vendredi 12 juillet 2019

Le loup et l'agneau

« La raison du plus fort est toujours la meilleure », dit le fabuliste. Si La Fontaine revenait aujourd'hui, il constaterait sans doute que la déraison du plus violent l'emporte parfois, au moins à l'échelle de la terre.

Pourquoi ce préambule litteraire ?

 

Une pétition circule en ce moment sur Internet, plaidant la cause du loup. En l'occurence, un loup en liberté en Meurthe et Moselle, qui cause des ravages parmi les troupeaux de la région. Le pétitionnaire écrit, textuellement ; « Qui sommes-nous pour nous arroger le droit de vie et de mort sur un animal ? »

 

Il ne m'appartient pas de donner un avis sur ledit animal. Je suis frappé néanmoins de la coincidence avec la mort de Vincent Lambert, ce matin. Ou devrais-je dire, la mise à mort orchestrée du plus haut de l'échelle des décideurs de notre pays.

 

Un loup est protégé au nom de la biodiversité, un être humain est éliminé au nom du confort de vie et de la dignité humaine.

« Force reste à la loi ? »... Ou bien « Violence persiste et signe entre les mains de l'arbitraire ? »

 

Mourir de faim et de soif...

Pour illustrer cela à nos yeux, un lecteur racontait à un journal sa propre situation au tunnel de Dora sous l'Allemagne nazie. Il avait été contraint de travailler plusieurs jours, privé volontairement d'eau et de nourriture, dans quelles souffrances ! Cette souffrance silencieusement endurée par Vincent est l'écho d'une sentence du dernier jour que nous connaissons bien ; « j'avais faim et vous ne m'avez pas donné à manger,  j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire» (Matth 25, 31-46). Nous savons quelle signature porte ce qui commence dans le mensonge et finit dans la mort de l'innocent.

 

Le degré de civilisation d'un pays se mesure, entre autre, à sa capacité à protéger les plus faibles, les plus vulnerables de ses membres. Vincent Lambert en est devenu, bien malgré lui, le porte drapeau. S'adressant à lui une dernière fois à distance, depuis le parvis de Saint Sulpice, son courageux défenseur, Maître Jérôme Triomphe déclarait “Tu n’es qu’un symbole pour faire avancer le débat sur l’euthanasie”, donc “tu dois mourir au nom de la loi, maintenant c’est fini”. Et Maître Jean Paillot, autre courageux défenseur, constatait « une régression dramatique des droits » ; « C'est une cathédrale d'humanité qui brûle sous nos yeux » !

 

Combien de Vincent Lambert ?

Combien peuvent aujourd'hui craindre pour leur premier droit humain fondamental, celui de vivre ? Et conjointement, celui de recevoir nourriture et hydratation, même lorsque leur état de santé est dégradé mais stable ?

Combien de personnes handicapées ou diminuées mais conscientes vont assister à leur propre exécution si, comme on peut le prévoir, le « cas » de Vincent fait jurisprudence ?

Où sont les apôtres zélés des droits de la personne, les défenseurs de l'humanité, les pourfendeurs de crime contre l'humanité ?

 

Ces questions se posent sérieusement.

 

Mais ce temps est d'abord celui de la prière, du recueillement. Comme l'a souligné Maître Triomphe, il y a quelquechose de christique dans la mise à mort de Vincent Lambert, victime muette de l'arbitraire. « Comme une brebis menée à l'abattoir, comme un agneau devant celui qui le tond, il se tait, il n'ouvre pas la bouche » (Isaïe, 53, 7).

 

Alors nous nous associons de tout cœur à la demande de plusieurs évêques, que des messes soient célébrées pour le repos de l'âme de Vincent Lambert.

Si nous dénonçons l'injustice de la violence, nous reconnaissons aussi la fécondité de la souffrance d'un innocent. Surtout lorsque celle-ci est déposée sur la patène, à côté de l'hostie immaculée, le Christ mort et ressuscité.

 

Stabat Mater...

Et parce qu'au pied de la croix se tenait Marie, debout dans les larmes, majestueuse de foi et d'esperance jusque dans sa peine, nous lui confions aussi les proches de Vincent. Eux aussi sont au pied de la Croix, en ces heures. Que Notre Dame les prenne sous son voile de tendresse, de miséricorde et de pitié !

 

Une messe sera célébrée au nom de Notre Dame de Chrétienté, à cette intention, le samedi 13 juillet, à 11 heures.

 

Abbé Alexis Garnier, Aumônier Général de Notre-Dame de Chrétienté

Jean de Tauriers, Président de Notre-Dame de Chrétienté

jeudi 04 juillet 2019

3 jours de formation essentiels auxquels vous pouvez encore vous inscrire

Chers amis

Dans la continuité de notre beau pèlerinage de Pentecôte et du sermon de combat de Mgr Léonard nous vous invitons à participer à l'Université d'été organisée, aux environs de Nevers, du 11 au 14 juillet sur le thème: Révoltes. Révolutions. Contre-révolutions par nos amis de Renaissance catholique.


Les conférenciers rassemblés (Philippe de Villiers, Hilaire de Crémiers, Joël Hautebert, etc.) fourniront l'indispensable complément intellectuel à notre démarche spirituelle pour que France continue et chrétienté ressuscite.

Cette session est ouverte à tous et propose un tarif préférentiel pour les étudiants.

Informations et inscriptions en ligne : www.renaissancecatholique.org

Contacts : renaissancecatholique@wanadoo.fr Tél. 01 47 36 17 36 

 

 

vendredi 28 juin 2019

Notre-Dame de Chrétienté vous souhaite de bonnes vacances !

Alors que certains s'apprêtent à rejoindre d'autres horizons ce week-end pendant que d'autres tremblent pour le brevet différé de leur progéniture et ne programment leur carillon que pour la fin du mois , Notre-Dame de Chrétienté souhaite de bonnes vacances à tous ses vaillants pèlerins ! 

Une mention particulière est dédiée aux 1 000 bénévoles qui ont encore donné de leur temps avec générosité et enthousiasme pour ce 37ième pèlerinage. "Aimer, c'est tout donner et se donner soi-même" : que cet amour nous guide vers la Paix du Christ par le Règne du Christ ! 

Notre profonde gratitude serait incomplète si nous n’y associons pas nos deux partenaires privilégiés : Rejoyce à Versailles et Tribouillet à Chartres.

Grâce à Tribouillet, ce sont pas moins de 75 tonnes d'eau en bouteille cette année qui ont été mises à disposition des pèlerins pour leur donner la force d’aller toujours plus loin !

Rejoyce orchestre depuis de nombreuses années toute la sonorisation et l'image de notre pèlerinage : mise en place des deux écrans géants pour permettre de suivre les Messes où que l'on soit, prise de vue et diffusion de la Messe de Chartres sur internet (22 000 connexions), sonorisation des sites et des bivouacs dont le doux réveil musical que vous chérissez tant, "amis pèlerins, bonjour" ...

A tous, un immense merci !

Nous serons heureux de vous retrouver dès le mois de septembre pour préparer notre journée d’Amitié Chrétienne qui se tiendra le 16 novembre à Paris : à vos agendas !

Récit d'un chapitre d'anges gardiens dans le massif du Pilat

Notre marche nous a conduits sur les crêts du Pilat, depuis le refuge de la Jasserie, auberge née d’un ermitage des Chartreux de Sainte Croix-en-Jarez, jusqu’à la Chapelle Saint Sabin, édifiée à la fin du XVIIe siècle à l’emplacement d’une forteresse gauloise et devenue depuis un lieu de pèlerinage traditionnel le lundi de Pentecôte.

