christ, et cela c’est persévérer dans la foi : Dieu nous surprend avec son amour, mais il demande la fidélité dans le fait de le suivre. Nous pouvons devenir « non-fidèles », mais lui ne le peut pas, il est « le fidèle » et il nous demande la même fidélité. Pensons à toutes ces fois où nous nous sommes enthousiasmés pour quelque chose, pour une initiative, pour un engagement, mais ensuite, face aux premiers problèmes, nous avons jeté l’éponge. Et malheureusement, cela arrive aussi dans les choix fondamentaux, comme celui du mariage. La difficulté d’être constants, d’être fidèles aux décisions prises, aux engagements pris. Il est souvent facile de dire « oui », mais ensuite, on n’arrive pas à répéter ce « oui » chaque jour. On ne réussit pas à être fidèles.

Marie a dit son « oui » à Dieu, un « oui » qui a bouleversé son humble existence de Nazareth, mais ce « oui » n’a pas été l’unique, au contraire il a été seulement le premier de beaucoup de « oui » prononcés dans son cœur dans ses moments joyeux, comme aussi dans les moments de douleur, beaucoup de « oui » qui atteignent leur sommet dans celui dit au pied de la Croix. Aujourd’hui, il y a ici beaucoup de mamans ; pensez jusqu’où est arrivée la fidélité de Marie à Dieu : voir son Fils unique sur la Croix. La femme fidèle, debout, détruite à l’intérieur, mais fidèle et forte.

Et je me demande : suis-je un chrétien “par à-coups”, ou suis-je un chrétien toujours ? La culture du provisoire, du relatif pénètre aussi dans la vie de la foi. Dieu nous demande de lui être fidèles, chaque jour, dans les actions quotidiennes et il ajoute que, même si parfois nous ne lui sommes pas fidèles, Lui est toujours fidèle et avec sa miséricorde il ne se lasse pas de nous tendre la main pour nous relever, de nous encourager à reprendre la marche, pour revenir à Lui et lui dire notre faiblesse pour qu’il nous donne sa force. Et cela c’est le chemin définitif : toujours avec le Seigneur, même dans nos faiblesses, même dans nos péchés. Ne jamais aller sur la route du provisoire. Cela nous tue. La foi est fidélité définitive, comme celle de Marie.

3. Le dernier point : Dieu est notre force. Je pense aux dix lépreux de l’Évangile guéris par Jésus : ils vont à sa rencontre, ils s’arrêtent à distance et ils crient : « Jésus, maître, prends pitié de nous ! » (Lc 17, 13). Ils sont malades, ils ont besoin d’être aimés, d’avoir de la force et ils cherchent quelqu’un qui les guérisse. Et Jésus répond en les libérant tous de leur maladie. C’est impressionnant, cependant, de voir qu’un seul revient sur ses pas pour louer Dieu, haut et fort, et le remercier. Jésus lui-même le remarque : dix ont crié pour obtenir la guérison et un seul est revenu pour crier à haute voix son merci à Dieu et reconnaître que c’est Lui notre force. Savoir remercier, savoir louer pour ce que le Seigneur fait pour nous.

Regardons Marie : après l’Annonciation, le premier geste qu’elle accomplit est un geste de charité envers sa vieille parente Élisabeth ; et les premières paroles qu’elle prononce sont : « Mon âme exalte le Seigneur », c’est-à-dire un chant de louange et d’action de grâce à Dieu, non seulement pour ce qu’il a fait en elle, mais aussi pour son action dans toute l’histoire du salut. Tout est donné par lui. Si nous pouvons comprendre que tout est don de Dieu, quel bonheur dans notre cœur ! Tout est donné par lui. Il est notre force ! Dire merci est si facile, et pourtant si difficile ! Combien de fois nous disons-nous merci en famille ? C’est un des mots-clés de la vie en commun. « Vous permettez », « excusez-moi », « merci » : si dans une famille on se dit ces trois mots, la famille progresse. « Vous permettez », « excusez-moi », « merci ». Combien de fois disons-nous « merci » en famille ? Combien de fois disons-nous merci à celui qui nous aide, nous est proche, nous accompagne dans la vie ? Souvent nous tenons tout pour acquis ! Et cela arrive aussi avec Dieu. C’est facile d’aller chez le Seigneur demander quelque chose, mais aller le remercier : « Bah, je n’y pense pas ».

En continuant la célébration eucharistique invoquons l’intercession de Marie, pour qu’elle nous aide à nous laisser surprendre par Dieu sans opposer de résistance, à lui être fidèles chaque jour, à le louer et à le remercier, car c’est lui notre force. Amen.




jeudi 10 octobre 2013

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois aux parlementaires

2013.10.10_Andre_Vingt-Trois_b.jpgMardi 8 octobre 2013 - Messe pour les responsables politiques et les parlementaires en la basilique Sainte-Clotilde. Après avoir rappelé la double vocation des chrétiens : la gestion du monde et l'écoute de la Parole de Dieu, qu'on ne peut séparer, le cardinal a indiqué trois responsabilités particulières du moment pour le monde politique : le sens du bien commun à donner à la solidarité nationale, le sort des enfants et celui des chrétiens d'Orient.

Les personnages de Lazare, de Marthe et de Marie tiennent une place importante dans les évangiles et chaque fois qu’ils nous sont présentés, nous pouvons pressentir que nous sommes devant un moment central de la mission du Christ. Ce sera évidemment le cas pour la résurrection de Lazare qui sera un des événements déclencheurs de l’arrestation de Jésus dans l’évangile de saint Jean. C’est aussi le cas ici dans l’évangile de saint Luc dont ce chapitre est comme tout entier dédié au commentaire du grand commandement de l’amour de Dieu et du prochain. La parabole du bon Samaritain a permis à Jésus de poser les critères d’identification du prochain : celui dont on se fait proche. La visite chez Marthe et Marie va apporter un éclairage sur ce que veut dire : « aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée. » (Luc 10, 27).

Ne pas opposer l'action à la contemplation

Le légiste à qui Jésus a rappelé le grand commandement était sans doute rompu aux règles de l’interprétation rabbinique, comme nous sommes nous-mêmes entraînés aux débats théoriques pour savoir jusqu’à quel point il convient d’organiser sa vie en fonction de Dieu. Y a-t-il des degrés — et quels sont-ils ? — qui nous permettent d’être des croyants authentiques tout en ménageant l’art d’une modération de bon aloi. Ou de l’art d’être chrétiens sans que rien n’en paraisse… Cette petite scène familiale dans la maison de Marthe et Marie nous est proposée comme un antidote pour nous protéger nous-mêmes de nos arguties casuistiques. À l’exemple de Marie, assise aux pieds du Seigneur dans la position traditionnelle du disciple, nous sommes invités à remettre dans leur ordre logique les objectifs de notre conduite. Quand Jésus est présent, c’est Dieu qui est présent à l’humanité et nulle occupation ne saurait l’emporter sur l’écoute attentive de sa parole. « Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part. Elle ne lui sera pas enlevée. »

Le contraste souligné par Luc entre les attitudes des deux femmes ne vise pas à mépriser le travail de Marthe. Il veut simplement faire ressortir qu’il y a une différence de nature entres les occupations des deux femmes. Toutes les deux sont au service du Seigneur, mais dans des services d’un ordre différent et c’est le service de Marie qui, malgré les apparences doit servir de référence fondatrice pour ceux qui veulent suivre le Christ. C’est donc un abus d’interprétation ou du moins une exagération, d’identifier chacune des deux à des états de vie ou à un partage des responsabilités qui permettrait de se classer dans un modèle à l’exclusion de l’autre. L’attitude typique du disciple, mise en œuvre par Marie, n’est pas un chemin exceptionnel, réservé à quelques vocations particulières, tandis que le grand nombre des chrétiens se verraient cantonner au service ordinaire de Marthe : assurer l’intendance.