 

Le Veni Creator chanté ou balbutié au pied du clocher de la Jasserie, nous partons en milieu de matinée, quasi vingt, sous une pluie qui s’installe et gagne en épaisseur à l’orée du bois de hêtres où nous entrons. Les feuilles de chants et de méditations boivent l’eau allègrement mais Louis et Zélie Martin, dont l’hagiographie se mêle aux mystères lumineux, résistent sur le papier comme dans les coeurs. Nos godillots prennent l’eau mais la joie des petits qui sautent de flaques en flaques, et l’Esprit Saint qui souffle discrètement sur les braises intérieures, ravivent notre ardeur. Nos Ave Maria traversent les chirats, les bois de charmilles, les landes de genêts, et ajoutent leur part d’éternité à la fragile poésie des sommets.

 

Le pique nique de midi n’offre pas davantage de répit. La pluie battante nous force à trouver refuge sous les sapins : grelottant sous les ponchos, nous échangeons, avec l’âme virile des derniers résistants d’une Chrétienté toujours à renouveler, chips, sandwichs, fraises tagadas, frênette…Une famille nous rejoint sous l’abri de fortune. Des mamans vaillantes donnent la becquée, avec une étonnante dextérité, aux nourrissons blottis contre elles.

 

Nous entamons la descente sur le versant rhodanien. La croix passe de main et de main et notre jeu d’équilibriste s’affine pour s’assurer des rochers glissants de l’ancienne voie romaine. Nos prières sont entendues, la pluie s’arrête. Comme chaque année désormais, la fontaine Chaumienne nous fournit le prétexte d’une halte prolongée. Adossés au hameau,  cernés de lupins qui pointent leur hampe colorée vers le ciel, nous nous chauffons la gorge et le coeur de chants des quatre coins du monde, à Henri IV et d’Amérique, cosaques et alsaciens. Deux nouvelles familles viennent élargir le groupe et la marche reprend au rythme vigoureux de « Chartres sonne ».

 

15h : l’heure de la miséricorde ouvre l’ultime étape de notre pèlerinage. Depuis le col du Gratteau, nous nous laissons glisser paisiblement à travers les sapins, dressés comme une armée ou abattus par les dernières coupes claires, dans l’écharpe de brume qui s’accroche à la dernière pente.

 

Nous franchissons enfin le tertre gaulois au sommet duquel est installée la chapelle Saint Sabin, modeste édifice dont les crépis successifs dissimulent l’ancienneté. Rejoints par d’autres paroissiens et quelques badauds, nous sommes désormais près de quarante à suivre la messe qui commence. La séquence du Veni Sancte Spiritus lance une mystérieuse et touchante passerelle entre le ciel et la terre comme entre les époques. Le Ciel ne dédaigne pas de venir habiter notre théâtre bien sonore dont le plancher résonne sous les trépidations des plus jeunes comme sous les aboiements du chien venu nous rejoindre à toute force. Et l’on se prend à penser aux paysans de 1683, fourbus et non moins vivants, venus réclamer au « Consolateur souverain…les sept dons qui font les saints ».

 

La Sainte Vierge veille sur chacun de nous pendant les vacances

Ce que beaucoup ignorent encore du pèlerinage de Chrétienté, c’est la puissance de sa communion de prière qui va bien au-delà de sa colonne de plus de 14 000 pèlerins pour se répandre sur toute la France et Outre-Mer mais aussi au Luxembourg, au Royaume-Uni, en Suisse, en Espagne, en Belgique, en  Italie, en Espagne, en Allemagne, en Slovaquie, au Togo, en Afrique du Sud, en Tunisie, au Mali, au Etats-Unis, en Argentine, au Canada, en Syrie…

Une communion de prières qui ne se ferait pas sans la présence de ceux que l’on appelle à juste titre, nos anges gardiens. Inscrits dans une parfaite démarche de réciprocité spirituelle, ces 3 500 laïcs et communautés religieuses dépassent leurs contraintes (éloignement, expatriation, âge, santé, vie en communauté…)  pour vivre pleinement les grâces de l’effort, de la prière, de la méditation, de la confession et de la messe, mais à distance. Ils se retrouvent d’ailleurs parfois en groupe, le temps d’une marche « locale «, d’un office ou du rosaire.

Ils prient pour les pèlerins marcheurs et les pèlerins marcheurs portent leurs intentions écrites de prières qui sont déposées au pied de Notre-Dame du Pilier dans la cathédrale de Chartres lors de la messe de clôture du pèlerinage. Des demandes de guérison, de conversion, de résolution de problèmes familiaux ou conjugaux, d’emploi, de soutien financier, de sérénité, de discernement, du salut de l’âme d’un proche, de l’accompagnement à la mort, de fécondité…tout ce qui fait la vie de chacun. Cette communion pleine et entière d'enfants de Dieu venus de toutes parts et de toutes conditions pour se  placer humblement sous le regard aimant de Notre Seigneur manifeste toute l'espérance d'un retour à la chrétienté. 

« Un membre souffre-t-il ? Tous les membres souffrent avec lui.

Un membre est-il à l’honneur ? Tous les membres prennent part à sa joie.

Or vous êtes le Corps du Christ, et membre chacun pour sa part » (1 Co 12, 26-27)

« Nul d’entre nous ne vit pour soi-même, comme nul ne meurt pour soi-même » (Rm, 14, 7)

 

jeudi 27 juin 2019

Interview d'Hervé Rolland pour Télé Lumière, télévision catholique au Moyen Orient

Première chaîne de télévision chrétienne au Liban et dans le monde arabe, Télé Lumière a été fondée en 1991. Depuis 2003, elle diffuse également une programmation par satellite dans le monde entier sous le nom de Noursat .
Notre-Dame de Chrétienté remercie particulièrement Dominic Chikhani de l'avoir sollicitée pour mieux faire connaître à l'ensemble des chrétiens d'Orient le pèlerinage de Chartres.
Certains de nos amis chrétiens d'Orient sont déjà en communion avec nous en marchant dans les montagnes de la vallée des chrétiens en Syrie et nous avaient, pour rappel, adressé ce message de communion de pèlerinage le 8 juin :

"A tous les pèlerins

de Notre-Dame de Chrétienté,

les chrétiens d'Orient

et les volontaires

sont en union de prières

et de souffrances avec vous.

Ne lâchez rien".

Le pèlerinage de Chartres offre un itinéraire traditionnel au Christ et à son église (National Catholic Register)

Le 37ème pèlerinage annuel de Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres a rassemblé plus de 14 000 personnes de tous âges et de nombreux pays, dans le respect d'une tradition millénaire.

Le pèlerinage de Chartres reçoit souvent peu de gros titres dans la presse laïque, mais cet exercice populaire de dévotion catholique est devenu l'un des événements les plus fréquentés en France. Depuis 1983, chaque année, le pèlerinage, également connu sous le nom de pèlerinage de la chrétienté, rassemble des milliers de personnes à la solennité de la Pentecôte pour un périple de trois jours allant de la cathédrale Notre-Dame de Paris à la cathédrale Notre-Dame de Chartres. .

Cette année, à cause de l'incendie qui a ravagé Notre Dame à Paris le 15 avril, les pèlerins se sont retirés de l'église emblématique de Saint-Sulpice tôt le matin du samedi 8 juin, après avoir assisté à la messe d'ouverture. Plus de 14 000 pèlerins ont pris partie cette année - avec plus de 1 300 étrangers venant de plus de 20 pays différents. Les participants ont entrepris le voyage avec drapeaux et bannières et divisés en chapitres. Comme lors des pèlerinages antérieurs, l'événement de cette année a également rassemblé 3 500 pèlerins non appelés marcheurs, appelés «anges gardiens», unis aux promeneurs dans la prière.