Le durcissement du contraste, jusqu’à l’incompatibilité entre les deux missions, n’est-il pas une tentation récurrente pour celles et ceux qui sont appelés à vivre leur mission de disciples dans les terrains nécessairement indécis et troublés de la vie publique ? Ne courent-ils pas le risque, comme Marthe de « s’inquiéter et de s’agiter pour bien des choses » en perdant de vue l’unique nécessaire ? Seraient-ils de meilleurs chrétiens s’ils abandonnaient la responsabilité de la gestion du monde à ceux qui ignorent tout de Dieu ou qui lui refusent de prendre en considération sa sagesse ? La vocation du chrétien en ce monde n’est pas de choisir entre Marthe et Marie. Elle est d’assumer les contraintes de l’existence humaine (ce que fait Marthe) en restant fidèle à l’unique nécessaire : la Parole de Dieu énoncée par le Christ (ce que fait Marie).

Adresser les avertissements de Dieu

Mais nous sommes invités à aller plus loin. Dans la maison de Lazare, le service des frères est indissociable de l’écoute de la Parole de Dieu et de sa mise en pratique. Il serait donc vain de nous imaginer que nous pourrions répartir les préoccupations dans une sorte de jeu de rôles. Comme il serait tentant de réserver la vocation du disciple à quelques cas particuliers et de garder pour le plus grand nombre le souci des affaires de ce monde qui ne s’embarrasse pas de la confrontation à la Parole de Dieu. De cette tentation nous avons un assez bon exemple dans la manière de comprendre et de gérer la place des croyances et des religions dans la société. Pour un certain nombre de nos contemporains, elles sont considérées comme des instances chargées de rappeler des principes moraux. Au nom de la laïcité, on accepte qu’elles se fassent entendre, mais sans aller jusqu’à prendre en compte leurs observations. Elles seraient comme l’ornementation éthique de décisions qui n’intègrent pas réellement les références éthiques. Comme si la seule référence morale était de se modeler sur les comportements existants, y compris avec leurs contradictions, et de les rendre licites par la loi.

Je ne sais pas si notre société peut être comparée à Ninive, la grande ville païenne. Mais ce que l’Écriture veut nous dire, à coup sûr, c’est que, malgré ses réticences et ses craintes, Jonas est envoyé pour appeler cette ville à corriger ses mœurs. Le personnage de Jonas nous est présenté comme un prophète souvent rétif devant sa mission et qui doute tellement qu’il choisit souvent de fuir devant la difficulté. L’épisode qui nous est relaté ici est un message d’espérance. Même une ville aussi grande et corrompue que Ninive ne reste pas sourde aux avertissements du prophète. Si éloignée que notre société nous paraisse de la foi et de la Parole de Dieu, nous ne pouvons pas nous récuser en arguant du fait que les croyants et spécialement les chrétiens ne dominent pas la société et que nous ne serions pas écoutés. À cette société, comme à Ninive, nous sommes invités à adresser les avertissements que Dieu nous inspire, respectant la liberté personnelle de chacun pour les accueillir ou pour les réfuter, pour les suivre ou pour s’en détourner.

Trois priorités : solidarité nationale, bien de l'enfant, chrétiens d'Orient

Je ne voudrais pas dresser maintenant un catalogue des questions sur lesquelles la Parole de Dieu doit nous interpeller. Mais les temps que nous vivons nous invitent à une plus grande vigilance dans plusieurs domaines dans lesquels le travail législatif est gravement impliqué. Le premier de tous est évidemment la manière de penser et de mettre en œuvre la solidarité nationale. Il est normal que des orientations politiques divergent sur les moyens à promouvoir. Il est d’autant plus important que les objectifs de la solidarité soient clairement exprimés et rappelés. Est-il possible de progresser dans ce domaine sans affronter les avantages catégoriels, sans reconnaître que la consommation ne peut pas être le seul levier du dynamisme économique et social ? Avons-nous assez de courage pour affronter cette réalité dans les débats électoraux ?

Une autre question mérite toute notre attention, le sort réservé aux enfants dans notre société. Dans beaucoup des débats que nous avons connus au cours de l’année écoulée et qui reviendront dans les mois qui viennent, on dissimule à peine la tendance lourde qui consiste à considérer l’enfant exclusivement du point de vue des désirs de l’adulte qu’il est supposé satisfaire. On l’a vu dans l’exclusion du pôle paternel ou maternel lors du vote de la loi sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. On va le revoir dans le débat sur l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation. Je ne doute pas que, pour un certain nombre de personnes, il s’agit d’affronter une souffrance réelle. Mais je doute que l’on prenne en compte le bien supérieur de l’enfant.

Dans ce domaine, comme dans celui de la gestion de la fin de la vie, nous souhaitons simplement répéter ce qui devrait être un repère commun dans notre société : le respect de la dignité de toute personne humaine dont aucune ne devrait pouvoir imaginer qu’on dispose de sa vie en fonction de nos propres désirs, de nos sentiments ou de notre souffrance. C’est le même attachement à la dignité de la personne qui mobilise de nombreux chrétiens, catholiques ou non, pour l’aide aux personnes immigrées ou réfugiées et qui nous pousse à veiller à ce que l’application de la loi soit conduite avec discernement et humanité.

Enfin, comment pourrions-nous oublier la situation des communautés chrétiennes du Moyen-Orient. Le ministre des Affaires étrangères a récemment rappelé devant l’Assemblée nationale la responsabilité particulière de la France à leur égard, responsabilité historique et actuelle. Cette responsabilité peut s’exercer en accueillant largement les réfugiés. Mais elle doit surtout s’exercer par notre action diplomatique pour faire respecter les droits dans des pays où ils vivent depuis le début de l’ère chrétienne et leur permettre ainsi de rester paisiblement dans leur patrie. En tout cas, cet objectif nous oblige à une grande attention dans l’aide militaire et diplomatique que nous pourrions apporter à des groupes dont la conviction sur ce point serait sujette à caution.

Il y aurait bien d’autres questions à évoquer. Celles-ci suffisent à marquer l’importance des enjeux des débats auxquels vous êtes confrontés et dans lesquels vous devez trouver un chemin pour la défense de la dignité et des droits de la personne humaine. Croyez que la sollicitude et la considération de toute l’Eglise pour votre mission d’élus se traduira cette année encore, par une prière constante et par de multiples occasions de rencontres et d’échanges. Que le Seigneur soit votre lumière et votre force.

+ Card. André Vingt-Trois


Jon 3, 1-10 ; Ps 129, 1-4.7-8 ; Lc 10, 38-42




mercredi 02 octobre 2013

"Histoire passionnée de la France" : un nouveau livre de Jean Sévillia

Jean Sévillia publie "Histoire passionnée de la France"

le 3 octobre 2013 aux Editions Perrin
(560 pages, 325 illustrations en couleur, 25 €.)

2013.10.02_Sevillia_Histoire_passionnee_de_la_France.jpgHistorien et journaliste, Jean Sévillia raconte la grande histoire de la France, des origines à aujourd'hui. Il fait le choix d’insister sur ce qui nous honore et ce qui nous unit afin de souligner le caractère exceptionnel de notre pays, si riche en événements et en figures de proue, de Clovis à Charles de Gaulle, en passant par Charlemagne, Saint-Louis, Henri IV, Richelieu, Louis XIV et Napoléon. La France a toujours su surmonter ses divisions pour se réinventer et inspirer le monde. Le plaisir d’apprendre en élevant l'esprit insuffle la conviction de la permanence d’un destin français, et partant, les raisons d’espérer.

Jean Sévillia est rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine et membre du conseil scientifique du Figaro Histoire. Il est l’auteur de biographies ("Zita impératrice courage" ; "Le dernier empereur, Charles d’Autriche") et d’essais historiques ("Le terrorisme intellectuel", "Historiquement correct", "Historiquement incorrect") qui ont été des grands succès de librairie.




mardi 24 septembre 2013

Hommage à Jean Madiran : l'homélie de l'abbé de Servigny

Homélie Prononcée mercredi 18 septembre à l’occasion de la messe de Requiem célébrée en la chapelle Notre-Dame des Armées à Versailles.

Jean Madiran nous a quittés, il y a un peu plus d’un mois et demi, d’une manière presqu’inattendue, après une longue vie, une vie bien remplie au service des siens, de son pays, de l’Eglise… une vie d’homme avec son mystère, ses grandeurs mais aussi ses ombres, une vie que nous confions au Seigneur des miséricordes.