Organisé par l'association de laïcs catholiques Notre-Dame de Chrétienté, le pèlerinage a été inspiré par l'écrivain catholique français Charles Péguy, qui a effectué un pèlerinage solitaire de Notre-Dame de Paris au sanctuaire marial de Chartres en 1912, parcourant plus de 86 kilomètres en quatre jours, du 14 au 17 juin, pour demander l’intercession de la Vierge Marie pour aider son fils malade. Un an plus tard, il entreprit le même pèlerinage, peu de temps avant de perdre la vie sur le champ de bataille au début de la Première Guerre mondiale en 1914.

Renouvelé à la fin du XXe siècle, le pèlerinage d'aujourd'hui suit les traces de Péguy mais s'inscrit également dans une tradition médiévale visant à illustrer la vision chrétienne du temps d'un homme sur la terre comme un pèlerinage vers l'éternité.

 Route de la tradition

«La force de ce pèlerinage réside dans la culture franco-catholique, le fait que nous participions à un pèlerinage qui avait débuté à l'époque médiévale et que nous voyions les monuments de l'histoire française, sachant que les saints se sont engagés dans les mêmes chemins. De la même manière », a déclaré le père Garrick Huang, directeur spirituel du chapitre américain appelé Notre-Dame du Très Saint Rosaire. Il a ajouté que la foi de la France, même si elle est devenue une minorité, est toujours pratiquée de manière très authentique.

«Cela nous donne de l'espoir et nous avons besoin de cet exemple», a déclaré le père Huang au registre. “Pour voir aussi la beauté de ce que la foi a donné à l'Europe, les belles architectures, les sculptures, les chants grégoriens que nous chantons. C'est notre héritage et nous pouvons encore profiter de cette beauté." C'est la même passion pour la tradition qui conduit l'avocat américain catholique Brad Smith sur la route de Chartres presque chaque année depuis 20 ans.

«La tradition ne consiste pas seulement à maintenir une certaine pratique, car cela a toujours été fait de cette façon», a déclaré Smith au registre. «Il s'agit de transmettre quelque chose que les générations précédentes ont défendu, pour lequel il s'est battu et pour lequel il a consenti de nombreux sacrifices, que ce soit les pauvres qui ont fait des dons pour construire leur cathédrale, leurs églises, ou les confessionnaux en chêne ou les peintures, les instruments sacrés: Tout cela constitue notre héritage".

Selon Smith, défendre la tradition en tant qu'héritage commun à tous les catholiques offre d'importants avantages spirituels et une occasion de conduire les autres à Christ. «Nous avons un patrimoine et un héritage communs, ce n'est pas à nous de gaspiller avec le mauvais art sacré moderne, par exemple», a-t-il déclaré. "Il s'agit de défendre ce qui sauve des âmes, qui s'est avéré être édifiant pendant des siècles et transmis à nos descendants."

Mais dans nos sociétés occidentales sécularisées, la défense de la tradition chrétienne peut souvent être synonyme d'isolement, en particulier pour les jeunes générations.

«Les jeunes en général peuvent avoir un peu peur de se déclarer ouvertement chrétiens aujourd'hui, car ils craignent le rejet et la dérision», a déclaré l'archevêque André-Joseph Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles. L'archevêque a été prédicateur de la messe de clôture du pèlerinage à la cathédrale de Chartres.

Force dans l'unité

Tout en déplorant la grande confusion qui a suivi la série de récents scandales qui ont assailli l'Église, l'archevêque Léonard a loué le pèlerinage comme un moyen d'aider les gens à devenir plus forts dans leur foi et leur espoir. En effet, les pèlerins comprennent que, même en tant que minorité dans la société, leur témoignage enthousiaste les place dans une minorité forte et très significative.

«Je veux dire quelque chose à ces pèlerins», a déclaré l'archevêque Léonard. «L’Eglise catholique, quelle que soit sa voix, reste la plus belle multinationale [institution] du monde. L’Église est une multinationale de foi, d’espoir et de charité», a-t-il déclaré, rappelant que l’Église, épouse du Christ, reste impeccable malgré la présence de pécheurs en elle. «L'Église est sainte à travers tout ce qu'elle reçoit du Seigneur: sa tête est le sein de Dieu; le Saint-Esprit est son âme; la Très Sainte Vierge Marie est son coeur. Pour illuminer son chemin, elle a la sainte tradition des apôtres et des Saintes Écritures, et au cœur de sa vie, il y a le très saint sacrement de l'Eucharistie. "

Le pouvoir unificateur du pèlerinage de Chartres est, selon l'archevêque Léonard, une invitation renouvelée à suivre ensemble le chemin des innombrables saints qui ont marqué l'histoire et à participer à la sainteté de l'Église, malgré nos troubles et nos faiblesses.

Pour aider à communiquer cette invitation aux participants, le thème du pèlerinage de cette année, «La paix du Christ à travers le règne du Christ», s'est concentré sur la doctrine sociale de l'Église en offrant des pistes opportunes pour des méditations le long du chemin de pèlerinage.

«Un tel thème nous amène à méditer sur le fait que notre foi catholique a une dimension sociale, qu'il ne s'agit pas simplement d'un engagement personnel avec Dieu, mais également d'un mouvement de société envers tous les autres», a déclaré le père Huang.

En tant que directeur spirituel du chapitre américain du pèlerinage, le père Huang a encouragé les pèlerins à "insister sur la nécessité de montrer que nous devons collaborer pour atteindre le ciel", ce qui implique que les catholiques "ne peuvent être excusés de la vie en société. , en particulier la société politique, et doivent manifester publiquement leur foi » pour faire de la place à Dieu.

Quand la foi n’est pas populaire, Mgr Léonard a déclaré: «Ceux qui ont un esprit missionnaire doivent sentir qu’ils ne sont pas seuls, qu’il ya toute une vague de missionnaires autour d’eux».

La ferveur missionnaire de tant de pèlerins et de prêtres laïcs, a-t-il ajouté, peut susciter de grandes vocations, car «nous ne pouvons être de vrais chrétiens qu'en étant des missionnaires».

Le pouvoir du témoignage

L’évangélisation, un autre objectif central du pèlerinage de Chartres, a été concrétisée cette année par la création d’un nouveau chapitre ad hoc intitulé «Les pèlerins d’Emmaüs». Ses 30 jeunes membres ont pour mission de s’adresser aux passants le long du chemin de pèlerinage. En effet, il arrive chaque année que des personnes très éloignées de la foi demandent à se joindre aux pèlerins le long du chemin.

«Il y a deux ans, une femme athée élevée par des parents communistes nous a vus et elle a été touchée par la vue des enfants qui marchaient», a déclaré Hervé Rolland, vice-président de Notre-Dame de Chrétienté. "Elle nous a suivis et a demandé à être baptisée six mois plus tard."

La décision de créer ce nouveau chapitre bien organisé, a déclaré Rolland au Registre, est un moyen d'encourager les conversions fréquentes et immédiates parmi les non-catholiques - en particulier les musulmans et les athées - profondément touchés par la ferveur des pèlerins.

Jean-Christophe Pérardel, l'actuel directeur financier du lycée catholique Saint-Jean de Passy à Paris, a fait l'expérience d'une telle conversion. Pérardel était un athée convaincu, bien qu'il ait reçu le baptême dans son enfance. En 1991, à l'âge de 24 ans, il a rejoint le pèlerinage de la chrétienté, mais seulement pour voir s'il avait l'endurance physique nécessaire pour parcourir l'itinéraire de trois jours. Cependant, sa vie était sur le point de changer pour toujours.

«Il existait entre nous une atmosphère mystérieuse d’amitié», a déclaré Pérardel au Registre. "Je pouvais sentir que quelque chose se passait ici." Le troisième jour, alors que la célèbre flèche de Chartres apparaissait à l'horizon, il se retrouva marchant à côté du confesseur de son chapitre, qui lui demanda spontanément s'il voulait se confesser. «J'ai dit oui, mais sans réelle conviction», a déclaré Pérardel. «Je lui ai dit que je ne savais pas comment procéder.» Le prêtre lui a dit de ne pas s’inquiéter et a commencé à lui poser des questions pour le guider. «Les réflexions que j'ai eues en cours de route commençaient à porter leurs fruits», a rappelé Pérardel. «J'étais très sincère avec lui et j'ai commencé à pleurer. En pensant à ma vie et à mon passé, j'étais plein de remords. "«Le prêtre tenait mon bras et me soutenait physiquement, a-t-il ajouté. Et lorsqu'il m'a donné l'absolution, mon cœur a changé et je n'ai plus jamais douté.»

À la fin de ce pèlerinage, il y a 28 ans, il a reçu la première communion à Chartres lors de la messe de clôture. Il est maintenant marié et père de quatre enfants, s'efforçant de transmettre la foi aux jeunes générations par le biais de son école. Il assiste au pèlerinage chaque année et a servi de caméraman pour la messe de clôture de cette année.

«De nos jours, beaucoup de catholiques ont le cœur faible et ce pèlerinage est précisément une arme contre le cœur maigre», a-t-il déclaré. «En tant que chrétiens, nous sommes appelés à avoir les pieds sur terre et la tête dans les airs», a déclaré Pérardel, «et il n'y a pas de meilleure opportunité pour nous de le faire».

Solène Tadié  correspondante pour l'Europe du registre basée à Rome.

mardi 25 juin 2019

Avec les anges gardiens, le pèlerinage des Chartres est aussi à la Martinique !

Voici quelques photos de notre pèlerinage en Martinique et de la messe, célébrée à ND du Grand Retour de Josseaud.

Ce chapitre existe depuis 3 ans maintenant et a reçu les encouragements et la bénédiction de Monseigneur Macaire, archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France.

Monsieur l'abbé Challan Belval, prêtre du diocèse célébrant exclusivement dans la forme extraordinaire, en assure la direction spirituelle, succédant ainsi à l'aumônier militaire de retour en métropole cet été.

Nous étions environ 40 à marcher avant de retrouver plus de 120 à la messe, Antillais de toutes origines et tous heureux de redécouvrir parfois cette forme du rit et la joie du pèlerinage.

Merci infiniment à vous tous qui nous avez soutenus dans nos chapitres lointains et parfois exotiques, qui montrent bien la vivacité de la tradition qui parle au coeur de tous les hommes de par le monde.

Ici, aux Antilles, elle contribue au renouveau de la foi tant souhaitée par notre évêque.

Deo gratias !

En union de prière,

Cyrille Caron

Lundi 24 juin 2019

Le transhumanisme, aboutissement de la révolution anthropologique

Joël Hautebert a bien voulu donner une interview à Notre-Dame de Chrétienté à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Le transhumanisme aboutissement de la révolution anthropologique.

Nous ne pouvons qu’engager les amis de Notre-Dame de Chrétienté à se procurer et lire ce livre passionnant, clair et précis sur un sujet fondamental de notre société. Nous devons faire l’effort intellectuel de comprendre les erreurs de la pensée post-moderne qui prennent leur source dans les philosophies des Lumières. Le transhumanisme est l’instrument du totalitarisme actuel visant à construire un homme nouveau, un homme parfait justifiant la suppression des plus faibles. Cet ouvrage permet ainsi de mieux comprendre les phases de la révolution anthropologique « en marche ».

Pourriez-vous nous dire un mot sur la genèse de ce livre ?

Ce livre est issu d’un travail collectif mené avec des étudiants de troisième année de l’Institut Albert le Grand, dans le cadre d’un séminaire de recherche en philosophie politique. Les principales idées directrices de cet ouvrage n’auraient pu être énoncées sans l’excellent travail des étudiants. Chaque année, les étudiants de fin de licence qui le souhaitent sont invités à réfléchir sur un thème précis dans le cadre de ce séminaire. Ces dernières années, d’autres sujets ont ainsi été explorés, comme la décadence, le consumérisme et cette année le populisme.

Quelle définition peut-on donner du Transhumanisme ?

Comme son nom l’indique, le transhumanisme suggère un dépassement de la nature humaine, jugée obsolète. Les limites qu’elle impose doivent être abolies, pour permettre enfin à l’être appelé « homme » de parvenir à la parfaite maîtrise de son destin. Le préfixe trans, plus souvent employé que post, indique quant à lui qu’il s’agit d’un mouvement, donc d’une étape dans un mouvement, sans aboutissement définitif précis. Les transhumanistes se présentent comme les héritiers du progressisme et de l’humanisme modernes. Cela peut paraître paradoxal, étant donné que l’homme disparaît. Mais à notre sens, la continuité est réelle dans la mesure où ils s’inscrivent dans la lignée intellectuelle de la prétention de l’homme de s’émanciper de tout ordre hétéronome, y compris aujourd’hui de sa nature biologique.

Quelle est l'origine du Transhumanisme ? 

Le terme a fait son apparition en 1957, sous la plume de l’eugéniste Julian Huxley, frère du célèbre écrivain auteur du Meilleur des mondes. La qualité de l’initiateur du néologisme nous dit beaucoup sur ses racines intellectuelles. Huxley y voyait un moyen de donner un nouveau souffle à l’eugénisme, camouflé sous le nom de transhumanisme. L’utopie de l’homme augmenté est le dernier rejeton de la volonté d’améliorer l’espèce, de créer un homme nouveau. Avec l’eugénisme, se profile tous les grands courants intellectuels qui ont dominé les siècles passés, comme l’évolutionnisme, dont le transhumanisme est aussi une réactualisation, et plus généralement le scientisme, dont la technologie prend le relai, sans oublier l’anthropologie matérialiste des Lumières qui en constitue le fondement.

 Pourquoi le Transhumanisme est-il autant d'actualité de nos jours? 

L’utopie d’un homme augmenté, c’est-à-dire d’un homme dépassant ses limites naturelles, artificiel et vainqueur de la mort, constitue la phase actuelle du projet émancipateur révolutionnaire. Il est d’actualité parce que les progrès techniques donnent le sentiment de rendre enfin possible le projet de maîtrise de la vie et de la nature. L’homme serait non seulement le maître de son environnement, mais surtout le maître de sa propre existence. Le rêve de l’homme-Dieu séduit toutes les composantes progressistes, puisqu’il donne un nouveau possible, une nouvelle espérance sécularisée, après les échecs des grandes idéologies antérieures (communisme…). L’hyper-individualisme contemporain et l’hédonisme constituent un terrain culturel de choix, facilitant l’acceptation de l’idée de dépassement de l’humanité. On ne peut isoler le transhumanisme d’un phénomène idéologique plus vaste. Il participe au processus de la révolution anthropologique et dans le même temps il le couronne en lui apportant une justification ultime.

Y a-t-il une prise de conscience chez les scientifiques, intellectuels, politiques des dangers du Transhumanisme ?