Je ne vais pas ici faire un hommage supplémentaire à Jean Madiran, d’autres l’ont déjà fait et bien fait. La magnifique homélie du père abbé du Barroux lors de la messe des funérailles, le 5 août dernier, a été largement diffusée sur internet. Ce soir je voudrais juste évoquer celui qui fut ici, pendant de si nombreuses années, un simple paroissien, fidèle et discret, accompagné de son épouse Michèle.

Beaucoup de gens ont connu Jean Madiran par ses très nombreux écrits, par ses interventions, ses prises de position restées quelquefois célèbres, mais nous c’est surtout l’humble paroissien du milieu de la nef que nous avons connu. Et c’est lui, celui que beaucoup de paroissiens n’avaient même pas remarqué, cet homme humble et fidèle, que je voudrais évoquer ici.

A Notre-Dame des Armées, il venait, tel un disciple, chercher Dieu et Dieu seul, il venait se nourrir de l’Ecriture sainte, recevoir le catéchisme, vivre la messe. C’était devenu sa paroisse, sa « paroisse d’exil » comme il aimait à dire avec une pointe d’humour, mais aussi avec tout ce que cela signifiait pour lui qui était tellement éloigné de l’esprit moderne : la paroisse où il s’était enraciné, il y venait recueillir les bienfaits du Seigneur, il s’y reconnaissait des devoirs. Car il y avait chez lui quelque chose de l’ancien temps, d’Ancien Régime pourrait-on dire, d’avant le libre examen et la modernité, d’avant l’émancipation de la raison oublieuse des droits de Dieu, d’avant l’autonomie revendiquée de la liberté dévoyée. Oui, Jean Madiran était certes par ses écrits un lutteur, un polémiste, mais je crois qu’il était d’abord un disciple qui savait mendier, qui savait écouter, oh ! pas seulement le maître de Martigues, mais d’abord Celui qui est doux et humble de cœur, ce Maître qui s’est fait serviteur, obéissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix. Oui, sans qu’il n’y ait en lui rien de convenu, il y avait chez Jean Madiran une docilité profonde, un grand respect de Dieu, de l’ordre, de l’Eglise, quelque chose même d’anachronique et d’incompréhensible en notre temps troublé de post-modernité.
« Ecoute, ô fils, les préceptes du Maître et incline l’oreille de ton cœur », ce disciple de saint Benoît, qui avait grandi à l’école d’André Charlier avait appris, par la vertu de piété, à être d’abord un fils docile, un disciple obéissant, un mendiant qui reçoit tout du Seigneur, pour apprendre à devenir, comme dans la parabole, un serviteur fidèle. Il voulait vivre cette authentique liberté qui exige avant tout de se renoncer, de s’oublier et de se laisser dépouiller. « Mon joug est doux et mon fardeau léger », dit le Seigneur.

Je crois que l’on ne peut pas comprendre la personnalité et l’itinéraire de Jean Madiran, ses choix audacieux, courageux, parfois incompris, ses positions quelquefois inattendues, à contre-courant bien souvent, si l’on oublie qu’il était aussi frère Jean Baptiste dans l’oblature bénédictine. A l’image de son saint patron, il pouvait user à certains moments d’une voix forte, menaçante parfois. Comme lui, il savait même manier l’invective : « engeances de vipère », mais surtout il voulait montrer et témoigner de la grandeur de l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… jusque dans notre monde blessé par l’ingratitude et l’impiété.

Je crois que plus que tout, c’est là le principal héritage que nous laisse le frère Jean-Baptiste : sa grande passion pour le Christ, qu’il partageait avec son ami Dom Gérard, et son grand désir de diminuer, de s’effacer, dans la simplicité et la discrétion, pour faire croître le Seigneur en sa majesté… Le voilà désormais exaucé ! Il nous a indiqué le chemin de l’Espérance.

Gérald de Servigny p+




samedi 21 septembre 2013

La charte de Vincent Peillon

Le commentaire de Jacques Trémolet de Villers dans "Présent" (n°7940)


Qu’il est intéressant, le Vincent Peillon, avec sa Charte de la laïcité à l’école ! Il nous donne, sur une page coloriée de bleu et de rouge, ce qu’on pourrait appeler l’âme du socialisme, si ces deux mots ne juraient pas. Ame est un mot vraiment trop beau, pour être ici employé. Esprit correspond mieux, puisqu’il y a de bons et de mauvais esprits.

Tel est donc l’esprit qui nous gouverne.Il nous dit : « la Nation confie à l’Ecole la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République… ».

Il y a trois majuscules dans cette phrase, Nation, Ecole, République. Trois abstractions. Trois divinités mises au-dessus du commun des mortels.

Il y a une seule réalité humaine. Elle est en minuscule, au pluriel, ce sont « les élèves ».

Observons qu’il ne dit pas « les enfants », mais « les élèves », car l’enfant n’est appréhendé que dans sa condition de sujet de l’école. Et l’Ecole qui s’écrit en majuscule n’est aucunement au service de l’élève, mais elle est l’instrument de la Nation. L’Ecole a une mission, reçue de la Nation. Cette mission n’est pas d’enseigner le Vrai, le Beau et le Bien, mais de « faire partager les valeurs de la République ».

« Faire partager », c’est la version moderne « d’inculquer », ou « d’adhérer ». Cette version moderne, qui semble plus douce, est en réalité plus contraignante encore, car un partage est normalement un acte volontaire, accompli à l’initiative et selon la volonté de ceux qui se partagent la chose, le bien, l’héritage. Mais le partage imposé, « faire partager », ne peut exister sans une contrainte qui s’impose à tous. Si tu ne partages pas les valeurs que l’Ecole a la mission de te faire partager, tu es automatiquement et définitivement exclu.

La sanction logique de ce « faire partager », c’est l’exclusion de celui qui ne voudrait pas partager. On notera que l’hypothèse du refus de partager n’est même pas envisagée, tant il apparaît évident au rédacteur de la Charte qu’elle est impossible. D’où le caractère terrifiant de l’exclusion encourue.




Dimanche 01 septembre 2013

Homélie du Pape François pour l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Messe en la solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

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Castel Gandolfo, 15 août 2013


Chers frères et sœurs !

A la fin de la Constitution sur l’Eglise, le Concile Vatican II nous a laissé une très belle méditation sur la Vierge Marie. Je rappelle seulement les expressions qui se réfèrent au mystère que nous célébrons aujourd’hui : la première est celle-ci : « La Vierge Immaculée, préservée (par Dieu) de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme Reine de l’univers » (n.59). Et ensuite, vers la fin, il y a cette autre expression : « Tout comme dans le ciel, où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Eglise en son achèvement dans le siècle futur, de même sur cette terre, en attendant la venue du Jour du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation, devant le peuple de Dieu en pèlerinage » (n. 68). A la lumière de cette très belle icône de notre Mère, nous pouvons entendre le message contenu dans les lectures bibliques que nous venons d’entendre. Nous pouvons nous concentrer sur trois paroles-clé : lutte, résurrection, espérance.

Le passage de l’Apocalypse présente la vision de la lutte entre la femme et le dragon. La figure de la femme, qui représente l’Eglise, est d’un côté glorieuse, triomphante, et de l’autre, encore en travail. Telle est, en effet, l’Eglise : si elle est déjà associée, au ciel, à la gloire de son Seigneur, elle vit continuellement, dans l’histoire, les épreuves et les défis que comporte le conflit entre Dieu et le malin, l’ennemi de toujours. Et dans cette lutte, que les disciples de Jésus doivent affronter - nous tous, nous, tous les disciples de Jésus nous devons affronter cette lutte - Marie ne les laisse pas seuls ; la Mère du Christ et de l’Eglise est toujours avec nous. Toujours, elle marche avec nous, elle est avec nous. Marie aussi, en un certain sens, partage cette double condition. Naturellement, elle est désormais, une fois pour toutes, entrée dans la gloire du ciel. Mais cela ne signifie pas qu’elle soit loin, qu’elle soit séparée de nous ; au contraire, Marie nous accompagne, elle lutte avec nous, elle soutient les chrétiens dans le combat contre les forces du mal. La prière avec Marie, en particulier le Rosaire - écoutez bien : le Rosaire. Est-ce que vous priez le Rosaire tous les jours ? Je ne sais… (la foule crie : Oui !) C’est sûr ? Et bien la prière avec Marie, en particulier le Rosaire a aussi cette dimension « agonistique », c'est-à-dire de lutte, une prière qui soutient dans la bataille contre le malin et ses complices. Le Rosaire aussi nous soutient dans la bataille.

La seconde lecture nous parle de la résurrection. L’Apôtre Paul, écrivant aux Corinthiens, insiste sur le fait qu’être chrétien signifie croire que le Christ est vraiment ressuscité des morts. Toute notre foi se base sur cette vérité fondamentale qui n’est pas une idée mais un évènement. De même, le mystère de l’Assomption de Marie corps et âme est tout entier inscrit dans la Résurrection du Christ. L’humanité de la Mère a été « attirée » par le Fils dans son passage à travers la mort. Jésus est entré une foi pour toutes dans la vie éternelle avec toute son humanité, celle qu’il avait prise de Marie ; ainsi, Elle, la Mère, qui l’a suivi fidèlement toute sa vie, qui l’a suivi avec son cœur, est entrée avec Lui dans la vie éternelle, que nous appelons aussi le ciel, le Paradis, la Maison du Père.

Marie a connu aussi le martyre de la croix : Le martyre de son cœur, le martyre de son âme. Elle a tant souffert dans son cœur, pendant que Jésus souffrait sur la croix. la Passion du Fils, elle l’a vécue jusqu’au fond de son âme. Elle a été pleinement unie à Lui dans la mort, et à cause de cela, le don de la résurrection lui a été fait. Le Christ est le premier des ressuscités, et Marie est la première des rachetés, la première de « ceux qui appartiennent au Christ ». Elle est notre Mère, mais nous pouvons dire aussi qu’elle est notre représentante, elle est notre sœur, notre grande sœur, elle est la première des rachetés qui est arrivée au ciel.

L’Evangile nous suggère la troisième parole : espérance. L’espérance est la vertu de qui, faisant l’expérience du conflit, de la lutte quotidienne entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, croit en la Résurrection du Christ, en la victoire de l’Amour. Nous avons entendu le chant de Marie, le Magnificat : C’est le cantique de l’espérance, le cantique du Peuple de Dieu en marche dans l’histoire. C’est le cantique de tant de saints et de saintes, certains connus, d’autres, beaucoup plus nombreux, inconnus, mais bien connus de Dieu : mamans, papas, catéchistes, missionnaires, prêtres, sœurs, jeunes, également des enfants, grand pères, grand mères : ils ont affronté la lutte de la vie en portant dans le cœur l’espérance des petits et des humbles. Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur ». L’Eglise le chante encore aujourd’hui et elle le chante partout dans le monde. Ce cantique est particulièrement intense là où le Corps du Christ souffre aujourd’hui la Passion. Où il y a la croix, pour nous chrétiens, il y a l’espérance, toujours. S’il n’y a pas l’espérance, nous ne sommes pas chrétiens. C’est pourquoi j’aime dire : ne vous laissez pas voler l’espérance. Qu’on ne nous vole pas l’espérance, parce que cette force est une grâce, un don de Dieu qui nous porte en avant, en regardant le ciel. Et Marie est toujours là, proche de ces communautés, de nos frères, elle marche avec eux, elle souffre avec eux, et elle chante avec eux le Magnificat de l’espérance.

Chers frères et sœurs, unissons-nous, nous aussi, de tout notre cœur, à ce cantique de patience et de victoire, de lutte et de joie, qui unit l’Eglise triomphante et l’Eglise pérégrinante, qui unit la terre et le ciel, qui unit notre histoire et l’éternité, vers laquelle nous marchons.

Ainsi soit-il

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Commentaire du sermon du Pape François par un moine de Triors (dans "l'Homme nouveau", n°1548)

S'armer spirituellement

Selon son usage constant, trois points forment la charpente du texte.

  • En premier lieu la lutte. En bon fils de saint Ignace, le Pape revient sans cesse à cette idée maîtresse des Exercices, qui rappelle à tout chrétien la gravité de la vie et la nécessité de s’armer spirituellement pour résister aux tentations du démon et parvenir à la plus haute sainteté ; le dernier Concile le rappelait, c’est là la voie normale ouverte à tous les baptisés. Il faut remarquer l’importance qu’attache le Pape à l’existence du diable. Dans la folie des dernières décennies, on ne croit plus ni au diable, ni à l’enfer, malgré les rappels des papes Paul VI et Jean-Paul II. Le Pape François en parle bien souvent, et de fait c’est fort important, car le diable, comme le dit saint Paul, est une puissance spirituelle, et, face à lui, sans la grâce demandée et obtenue par la prière, le chrétien ne peut pas obtenir la victoire. En cette fête de l’Assomption, le Pape rappelle pour cela l’importance de la récitation quotidienne du chapelet.
  • En second lieu la résurrection. Marie en son Assomption nous enseigne qu’elle demeure intimement liée à la Croix. Là aussi il ne faut jamais séparer ce que Dieu a uni. Le mystère pascal doit être cru et vécu en sa totalité : Passion, Résurrection et Ascension, comme l’énumère avec soin le Canon romain.
  • Enfin, l’espérance, thème très cher à Benoît XVI. L’ensemble des vertus théologales sont unies étroitement entre elles : les trois ont Dieu directement pour objet ; et là encore, il n’y a pas de séparation possible. Ne soyons pas protestants. La foi fait grandir en nous les ailes de l’espérance, comme l’écrivait le Pape dans l’encyclique Lumen fidei. C’est pourquoi le Pape insiste ici pour que cette espérance ne nous soit jamais volée.

Que la flamme de l’espérance illumine tous les veilleurs, mais aussi tous les chrétiens. Nous confions cela à Marie, notre espérance.




vendredi 23 août 2013

Interroger l’islam

"Interroger l’islam"

Rencontre avec l’abbé Pagès


  • Mon père, pouvez-vous nous présenter votre apostolat ?