Dans les librairies, les ouvrages sur le transhumanisme sont souvent répartis entre les rayons philosophie et science, comme s’il existait différentes manières d’envisager la question. Or, s’il est exact que les approches scientifiques et techniques sont légitimes et même indispensables pour définir ce qui est réalisable ou non, la vraie question consiste à savoir s’il faut réaliser, ou chercher à réaliser, ce qui apparaît comme possible. Or, l’idée qu’il faut mettre en œuvre tout ce qui est faisable révèle déjà une option philosophique et éthique : le progrès, en l’occurrence technique, détermine la justification morale des actes, ce qui signifie qu’il n’existe aucune limite à la manipulation de l’homme. L’univers mental contemporain, sans repère anthropologique sérieux, facilite l’expansion de l’idéologie transhumaniste, sans que pour autant les agents en soient tous pleinement conscients. Il n’empêche que l’on observe un grand nombre de réactions méfiantes, voire franchement hostiles, mais les filiations intellectuelles et le caractère profondément idéologique sont rarement évoqués, ou alors insuffisamment compris et explicités. Ainsi, l’idée que le processus révolutionnaire est aujourd’hui avant tout anthropologique est encore mal perçue. Les liens étroits avec la théorie du genre, la technicisation de la procréation et bien d’autres grands sujets d’actualité sont également méconnus.

Le cas de Vincent Lambert présente-t-il des liens avec la question du Transhumanisme ?

L’affaire Vincent Lambert témoigne de l’importance des enjeux anthropologiques contemporains et possède de ce fait une relation évidente avec le transhumanisme. L’acharnement contre Vincent Lambert milite en faveur du caractère de plus en plus systémique d’une nouvelle politique de liquidation, idée défendue comme hypothèse très probable à la fin du livre. Comme l’indique le titre de l’ouvrage, le transhumanisme est l’aboutissement de la révolution anthropologique en cours. Comme toute révolution, cette dernière est meurtrière. L’utopie de l’homme augmenté va servir de justification à la liquidation, déjà entamée mais progressivement étendue, de tous les hommes jugés inaptes à vivre, parce que dépassés. La promotion d’un nouvel idéaltype de surhomme renvoie dans la catégorie des déchets jetables ceux qui ne pourront jamais être « augmentés ». La liste n’étant pas limitative, tout le monde pourra un jour y entrer au motif que le progrès l’exige. Toutes les digues juridiques sont en train de sauter. Et comme l’homme est considéré comme un simple amas de cellule, dénué de dimension spirituelle, la voie est ouverte pour une nouvelle forme de liquidation massive, au nom du progrès émancipateur, du « bonheur » et du plaisir d’un être qui ne se soucie que de lui-même et abdique son humanité. Le transhumanisme apporte la clef de voute nécessaire à la justification du système.

Pour aller plus loin :

Vous pouvez commander Le transhumanisme aboutissement de la révolution anthropologique, Joël Hautebert, L’Homme Nouveau, 2019, 19  sur le site de l'Homme Nouveau ou en librairie.

 

Retour sur la messe d'action de grâce du 20 juin 2019

Je tiens à remercier l'abbé Biaggi, curé de la paroisse Ste Odile, ainsi que les vicaires et les bénévoles, pour cet accueil bienveillant chaque année lors de la messe d'action de grâce. Merci également d'avoir répondu présent pour les pèlerins en attente de retour lundi de Pentecôte au soir. Finalement, tout s'est bien déroulé, mais le mérite de cette charité est intact devant Dieu, et son souvenir dans notre mémoire.

Je remercie les confrères prêtres présents, et aussi les bénévoles pour le service de l'autel et le chant liturgique.

J'associe bien sûr à cette messe tous ceux que le devoir d'état retient loin de cette église aujourd'hui.

Un prêtre se tient à votre disposition au fond de l'église pour entendre les confessions.

Mouvement de communion ;

 

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ainsi soit-il

 

Tout ce que tu peux faire, ose-le,

Car il est plus grand que toute louange

Et tu ne peux suffire à le louer.

 

Chers amis pèlerins,

 

Ces mots chantés à l'instant sont pour nous. Ils nous redisent que Jésus Hostie nous veut audacieux, adorants, et dépassés.

 

TOUT CE QUE TU PEUX FAIRE, OSE-LE.

La séquence de ce jour nous provoque à l'AUDACE. Tantum aude. Ose cela.

Chaque jour encore, la liturgie de la messe nous rappelle l'audace de la prière. Audemus dicere ; nous osons appeler Dieu Notre Père. Et le geste où Dieu se montre Père par excellence, c'est cette demande et ce don central du Pater ; le pain de chaque jour, la nourriture supersubstantielle. La Sainte Eucharistie.

 

L'audace est une chose bonne en soi. Elle est une largeur de vue, une hauteur de pensée, un trait de génie, une grandeur de vouloir et de faire, une plus ample mesure du cœur.

La fortune sourit aux audacieux, disait déjà les anciens. Elle est une attitude de magnanimité. Faire grandement au service d'une chose grande.

 

Toute époque a eu ses audaces. Elles se sont exprimées et réalisées dans des chefs-d’œuvre des arts, des techniques, des lettres, de la pensée, de la liturgie, de l'évangélisation.

L'Eglise elle-même a grandi dans une alliance d'humilité et d'audace ; celle des théologiens, des apôtres, des missionnaires, des contemplatifs, des savants et des simples, des puissants et des tout petits... Cette audace que souffle le St Esprit dans les âmes d'enfants de Dieu, leur redisant comme les voix de Jeanne ; « Va, fille au grand cœur, va ! »

 

Notre époque a aussi ses audaces. Malheureusement, en bien des cas, ces audaces sont sans Dieu ou contre Lui.

Elles sont les actes d'un culte à l'envers ; Hellfest, théâtre ou films blasphématoires, caricatures ou modes christianophobes, profanations de lieux saints, agressions de personnes consacrées.

Agressions multiformes contre la vie des plus fragiles, des plus faibles.

Transgressions des socles mêmes de l'humanité et de la civilisation, inscrits au profond des choses ; mariage, famille, fécondité, conception, dignité de l'être humain, appartenance à une patrie, portion de terre et d'héritage qui nous façonne.

Oui, Monseigneur Aupetit a bien résumé d'un trait ; « une culture sans culte devient une inculture. Peut-on vraiment par ignorance ou par idéologie séparer la culture et le culte ? »

 

Il y a donc urgence à réapprendre le sens du sacré, à reprendre le chemin du sacré.  Est sacré ce qui est à part, autre, séparé. Ce qui est saint, qui possède et donne une certaine perfection. Ce qui est plus grand que nous.

Aussi la présence du sacré suscite de notre part deux attitudes ; respect et humilité – mais aussi approche et réception.

 

Il y a bien des choses saintes. Mais l'intensité et la proximité de Dieu sont au maximum avec cette chose sacrée par excellence, l'Eucharistie... chose sacrée en elle-même, apportant ensuite perfection à l'âme qui la reçoit dans la Sainte Messe, l'adoration et la communion.

 

C'est cela, le sujet, le « thème spécial » de la Fête Dieu. Voilà ce qui explique l'audace de l'Eglise et la nôtre.

Sainte audace et amour juste, non pas étroitesse légaliste ou archaïque ; voilà l'âme des rites complexes de la liturgie.

Sainte audace et amour juste, voilà le réflexe de l'aumônier sauvant Jésus Hostie au péril des flammes lors de l'incendie de Notre Dame.

Sainte audace et amour juste, l'engagement des pèlerins d'Emmaüs, laissant le Christ réchauffer leur cœur en chemin, avant d'aller saluer, écouter, interroger les passants... et proclamer en leur langue les merveilles du Dieu Sauveur.

« Quelle sainte audace Dieu veut-Il susciter en moi, à son service ? »

 

IL EST PLUS GRAND QUE TOUTE LOUANGE.

La louange, l'adoration eucharistique nous font retrouver notre « position normale de créature qui veut se tenir à sa place sous son Créateur ».

Si l'on considère ce qui se voit, alors les petites apparences sensibles de l'Eucharistie nous déconcertent.

Si la foi nous introduit plus loin dans la réalité de l'Eucharistie, alors c'est la grandeur de Dieu présent qui nous déconcerte.

C'est pour exprimer la vérité et la grandeur de Dieu présent dans l'hostie, qu'il y a ce culte, ces rites sensibles. Conspiration, association, sobre profusion de gestes, attitudes, chants et paroles, objets, tendresses d'enfant et précautions d'orfèvre. Tout redit à notre âme par nos sens ; Dieu est là! Vraiment, réellement, substantiellement. Dieu est là, et Dieu est grand.

Dieu a montré bien de l'audace en entrant de cette manière en relation avec sa créature. Notre culte eucharistique est une réponse à cette audace divine.

« Quelle adoration répondra en moi à cette audace amoureuse de Dieu ? »

 

TU NE PEUX SUFFIRE À LE LOUER.

Le culte de l'Eucharistie, la Messe, l'adoration du St Sacrement nous amènent à voir que si nous ressemblons à Dieu, Dieu fait Homme, puis rendu présent dans l'hostie nous dépassera toujours.

Le pèlerinage accompli nous fait poser côte à côte l'humble et réel effort consenti, et la largesse des grâces divines. Elles sont le meilleur du pèlerinage, pour maintenant, pour aujourd'hui. Leur mesure l'emporte de loin. Cela dépasse nos espoirs, nos demandes, nos mercis.

« Quel dépassement consentirai-je pour Dieu ? »

 

Amis pèlerins, plongez dans cette louange à Dieu, cette bienheureuse déficience. Cédez à cet écrasement intérieur très doux et très fort devant la grandeur de Dieu.

Consentez à cette gratitude éperdue devant un si Bon Dieu.

 

 

MEDITATION DEVANT LE ST SACREMENT

Seigneur Jésus, nous voici en adoration devant Vous.

Nous, vos créatures. Devant Vous, notre Créateur. Notre pauvreté devant votre Majesté. 

Nous voici en adoration, attitude retrouvée. Attitude normale et juste de votre créature qui veut rester avec son Créateur. Seigneur, si nous ne venons à ce rendez-vous,  Comment pourrons-nous vous servir?

 

Tout est pour nous, mais nous sommes à Vous, et vous êtes à Dieu.

Si nous ne recommençons à apprendre votre règne et les moyens de sa venue

Ici, maintenant, devant vous, Seigneur,

Que ferons-nous de bon, de fécond, de propice et de durable ?

 

Seigneur il nous est bon d'être ici, auprès de vous.

 

Nous avons encore bien des choses à poser devant Vous...

 

Et d'abord, notre pauvreté intérieure ; sécheresse, distraction, angoisse, souci, tristesse ou peine pour nos êtres chers, pour la France, pour l'Eglise ou pour nous-mêmes. Nous déposons tout cela devant Vous.

Et puis notre gratitude, nos âmes de pauvres comblés. Deo gratias pour tant de belles conversions, tant de vocations, tant de générosités suscitées, de fidélités confortées ou rétablies.

Merci Seigneur, même pour l'épreuve qui secoue parfois l'Eglise, notre pays, nos êtres chers et nous-mêmes.

Merci, …

Parce qu'au fond de l'épreuve vous posez l'occasion d'un bien meilleur.

Parce que Vous ne permettez pas qu'elle dépasse notre faiblesse et la force que vous nous donnez en même temps.

Parce que Vous savez, bien mieux que nous, ce qui est bon pour nous.

Parce que c'est là que vous nous éprouvez, non pour nous briser, mais pour nous faire grandir dans l'amour et la confiance en Vous.

Merci enfin parce qu'à l'heure de l'épreuve, Vous restez avec nous si nous restons avec Vous. Et nous pouvons entendre pour nous vos paroles bénies ;

 

« Dans le monde, vous aurez à souffrir,

Mais prenez courage, car j'ai vaincu le monde.

Je suis avec Vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ».

 

Abbé Alexis Garnier - Aumônier Général de Notre-Dame de Chrétienté

 

Dimanche 23 juin 2019

Avec 15 000 fidèles sur le chemin de Chartres ( article allemand du Tagepost traduit)

 

Le pèlerinage à pied Paris - Chartres est l’un des événements les plus importants de l’année ecclésiastique française. Et cela, même si la nation est profondément laïque. Les pèlerins se tournent vers "l'autre France".

Quelques 15 000 pèlerins ont quitté Paris pour se rendre à Chartres lors de la Pentecôte. Le pèlerinage annuel à pied attire des croyants du monde entier. La colonne se caractérise par une rigueur religieuse qui semble facile et naturelle. Les étudiants, les prêtres et les religieux chantent et prient ensemble.

 

Le pèlerinage de Paris à Chartres est une entreprise ardue et impressionnante. Les participants ne sont pas seulement des pèlerins, mais aussi des combattants pour la cause de l'église.

Il convient également de noter que la colonne au début de Paris traverse l'une des villes les plus laïques d'Europe. Déjà lors de sa visite en 1980, le Saint-Pape Jean-Paul II avait demandé ce qu’était devenue la France jadis si catholique. Aujourd'hui, la nation souligne son empreinte séculière avec une force telle que se dissimule l'autre empreinte de ce peuple. Pendant le pèlerinage à Chartres, cette "autre France" devient visible. Surtout beaucoup de jeunes font la route d'environ 100 km. Malgré les jours difficiles, l'objectif réel des pèlerins n'est jamais perdu de vue. Même la nuit, cela devient clair lorsque le culte a lieu au milieu du camp de tentes et que les pèlerins continuent à regarder, prier et chanter

samedi 22 juin 2019

En Guyane aussi on fait le pèlerinage de Chartres !

Le chapitre de la Bienheureuse Anne Marie Javouhey (Anges Gardiens de Guyane ) était en union de prières avec les marcheurs vers Chartres !

Ce chapitre, créé cette année à l’initiative de Monsieur Henri de Rodellec, regroupe des familles de Guyane sous la grande bannière des Anges Gardiens. « Nous avons suivi les méditations comme tous les pèlerins, récité le chapelet et la prière du pèlerin pour être au plus près de la longue colonne de pèlerins. Dimanche nous avons pu avoir le soutien d’un aumônier militaire pour la messe et les confessions » nous raconte l’une des pèlerines.

La Bienheureuse Anne-Marie Javouhey est une missionnaire des sœurs de St Joseph de Cluny qui évangélisa la Guyane en construisant écoles, hôpitaux et chapelles pour ses chers «  noirs » qu’elle affectionnait tant et que le Bon Dieu lui avait confiés.

« Merci à Notre Dame de Chrétienté de nous avoir permis notamment grâce aux livrets et par la prière de la communion des saints de participer à ce 37eme Pèlerinage de Pentecôte ! »

 

 

 

 

vendredi 21 juin 2019

Un cas d’école de tentative de subversion dans l’Église

Le Pape François a nommé en mai dernier 3 religieuses comme ‘consulteurs’ du synode des évêques, dont une Française, Sr Nathalie Becquart, ainsi que Sr Maria Luisa Berzosa Gonzalez, religieuse des Filles de Jésus, directrice du mouvement éducatif espagnol Fe e Alegria.

Cette dernière vient de s’illustrer le 15 juin en déclarant au journal Crux que l’ordination des femmes se fera ‘par petits pas’. Extrait de l’article ci-dessous (original en anglais). Bien entendu, personne n’a repris la soeur ‘consulteur’, alors qu’elle attaque ouvertement une ‘vérité qui appartient au dépôt de la foi’. Une véritable honte.