Déjà en 2003 Jean-Paul II lançait cet appel : « Il est nécessaire de préparer convenablement les chrétiens qui vivent au contact quotidien des musulmans (et pour qui n’est-ce pas peu ou prou, aujourd’hui, le cas ?) à connaître l’islam de manière objective (autrement dit : il y a des présentations de l’islam qui ne sont pas objectives…) et à savoir s’y confronter. » (Se confronter à l’islam ? Qui ose aujourd’hui dans l’Eglise demander pareille chose ?) (Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, n° 57). La confrontation avec l’islam, à laquelle le pape somme les chrétiens de se préparer, leur demande de bien connaître l’islam, mais surtout de bien se connaître eux-mêmes.
L’apostasie dénoncée par cette même exhortation (n° 9) est telle que le discours auto-légitimant de l’islam est accueilli sans coup férir par l’Eglise, quand bien même blasphème-t-il Dieu, sa parole et son Eglise. C’est ainsi qu’Allah – pour qui croire à la Trinité est le seul péché irrémissible (coran 4.48) – est accepté comme le vrai Dieu ; Mahomet comme son prophète (cf. ; Mt 24.4,11,24 ; Ga 1.8 ; 1 Jn 2.22-27 ; 4.2-4 ; 2 Jn 7-11) ; le coran comme parole de Dieu (cf. le père de Chergé faisant sa lectio divina dans le coran) ; les mosquées comme des lieux de culte semblables à nos églises (alors que l’islam n’a aucun sacrifice à offrir à Dieu et que les mosquées sont des lieux d’endoctrinement, des tribunaux, des QG pour le djihad) ; et que des évêques sont tout heureux d’aller poser la première pierre des mosquées et de souhaiter un « saint et béni ramadan » (sic). Lorsque demain leurs ouailles auront fini de déserter les églises où ils ne trouvent plus que du sel affadi et seront devenus musulmans, ils pourront remercier leur évêque de leur avoir montré le chemin de la mosquée… Vraiment, pourrait-on trouver de pires aveugles pour conduire d’autres aveugles ? Cette folie est si révoltante que Christiano Magdi Allam, réchappé de l’islam et baptisé par Benoît XVI en 2008, a préféré, en un geste certes regrettable mais non moins prophétique, quitter l’Eglise plutôt que de cautionner avec elle la légitimité et les desseins de l’islam (Mt 24.15-18). Dans la lettre ouverte par laquelle il explique sa décision, il écrit : « Je suis de plus en plus convaincu que l’Europe finira par se soumettre à l’islam, comme cela s’est passé pour l’autre rive de la Méditerranée à partir du VIIe siècle, si elle ne fait pas preuve de lucidité et de courage pour admettre l’incompatibilité de l’islam avec notre civilisation et les droits fondamentaux de la personne, si elle n’interdit pas le coran pour apologie de la haine, de la violence et du meurtre des non-musulmans, si elle ne condamne pas la charia et les prêches qui incitent à des crimes contre l’humanité et à la violation de la sacralité de la vie de tous, qui rejettent l’égale dignité de l’homme et de la femme ainsi que la liberté religieuse, et finalement si elle ne met pas fin à la propagation des mosquées. »
La malédiction de l’islam est terrible (Ga 1.8), mais elle ne serait rien si elle ne trouvait pas dans l’Eglise et l’Occident l’apostasie qui y règne actuellement. Il devient, en effet, de plus en plus difficile de rendre témoignage à la vérité non seulement dans la société civile mais aussi dans l’Eglise où, sous couvert de tolérance et de lutte contre l’islamophobie, en bons soumis qu’ils sont déjà, les uns et les autres en viennent à condamner eux-mêmes toute critique de l’islam, laquelle se justifie pourtant amplement du fait que l’islam est un système politique, juridique et culturel incompatible avec les Droits de l’homme et ceux de Dieu. C’est ainsi que six sénateurs belges viennent de déposer un projet de loi sanctionnant pénalement la critique de l’islam !
La situation est humainement désespérée. L’ampleur du travail auquel mon apostolat voudrait coopérer est incommensurable. Comment conduire les chrétiens, et plus largement les occidentaux, à une réappropriation de leur identité, tout en arrachant les musulmans à la damnation où les tient cet antichrist caractérisé qu’est l’islam, que l’on ne veut point nommer comme tel et devant qui l’on déroule le tapis rouge, rouge du sang de tous les martyrs, passés, présents et à venir ? Je rappelle ces mots de Benoît XVI : « Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C’est une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir. » (Cologne, 20.08.2005).
Mon apostolat utilise ce fabuleux outil qu’est internet, où j’envoie de courtes vidéos (que je réalise encore, hélas ! comme un amateur) générant des échanges avec les internautes. Voici l’adresse de mon site « http://www.islam-et-verite.com/ », encore en cours de reconstruction. Je cherche des personnes, notamment arabophones, désireuses de coopérer à cet apostolat aussi urgent que délaissé.

  • Quels en sont les fruits ?

Par la grâce de Dieu, j’ai la joie de recevoir régulièrement, en provenance de divers pays, des messages m’annonçant la conversion de leurs auteurs. Il s’agit soit de musulmans pour qui mes vidéos ont été une aide dans la découverte de la vérité de l’islam, soit de catholiques non-pratiquants, de personnes d’autres religions ou d’athées. Nombre de ces personnes découvrent la vérité au sujet de Jésus-Christ et de l’Eglise, et cette découverte est si réelle et importante qu’elles demandent le baptême ou reviennent à la pratique religieuse. Mon apostolat vise un double but : la conversion des musulmans en particulier, et des non-catholiques en général, mais encore et non moins l’affermissement de la foi des catholiques.

  • Parlez-nous d’une de vos plus belles conversions ?

Un jour, sur l’un de mes forums, je vis un musulman me défendre, et plus tard, annoncer qu’il quittait l’islam. Je pris contact avec lui et allai le visiter dans la banlieue parisienne. Guinéen d’origine, islamisé sur son lieu de travail, il s’était alors mis à la recherche d’informations sur sa religion et c’est ainsi qu’il découvrit mes vidéos. Voulant en savoir davantage sur cet abbé Pagès, il trouva mes vidéos qui l’interpellèrent si bien qu’il partit s’en ouvrir à l’imam de sa ville, lequel lui répondit : « Ne va pas sur internet : il n’y a que des bêtises. Et puis, tu réfléchis trop. ». Voyant que l’imam était incapable de répondre aux contradictions que j’avais présentées, non seulement il quitta l’islam et se convertit au Christ, mais encore entraîna son épouse et, ayant téléchargé quelques-unes de mes vidéos sur son téléphone portable, convertit cinq de ses collègues à qui il les fit voir ! Il me montra un livre de prières qu’il avait trouvé dans une poubelle et avec lequel, chaque soir, à genoux, avec son épouse, ils priaient. Ils s’étaient également mis ensemble à étudier la doctrine chrétienne grâce à un livre de catéchisme de CM2 trouvé, lui aussi, dans une poubelle… Et, toujours dans une poubelle, ils avaient trouvé une copie du film de Zeffirelli Jésus de Nazareth, qu’ils regardaient rituellement et religieusement tous les dimanches soirs… J’ai vu, là, comment les pauvres du Tiers-Monde doivent aller chercher dans nos poubelles la foi et la culture chrétiennes que nous y avons rejetées ! J’ai ensuite téléphoné au curé de la paroisse sur le territoire de laquelle ils vivaient pour lui signaler l’existence de ces bienheureux (ils avaient pris l’habitude d’aller à sa messe chaque dimanche et d’y communier) et lui demander d’envoyer quelqu’un leur manifester l’accueil de la paroisse et leur rendre les devoirs de la charité, d’autant plus nécessaires que la maman était sur le point d’accoucher. J’ai téléphoné trois fois, mais jamais personne ne s’est déplacé…

  • Comment votre livre peut-il nous aider dans la démarche de conversion des musulmans ?

Pour répondre à la demande de l’Eglise susmentionnée exprimée par Jean-Paul II, j’ai donc écrit ce livre Interroger l’islam, qui contient en trois parties (Dieu, la Révélation et l’homme) un certain nombre de questions et de réponses à apporter dans un dialogue islamo-chrétien. Il est, en effet, nécessaire de présenter un minimum d’arguments lorsque nous sommes islamisés ou lorsque nous souhaitons nous-mêmes évangéliser les musulmans qui, je le dis d’expérience, n’attendent souvent que cela. Mon livre donne également aux musulmans de quoi obéir à Allah, qui leur demande : « Si tu es dans le doute sur ce qui t’a été envoyé d’en haut, interroge ceux qui lisent les Ecritures envoyés avant toi. » (coran 10.94).
Je suis évidemment très honoré et reconnaissant à Mgr Bernardini, archevêque émérite de Smyrne, en Turquie, d’avoir bien voulu écrire la préface de ce livre. Voici ce qu’il a notamment écrit : « Cette belle étude de l’abbé Guy Pagès nous donne des éléments pour un vrai dialogue islamo-chrétien et offre aux fidèles chrétiens les armes d’une exacte connaissance de la doctrine chrétienne et un exposé tout aussi exact de l’islam, par la référence constante aux textes fondateurs eux-mêmes. »

Propos recueillis par Rémi Fontaine

"Présent" - n° 7923 du samedi 24 août 2013
"Interroger l’islam. Eléments pour le dialogue islamo-chrétien", DMM.




mercredi 21 août 2013

Jean Madiran : l'hommage de Guillaume de Thieulloy

Extrait de l'hommage de Guillaume de Thieulloy dans "Les 4 Vérités":


"Je retiens aussi de Jean Madiran sa remarquable analyse des « deux démocraties ». Avant de lire ce petit essai qui fut un maître livre, je trouvais incompréhensible que la démocratie, ce soit l’Athènes de Socrate et donc la naissance de la civilisation et aussi, contradictoirement, la « dissociété » contemporaine et la fin de toute civilisation. Madiran explique cela lumineusement. Il y a deux démocraties : la classique (la grecque), régime politique parmi d’autres, plus ou moins adapté à telle situation ; et la nôtre. Mais la nôtre n’est pas un régime politique ; elle est une religion qui exige que toute légitimité sorte de la prétendue « volonté générale », censément incarnée par les majorités parlementaires de hasard. Ce qui implique que cette démocratie « religieuse » puisse dire non seulement le légal et l’illégal, mais aussi le bien et le mal et même le vrai et le faux. La loi Gayssot, par exemple, nous a dotés d’une vérité historique d’État, subvertissant ainsi radicalement la notion même de vérité historique. S’il existe aujourd’hui des opinions criminalisées, c’est la conséquence inéluctable de cette « démocratie » religieuse qui n’est rien d’autre qu’un totalitarisme. La place me manque pour dire tout ce que j’ai appris dans cette oeuvre. Un mot résume tout : Jean Madiran nous apprenait à résister contre ce « politiquement correct » étouffant, hostile à toute liberté et à toute recherche de la vérité.