En effet, la lettre apostolique de Jean-Paul II, Ordinatio sacerdotalis, en mai 1994, officialise le fait qu’une femme ne sera jamais ordonnée dans l’Église catholique. Ce texte magistériel du Pape est à l’attention de l’Église universelle, sur un point fondamental de la Foi, et qui ‘appartient au dépôt de la Foi’. En d’autres termes, il jouit de l’infaillibilité pontificale : enseignement définitif et irréformable de la sainte Église. L’ordination d’une femme est donc définitivement impossible. Texte confirmé en mai 2018 par le cardinal Luis Ladaria Ferrer, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (voir ci-dessous).

New member of Synod office says pope making ‘small steps’ for women

Inés San Martín Jun 15, 2019 ROME BUREAU CHIEF

Pope Francis greets Sister Maria Luisa Berzosa Gonzalez before a session of the Synod of Bishops on young people, the faith and vocational discernment at the Vatican Oct. 16, 2018

Crux : Does that imply that the priesthood should be open to women too?

Sr Maria : “Personally, as the structure is right now, I wouldn’t want for this to be the case. Things would have to change. But I think that if steps are taken, processes are made, responsibilities are assumed, the [ordination of women] can be at the end of this process, without much ado, as a natural progression.

It is true that when I accompany a person spiritually, I can’t hear their confession, and I have to call somebody else to lead the liturgy. And sometimes I wish I was able to do that.” (…)

Textes de référence : https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/1994/documents/hf_jp-ii_apl_19940522_ordinatio-sacerdotalis.html

 


LETTRE APOSTOLIQUE
ORDINATIO SACERDOTALIS
DU PAPE
JEAN-PAUL II
SUR L'ORDINATION SACERDOTALE
EXCLUSIVEMENT RÉSERVÉE
AUX HOMMES

Extrait :  

Vénérables Frères dans l'épiscopat,

1. L'ordination sacerdotale, par laquelle est transmise la charge, confiée par le Christ à ses Apôtres, d'enseigner, de sanctifier et de gouverner les fidèles, a toujours été, dans l'Église catholique depuis l'origine, exclusivement réservée à des hommes. Les Églises d'Orient ont, elles aussi, fidèlement conservé cette tradition. (…)

4. Bien que la doctrine sur l'ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes ait été conservée par la Tradition constante et universelle de l'Église et qu'elle soit fermement enseignée par le Magistère dans les documents les plus récents, de nos jours, elle est toutefois considérée de différents côtés comme ouverte au débat, ou même on attribue une valeur purement disciplinaire à la position prise par l'Église de ne pas admettre les femmes à l'ordination sacerdotale.

C'est pourquoi, afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l'Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf. Lc 22,32), que l'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Église.

Priant pour vous, Vénérables Frères, et pour tout le peuple chrétien, afin que vous receviez constamment l'aide divine, j'accorde à tous la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 22 mai 1994, solennité de la Pentecôte, en la seizième année de mon pontificat.

Tribune dans L’Osservatore Romano du cardinal Luis Ladaria Ferrer (29 mai 2018)

« Le caractère définitif de la doctrine de Ordinatio sacerdotalis », c’est le titre de la tribune du cardinal désigné Luis Ladaria Ferrer, dans L’Osservatore Romano en italien daté du 30 mai 2018. Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi dissipe « quelques doutes » avec une mise au point : l’Eglise « ne possède pas la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale », c’est une « décision du Seigneur » qui n’inclut « aucune subordination » de la femme à l’homme, précise-t-il encore.

Dans cette tribune, le préfet rappelle que « les prêtres sont configurés ‘au Christ prêtre, afin de pouvoir agir au nom du Christ, tête de l’Église’ (Presbyterorum ordinis, n.2) » : « Le Christ a voulu conférer ce sacrement aux douze apôtres, tous des hommes qui, à leur tour, l’ont communiqué à d’autres hommes. L’Église s’est reconnue toujours liée à cette décision du Seigneur, qui exclut que le sacerdoce ministériel puisse être validement conféré aux femmes », souligne-t-il. Et de citer la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis (22 mai 1994) de Jean-Paul II : « afin d’enlever tout doute sur une question de grande importance … l’Église n’a en aucune sorte la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale et … cette sentence doit être gardée de manière définitive par tous les fidèles de l’Église » (n.4). Il s’agit « d’une vérité qui appartient au dépôt de la foi ».

Rappel du Canon 750 :

« § 2. On doit aussi adopter fermement et faire sien tous les points, et chacun d'eux, de la doctrine concernant la foi ou les mœurs que le Magistère de l'Église propose comme définitifs, c'est-à-dire qui sont exigés pour conserver saintement et exposer fidèlement le dépôt de la foi ; celui qui repousse ces points qui doivent être tenus pour définitifs s'oppose donc à la doctrine de l'Église catholique."

                                                                                                    

Notre-Dame de Chrétienté - 21 Juin 2019

 

Une démarche de pénitent depuis St Louis


Notre-Dame de Chartres, premier édifice religieux chrétien et siège d'un évêché au IVe siècle, semble, dès le VIe siècle, particulièrement consacré au culte de la Mère de Dieu. Mais c'est en 876, quand Charles le Chauve s'y rend en pèlerinage et offre le « voile de la Vierge », que cette vocation s'affirme pleinement. En 911, Rollon et les Normands sont mis en fuite par le déploiement du « voile de la Vierge » : Chartres est devenu un haut lieu de pèlerinage. Après un incendie accidentel de la cathédrale, le culte de la Vierge y est renouvelé par saint Bernard. En 1260, a lieu la dédicace de la cathédrale à la Vierge Marie, probablement en présence de Saint Louis. En fait, de Saint Louis jusqu'à Louis XIV, tous les rois et les reines de France s'y rendront en pèlerinage.

Un de nos pèlerins qui anime la page St Louis, Roi de France sur Facebook, nous transmet le récit de l'expérience vécue par Louis IX en tant que pèlerin. « Le roi alla nu-pieds de Nogent l'Erembert jusqu'à l'église de Notre-Dame de Chartres. Il fut très travaillé par sa démarche de pénitent qu'il ne pu accomplir pleinement qu'avec l'aide et le concours d'un chevalier ou de ses compagnons. Connaissant l'humiliation d'avoir à demander leur aide charitable pour atteindre le but, il ne cachait pas à ses intimes les douleurs plantaires qui le tracassaient pendant les jours suivants."

L'Evangile et la Chrétienté, vraies réponses de nos vies

Chers pèlerins,

 

C’était au temps de la Chrétienté, il y a quelques siècles déjà ; c’était dans l’un de nos petits villages de France : un homme - peut-être bien un moine - tenant en main un burin, se mit à graver dans la pierre, lentement et avec application, ces quelques lignes :

 «  Je suis la Lumière, et vous ne me voyez pas ; Je suis la Route, et vous ne me suivez pas ; Je suis la Vérité, et vous ne me croyez pas ; Je suis votre Maître, et vous ne m’écoutez pas ; Je suis la Vie, et vous ne me recherchez pas ; Je suis votre Dieu, et vous ne me priez pas ; Je suis votre Chef et le Roi de votre existence, et vous ne m’obéissez pas ; Je suis le grand Ami, et vous ne m’aimez pas. Si vous êtes malheureux, s’il vous plaît,... ne me le reprochez pas ».