Après une longue vie de combats, il est juste qu’il se repose enfin. Espérons que se lèvent derrière lui des héritiers dignes de lui et qu’enfin, nous puissions reconstruire notre France, sans la couper artificiellement de ses racines comme le veulent ceux qui prétendent nous diriger et qui haïssent tout ce que nous aimons !"




jeudi 01 août 2013

Jean Madiran : l'hommage de Caroline Parmentier

L’école Madiran


L’appel de Michèle Madiran hier après-midi. Ces trois mots : « Jean est mort. » C’est fini. Elle ne s’y attendait pas, aucun de nous ne s’y attendait. Après une mauvaise chute, il était entré à l’hôpital debout, lucide, droit comme un I, faisant l’admiration des médecins lorsqu’ils ont constaté qu’il avait 13 côtes fracturées ou fêlées. Il se battait depuis des semaines pour écrire, marcher, lire. Pour se relever. C’était un battant. Aucun de nous ne l’a jamais vu diminué. Il n’aurait pas aimé.

Jusqu’à la fin il a écrit, envoyant des SMS, cette drôle d’écriture qu’il appréciait particulièrement et à laquelle il s’était initié avec des trouvailles phonétiques et abrégées qui faisaient mon bonheur. La dernière chose que je garde de lui, c’est son dernier SMS.

Jusqu’à cette année 2013, il galopait, grimpait les escaliers, allait au cinéma, partageait volontiers, après le journal, un Chablis et des huîtres spéciale n°3 qu’il m’avait fait découvrir. Même ses génuflexions à la messe étaient sportives et énergiques. Ce matin au journal, son bureau est vide. Tout est en place. Sa croix, sa tasse à café « I am the boss » offert par quelques plaisantins de la rédaction, son pull qu’il laissait là pour les petits matins frisquets, le courrier à son nom. Et l’ouvrage de Jean-Paul II dont le titre résonne spécialement : « Entrez dans l’espérance ».

C’est dans un bureau semblable à celui-ci, mais à l’étage du dessus, que le boss m’a reçue il y a 27 ans. Le regard bleu comme un ciel grec, transperçant : « Puisque vous voulez devenir journaliste, je vous propose un stage. Quatre-vingt-dix jours, c’est une bonne distance pour savoir si vous nous convenez et si nous vous convenons. » Je ne suis plus jamais partie. Ce jour-là, Madiran m’a donné la chance de ma vie. Il m’a tout appris du plus beau métier du monde. Il a eu l’idée d’une école sur le tas, d’une école de journalisme, de journalisme quotidien qui ne s’apprend pas sur les bancs d’une école, justement. C’est en forgeant qu’on devient forgeron et en écrivant, encore et encore, en rewritant des tonnes de dépêches, en écoutant les « anciens », en allant sur le terrain, dans les meetings, dans les manifs, dans les conférences de presse, en interrogeant, en interviewant des récalcitrants ou des charmants, en tirant des sonnettes, en se faisant raccrocher au nez que l’on devient journaliste à Présent.

Jean Madiran nous a appris à être des réfractaires en utilisant l’incroyable espace de liberté unique qu’est notre quotidien. Des réfractaires aux idéologies et aux institutions qui viennent dénaturer la nation, la vie intellectuelle, la vie culturelle, la vie religieuse. Des réfractaires aux régimes politiques en place. Il a formé notre esprit critique et rebelle. Il nous a redonné la vertu d’insolence. Il était un témoin à charge contre son temps. Et comme il avait coutume de le dire, « les charges sont graves ».

C’était un passionné de politique, il nous a inoculé le virus : « Quels anges immatériels croyez-vous être si vous méprisez la politique ? » s’énervait-il en engueulant volontiers ceux qui lui répondaient que la politique et donc l’abonnement à Présent ne les intéressaient pas… « C’est la politique qui décide de la liberté et de la tyrannie, du sang versé, de la vie et de la mort du peuple et même, souvent, du sort des âmes. La grande affaire du siècle est politico-religieuse. Politique et religion marchent forcément ensemble. » Jean Madiran a collé au plus près de la grande affaire du siècle.

Pour tous ceux qui l’ont connu, il était tout le contraire d’un austère. Curieux de tout et des choses les plus inattendues, une chanson, un spectacle, une pièce de théâtre, une nouvelle attraction à Disneyland… Il était particulièrement attaché à ce qui faisait l’âme du journal : le souci que l’on prend les uns des autres, les conversations entre deux portes, les plaisanteries, les réunions de rédaction, les chansons, les déjeuners informels où l’on parle de tout et de rien, de poésie, de littérature ou d’amour, mais où les anciens donnent naturellement ce qu’ils savent et où les plus jeunes apprennent sans en avoir l’air. Et il voulait que l’on continue sans lui. Mais sans lui, ce n’est plus ça.

En pensant à lui, j’ai l’image de cette soirée provençale, cette nuit d’été près de Salon-de-Provence, à l’issue de notre tournée de dîners-rencontre qui lui avaient donné une nouvelle jeunesse. Un pull bleu sur les épaules, son esprit, son humour et son charme agissaient, comme toujours. Je me souviens du regard très ému que Michèle et lui ont échangé en entendant « l’Hymne à l’amour » d’Edith Piaf que l’un d’entre nous avait lancé sur son portable. « Si, un jour, la vie t’arrache à moi… ».

CAROLINE PARMENTIER

"Présent" - n°7908 du vendredi 2 août 2013




jeudi 25 juillet 2013

Le rond-carré de Mgr Simon

Alors que s’achève son mandat de vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont, revient sur les grands sujets de société en des termes particulièrement inquiétants qu’a soulignés Maximilien Bernard sur son blog Perepiscopus.

Interrogé sur le site officiel de la CEF sur l’attitude que les chrétiens peuvent adopter sur les questions de société, il commet cette réponse évidemment relative à la loi Taubira : « Continuons à être vigilants sur la législation mais on ne peut pas rester tout le temps en train de contester une loi. En ce qui concerne le mariage, la nouvelle législation en France ne change rien pour les catholiques. La loi de séparation de 1905 entre l’Eglise et l’Etat garantit que chaque Eglise, chaque communauté religieuse s’organise selon ses propres lois. C’est donc à l’Eglise catholique qu’il revient de déterminer les conditions liées au sacrement du mariage. J’ai envie de dire à tous les catholiques : “Soyez exemplaires dans votre façon de vivre le mariage !”… »

Voici ce qu’on pourrait appeler un malsain et illégitime communautarisme catholique. Les citoyens ne sont plus légalement sous l’obédience de la loi naturelle mais peu importe aux catholiques : ils ne vont pas en faire une jaunisse puisqu’ils peuvent y trouver égoïstement leur compte grâce à la sacro-sainte loi de séparation ! C’est l’argument libéral éculé : les chrétiens sont libres de ne pas travailler le dimanche, comme ils sont libres de ne pas avorter et de se marier comme il faut, c’est leur choix, mais pourquoi imposeraient-ils leurs options à tous ?

Au reste, la recommandation de Mgr Simon s’est particulièrement bien appliquée pour la loi Chirac-Veil (cf. Livre noir des évêques p. 134) et l’on a vu des évêques intimer l’ordre à des catholiques de ne plus (se) manifester contre cette funeste loi devenue comme intouchable : — On ne peut pas rester tout le temps en train de contester politiquement une loi. Contentez-vous d’être éthiquement exemplaires puisque vous êtes libres en la matière et faites simplement du social et de l’humanitaire, selon la pastorale de l’enfouissement ! Nous avons vu le résultat.

On pose quand même implicitement la question des principes non-négociables à l’archevêque de Clermont : « On va reparler de la recherche sur l’embryon, de la fin de vie, de la famille… » Et voici sa réponse : « Je crois que les catholiques s’habituent à penser que nous sommes dans une société de plus en plus païenne. Il y règne beaucoup d’idolâtrie : de l’immédiateté, de la consommation, du libéralisme absolu. Il faut prendre du recul par rapport à cela. Il ne s’agit pas de se replier sur un communautarisme qui serait malsain mais d’avoir une colonne vertébrale personnelle pour être capable de faire des choix et d’en rendre compte… »

Ne pas se replier sur un communautarisme qui serait malsain ? Mais c’est déjà fait, comme nous l’avons montré plus haut. Maximilien Bernard cite à ce propos Olivier Drapé, le responsable de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron : « La loi Taubira modifie en profondeur le code civil et les règles de la filiation, non seulement pour les catholiques mais pour l’ensemble des citoyens français, la séparation de l’Eglise et de l’Etat à laquelle se réfère Mgr Hippolyte Simon ne saurait être interprétée dans le sens d’une séparation de la loi morale et des lois civiles. Les catholiques ne sont pas seulement concernés par la défense des intérêts propres à leur communauté religieuse mais ont bien évidemment un rôle irremplaçable à jouer en vue du bien commun de la société dans laquelle nous vivons. »

Or pour jouer ce rôle, il n’y a paradoxalement qu’un bon moyen moral et politique, historiquement vécu : celui d’Antigone ou de Thomas More, qui sont restés tout le temps (jusqu’à leur mort !) à contester la loi inique de Créon. C’est aussi ce nous avons appelé, par métaphore sanitaire et organique, le moyen de l’anticorps, celui des premiers chrétiens et des dissidents anticommunistes (1). Autrement dit encore ce sain et légitime communautarisme expliqué et notamment développé dans Ni laïques ni musulmans ou Sous le signe d’Antigone chez Renaissance catholique.

REMI FONTAINE

"Présent" - n°7896 du 17 juillet 2013

(1) Mgr Simon évoque lui-même dans cet entretien le déclin et l’effondrement du marxisme-léninisme, lequel avait « une force d’intimidation intellectuelle en France »…




Lundi 08 juillet 2013

Pape François : le but n'est pas de socialiser, mais d'annoncer le Royaume de Dieu

Dimanche le Pape François a récité l'angélus avec les fidèles réunis Place St. Pierre. Il a déclaré :

"Jésus n'est pas un missionnaire isolé. Il ne veut pas accomplir seul sa mission, mais il implique ses disciples. Aujourd'hui, nous voyons qu'en plus des douze apôtres, il en appelle soixante-douze autres, et les envoie dans les villages deux par deux, pour annoncer que le Royaume de Dieu est proche. Ceci est très beau! Jésus ne veut pas agir seul. Il est venu apporter dans le monde l'amour de Dieu et veut le diffuser de cette façon, par la communion, la fraternité. C'est pourquoi il forme tout de suite une communauté de disciples qui est une communauté missionnaire. Il les entraîne tout de suite à la mission, à avancer".

"Mais attention! Le but n'est pas de socialiser, de passer le temps ensemble, non, le but est d'annoncer le Royaume de Dieu, et cela est une priorité! Et aujourd'hui aussi cela reste une priorité! Il n'y a pas de temps à perdre à discuter, à attendre le consentement de tous, il faut y aller et annoncer. La paix du Christ s'apporte à tous, et s'ils ne l'accueillent pas, on continue quand même. On apporte la guérison aux malades parce que Dieu veut guérir l'homme de tout mal. Combien de missionnaires font cela! Ils sèment la vie, la santé, le réconfort aux périphéries du monde. Comme cela est beau! Ne pas vivre pour soi-même mais vivre pour aller faire le bien! Il y a tant de jeunes aujourd'hui sur cette place. Pensez à cela, demandez-vous: Jésus m'appelle-t-il à y aller, à sortir de moi pour faire le bien?".




samedi 29 juin 2013

Lumen Fidei, première encyclique du Pape François

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Le texte intégral sur le site du Vatican


La version pdf téléchargeable


Foi et bien commun face à la modernité

Extraits du 4e chapitre de l'encyclique

"Assimilée et approfondie en famille, la foi devient lumière pour éclairer tous les rapports sociaux. Comme expérience de la paternité et de la miséricorde de Dieu, elle s’élargit ensuite en chemin fraternel. Dans la « modernité », on a cherché à construire la fraternité universelle entre les hommes, en la fondant sur leur égalité. Peu à peu, cependant, nous avons compris que cette fraternité, privée de la référence à un Père commun comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. Il faut donc revenir à la vraie racine de la fraternité. L’histoire de la foi, depuis son début, est une histoire de fraternité, même si elle n’est pas exempte de conflits. Dieu appelle Abraham à quitter son pays et promet de faire de lui une seule grande nation, un grand peuple, sur lequel repose la Bénédiction divine (cf. Gn 12, 1-3). Au fil de l’histoire du salut, l’homme découvre que Dieu veut faire participer tous, en tant que frères, à l’unique bénédiction, qui atteint sa plénitude en Jésus, afin que tous ne fassent qu’un. L’amour inépuisable du Père commun nous est communiqué, en Jésus, à travers aussi la présence du frère. La foi nous enseigne à voir que dans chaque homme il y a une bénédiction pour moi, que la lumière du visage de Dieu m’illumine à travers le visage du frère. Le regard de la foi chrétienne a apporté de nombreux bienfaits à la cité des hommes pour leur vie en commun ! Grâce à la foi, nous avons compris la dignité unique de chaque personne, qui n’était pas si évidente dans le monde antique. Au deuxième siècle, le païen Celse reprochait aux chrétiens ce qui lui paraissait une illusion et une tromperie : penser que Dieu avait créé le monde pour l’homme, le plaçant au sommet de tout le cosmos. Il se demandait alors : « Pourquoi veut-on que l’herbe pousse plutôt pour les hommes que pour les plus sauvages de tous les animaux sans raison ? ». « Si quelqu’un regardait du ciel sur la terre, quelle différence trouverait-il entre ce que nous faisons et ce que les fourmis ou les abeilles ? ». Au centre de la foi biblique, se trouve l’amour de Dieu, sa sollicitude concrète pour chaque personne, son dessein de salut qui embrasse toute l’humanité et la création tout entière, et qui atteint son sommet dans l’Incarnation, la Mort et la Résurrection de Jésus Christ. Quand cette réalité est assombrie, il vient à manquer le critère pour discerner ce qui rend la vie de l’homme précieuse et unique. L’homme perd sa place dans l’univers et s’égare dans la nature en renonçant à sa responsabilité morale, ou bien il prétend être arbitre absolu en s’attribuant un pouvoir de manipulation sans limites.

55. La foi, en outre, en nous révélant l’amour du Dieu Créateur nous fait respecter davantage la nature, en nous faisant reconnaître en elle une grammaire écrite par Lui et une demeure qu’il nous confie, afin que nous en prenions soin et la gardions ; elle nous aide à trouver des modèles de développement qui ne se basent pas seulement sur l’utilité et sur le profit, mais qui considèrent la création comme un don dont nous sommes tous débiteurs ; elle nous enseigne à découvrir des formes justes de gouvernement, reconnaissant que l’autorité vient de Dieu pour être au service du bien commun. La foi affirme aussi la possibilité du pardon, qui bien des fois nécessite du temps, des efforts, de la patience et de l’engagement ; le pardon est possible si on découvre que le bien est toujours plus originaire et plus fort que le mal, que la parole par laquelle Dieu soutient notre vie est plus profonde que toutes nos négations. D’ailleurs, même d’un point de vue simplement anthropologique, l’unité est supérieure au conflit ; nous devons aussi prendre en charge le conflit, mais le fait de le vivre doit nous amener à le résoudre, à le vaincre, en le transformant en un maillon d’une chaîne, en un progrès vers l’unité. Quand la foi diminue, il y a le risque que même les fondements de l’existence s’amoindrissent, comme le prévoyait le poète Thomas Stearns Elliot : « Avez-vous peut-être besoin qu’on vous dise que même ces modestes succès /qui vous permettent d’être fiers d’une société éduquée / survivront difficilement à la foi à laquelle ils doivent leur signification ? ». Si nous ôtons la foi en Dieu de nos villes, s’affaiblira la confiance entre nous. Nous nous tiendrions unis seulement par peur, et la stabilité serait menacée. La Lettre aux Hébreux affirme : « Dieu n’a pas honte de s’appeler leur Dieu ; il leur a préparé, en effet, une ville » (11, 16). L’expression « ne pas avoir honte » est associée à une reconnaissance publique. On veut dire que Dieu confesse publiquement, par son agir concret, sa présence parmi nous, son désir de rendre solides les relations entre les hommes. Peut-être aurions-nous honte d’appeler Dieu notre Dieu ? Peut-être est-ce nous qui ne le confessons pas comme tel dans notre vie publique, qui ne proposerions pas la grandeur de la vie en commun qu’il rend possible ? La foi éclaire la vie en société. Elle possède une lumière créative pour chaque mouvement nouveau de l’histoire, parce qu’elle situe tous les événements en rapport avec l’origine et le destin de toute chose dans le Père qui nous aime."




mercredi 12 juin 2013

La vertu du vrai mariage

Nouvelles de la France qui vient

Jacques Trémolet de Villers


Le propre des périodes de décadence, on le sait, c’est l’extrême confusion. Comme dans la chanson de Brel « plus rien ne ressemblait à rien ». Ainsi le mariage, institution ridiculisée, voire honnie par tout ce que l’intelligence auto-proclamée compte d’esprits qui se disent avancés, revient en force, mobilise toutes les chaînes de télévision françaises, européennes, voire mondiales, mais c’est pour célébrer le mariage de deux hommes.

Montpellier (mons puellarum… le mont des jeunes filles) la ville où s’élaboraient à l’époque médiévale la médecine et le droit, où Louis le Quatorzième édifia un arc de triomphe ouvrant les jardins du Peyrou, où Frédéric Mistral, devant une foule autrement nombreuse et plus civilisée, déclama, pour la première fois, la magnifique « Ode à la race latine » : « raço latino, en remembranço, Du toun destin sempre courous… » (race latine, en souvenance de ton destin toujours courageux, redresse-toi vers l’espérance/et fraternise sous la Croix…). Montpellier donc, revient dans l’actualité, et selon son maire, entre dans l’histoire avec le premier mariage homosexuel.

A Paris, un million de Français ont marché contre ce « mariage » contre-nature, revivifiant de façon étonnante, un mariage civil bien tombé en désuétude. Que reste-t-il de ces événements confus et contrastés ? Une évidence, qui place le mariage au centre des préoccupations et rappelle à tous qu’il est la véritable institution sociale.

C’est difficile à avaler, pour beaucoup, à cause de leur situation personnelle qui les paralyse, mais c’est ainsi « De la forme donnée à la société découle le bien ou le mal des âmes » disait Pie XII. La première forme donnée à la société est le mariage. « Dis-moi comment tu te maries, je te dirais qui tu es… ». Personnellement, humainement, socialement, économiquement, et donc politiquement, le mariage est la grande affaire.

Et la seule institution au monde qui, dans l’histoire, ait promu, élevé et défendu le mariage, c’est l’Église catholique, Apostolique et Romaine.

Toutes les autres religions, sans parler des philosophies ou des systèmes de droit, ont erré sur le mariage. Incertitude des définitions, médiocrité des sentiments, méconnaissance de la nature profonde… Il n’est pas jusqu’à la loi de Moïse (pourtant, ce n’est pas rien que la loi de Moïse) qui ait été obligée de méconnaître la haute noblesse du mariage en permettant sa dissolution « à cause de l’endurcissement de nos cœurs ».

Seul Dieu, lui-même, en la personne de son Fils, est venu rappeler « qu’au commencement, il n’en était pas ainsi » et, replaçant l’amour humain dans la beauté de ce commencement en a fait, par le mariage, une chose sacrée donnant aux époux la grâce d’être l’un pour l’autre et les deux ensemble, instruments conscients de la divinité, ministres de leur propre sacrement, accomplissant en vérité la fausse promesse de Satan, ridiculisant le diable en nous disant non pas « vous serez comme des dieux », mais bien « vous êtes comme des dieux ».

Le diable ne supporte pas le mariage. N’ayant pas réussi à le détruire, il le salit et, via Taubira, il pense le pervertir par la loi des hommes. Mais il ne parvient, comme toujours, qu’à l’inverse de ce qu’il cherchait. Par lui « ce diable qui, toujours, porte sa pierre » (ainsi dit un dicton, de langue d’oc, à Mount-Pelié) le mariage est hissé à la hauteur où nous avions oublié de le placer, la première.

Nous récitions, parfois comme des perroquets, qu’il fallait bâtir « la civilisation de l’amour », mais cette civilisation, pour se construire, veut un socle, une base immuable, universelle, accessible à tous, une et pourtant multiple. Cette merveille, incroyable, cette pierre philosophale qui change la boue en or, c’est le mariage.

Voie commune, dit l’Eglise, par rapport aux voies plus hautes, comme l’ordination sacerdotale, la vocation religieuse, le célibat consacré mais, par un paradoxe auquel l’Evangile nous a habitués, cette voie commune, ce chemin de l’ordinaire, est aussi une voie royale.

Ce que les mécaniciens de l’esprit et du corps appellent instinct sexuel, instinct de reproduction, désir animal, devient ici famille, procréation, collaboration au plan divin. L’œuvre de chair se fait œuvre de Dieu – opus Dei – et comme le disait, paraphrasant Shakespeare, mon maître et ami Jean Ousset, « Il y a plus dans le baiser des amants de la terre, pour peu qu’ils soient sincèrement épris, que dans tous les systèmes de philosophie. »

Ce que les philosophes appellent instinct social, animal social, besoin de l’autre, exploitation de l’homme par l’homme, devient sociabilité de jour et de nuit. La nécessité de vivre ensemble devient plaisir de se sentir unis… la lutte contre le froid devient chaleur du foyer et l’entrée sous le toit ouvre la porte d’une maison. Ce que les économistes enseignent doctoralement comme la science de la production et de la distribution des richesses commence ici, dans la maison : économie, oikos nomos, la loi de la maison.

C’est, rappelait Jacques Bainville, « l’honorable maison capétienne » qui a fait, au fil des siècles et de combien de mariages, plus importants encore que le fil de l’épée, ce qui s’appelle encore la France. Fallait-il Hollande et Taubira pour que nous prenions conscience, jusqu’au fond de notre être, de la place fondamentale du mariage en matière sociale, économique et politique ?

Amour humain, amour divin… amour du prochain, amour de la patrie, amour de Dieu, amour de la France, tout y est lié. Nous ne bâtirons pas autrement que nos aïeux, il y a plus de mille ans, ont bâti la maison. La France qui vient, je l’ai vue de mes yeux, comme nous tous, dans les rues de Paris. C’est la France des familles qui savent, maintenant, pour se l’être dit entr’elles et avoir marché ensemble, sur le pavé de notre ville-capitale - « La ville démocrate et pourtant feudataire » - que c’est chacune d’elles, pour sa part, en même temps que toutes ensemble, qui font « la Famille de France ».

JACQUES TREMOLET DE VILLERS

"Présent" - n° 7866 du 5 juin 2013

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