 

Chers pèlerins de Chartres, en écoutant ce cri qui n’est autre que le cri de Jésus-Christ ! nous jetons immédiatement un regard sur le grand panorama de notre société contemporaine ; nous regardons aussi notre pays tellement blessé, notre patrie tellement vilipendée par les idéologies et les faux-semblants, et nous avons raison… mais n’oublions pas que ce grand cri du Seigneur nous ramène surtout à nous-mêmes, en ce lieu invisible en lequel le Saint Esprit veut descendre avec toute la plénitude de son amour et de ses dons : je veux dire, le cœur de chacun d’entre-nous. Car au-delà des déboires de notre société, nous savons qu’il nous revient, par notre conversion et notre accueil de l’Esprit Saint, par notre correspondance à ses attentes et à ses aspirations pour notre sanctification, - il nous revient - que cesse ce fléau à l’encontre de notre société ; il nous revient en définitive de repérer l’ennemi vrai et redoutable qui se loge, se cache en chacun de nos cœurs.

 

Et voilà pourquoi l’Esprit Saint, en ce dimanche de la Pentecôte, comme au cénacle, descend en chaque âme présente ici ; voilà pourquoi l’Esprit Saint, invisiblement, puissamment, vous pousse à ouvrir les portes de votre âme afin qu’il y mette son don le plus précieux. Ce don ? C’est un désir qui surpasse tous les désirs.  Non pas seulement le désir de Dieu, mais le désir de... voir Dieu ! Car c’est bien là notre finalité, l’invitation que le Seigneur nous lance ; c’est là qu’est la vraie promesse qui accompagne toute notre vie ici-bas, et qui trouvera sa réalisation dans l’au-delà de notre vie, lorsque nous aurons à passer devant notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sauveur. L’Esprit Saint donne ce désir de voir Dieu à qui ouvre les portes de son âme, parce que Dieu est beau. Dieu est la Beauté suprême, éternelle et trinitaire ! La beauté que vous voyez par exemple à travers cette nature, à travers toutes les personnes rencontrées ces jours-ci ; ces beautés qui nous enchantent ne sont que de petits reflets et finalement qu’une pale expression de la grande Beauté essentielle de Dieu pour laquelle nous sommes faits.

Voilà pourquoi je pense à votre « après Chartres », car Chartres en tant que pèlerinage, ne dure pas seulement trois jours : Chartres, c’est toute l’année ! Chartres est l’émerveillement devant la Beauté essentielle de Dieu, la redécouverte de la Beauté divine. Concrètement, pendant toute cette année, ouvrez vos mains, placez-y chaque jour la Parole de Dieu, les Saintes Ecritures, l’Evangile, les Psaumes, et laissez - ne serait-ce que dix minutes, un quart d’heure chaque jour - laissez Dieu vous séduire par sa beauté et sa vérité.

 

 Le désir de voir Dieu, c’est ce que l’Esprit veut inscrire aujourd’hui au plus profond de nos âmes, parce que non seulement Dieu est beau, mais il est beau parce qu’il est infiniment bon. Toutes ces bontés que nous voyons chez les êtres, chez les personnes qui rayonnent la charité, tout cela est grand ; mais ce n’est en réalité qu’une expression, qu’une anticipation, de ce que nous verrons un jour et pour et pour toujours : la grande Bonté infinie de Dieu !

L’après-Chartres nous appelle à nous émerveiller de la vérité de la Parole de Dieu, mais encore de prendre du temps en joignant les mains, en prenant chaque jour sérieusement, suite à notre découverte de la vérité de Dieu, un temps de cœur à cœur avec Lui dans le silence de l’amitié la plus vraie, la plus profonde. Car, de cette manière, nous nous ouvrons aux bontés de Dieu, à la gratitude de sa miséricorde et de son amour, et nous faisons grandir en nous le désir de Le voir éternellement.

Enfin, le don de voir Dieu, le désir de voir Dieu, parce que Dieu est aussi Sagesse providentielle, et ce, à tout instant de notre existence, même dans les moments les plus douloureux (et à ce propos, je compatis pour toutes les épreuves que vous portez personnellement et en famille). Oui, en tout instant, ne l’oublions jamais, l’éternité de Dieu est présente ; en tout instant, nous avons une phrase de l’Esprit Saint capable d’ouvrir notre âme à Dieu et à sa présence. En l’instant présent se joue notre relation à Dieu, se joue cette conformité à ses attentes sur mon existence, sur votre existence. C’est en l’instant présent que vous découvrirez la volonté du Père, car... « le Père Lui-même vous aime » !

 

Que cette messe du dimanche de la Pentecôte soit en quelque sorte une nouvelle descente de l’Esprit Saint sur vos âmes ; puissiez-vous Le recevoir dans une liberté d’âme et de cœur, dans un désir toujours plus croissant ; et Lui, fera son œuvre. Vous deviendrez pas à pas, jour après jour, les témoins de l’Amour de Dieu. Vous deviendrez toujours plus, dans ce pays déchristianisé, les témoins crédibles que l’Evangile et la Chrétienté demeurent à jamais la vraie réponse de vos vies, comme aussi de toute existence humaine ici-bas.

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il !

Homélie de la Pentecôte - 9 Juin 2019 - Père Marc, Prieur du monastère de Ste Marie de La Garde

 

jeudi 20 juin 2019

L'Etudiant libre

À l’appel de Notre Dame, 20 000 pèlerins se sont élancés sur les routes menant de Paris à Chartes, et inversement, lors du week-end de Pentecôte, à la suite de Charles Péguy, dont les poèmes nous ont réveillés chaque matin, nous arrivons vers l’autre Notre Dame, de celle qui s’élève au cœur de la cité, dans sa royale robe et dans sa majesté, dans sa magnificence et dans sa justesse d’âme.

Tous ces pèlerins ont donc pris la route alors que toutes les raisons du monde auraient dû les en dissuader. Ces pèlerins dont la jeunesse inquiète ceux qui veulent faire table rase du passé, prouvent qu’il existe encore une France attachée à sa Foi, à son Eglise, à son esprit de Tradition et surtout, il reste une France qui croit en La France.

Les pèlerins refusent la facilité offerte par le monde, ils économisent les moyens techniques afin d’assumer pleinement leur condition d’Homme. Ces 3 jours ne sont-ils pas idéals pour nous mettre à l’épreuve, refuser le confort et la facilité, rendre le lever du matin difficile dans le but de retrouver pleinement le Christ en l’approchant quelque peu de son agonie lui qui est tombé si bas dans l’abîme pour partager notre condition ? Monseigneur Leonard l’a très bien rappelé dans son homélie finale à Chartres, la mortification de nos sens par l’effort de la route nous permet d’approcher le Christ qui a connu ces souffrances. Plus proche du Christ nous sommes plus fort pour affronter les combats qui nous attendent pour le monde et pour notre Eglise.

Le pèlerinage de Chartres est une bonne école de formation contre l’esprit du monde. Quoi de mieux qu’un pèlerinage pour s’élever contre ce monde ? Le choix de se détourner durant 3 jours de ce monde, du confort, du repos ne peut être que motivé par un esprit qui va à contrecourant de la société. Quand bien même quelqu’un irait au pèlerinage dans un esprit mondain ou pour se montrer, il saura au fond de lui que le contexte original de la chose porte à rendre unique ces rencontres et qu’au cœur de la douleur, c’est la véritable image de nous même qui transparait. L’écologie est intégrale dans ce pèlerinage et elle montre à quel point la société a perverti la création en l’appauvrissant et en comblant le vide par des faux semblants, du mensonge et de la tristesse. Le Cardinal Sarah, invité l’an passé au pèlerinage dit dans son nouveau livre qu’un chrétien doit toujours être joyeux alors même que Dieu ne nous promet pas le bonheur sur la terre. Le chrétien doit être joyeux car son bonheur se trouve dans l’au-delà. La terre est une passerelle où nous devons chercher Dieu en toute chose, et puisqu’il a créé toute chose nous devons la respecter. L’effort, la douleur, le temps et la distance son autant de chose auxquelles nous devons nous soumettre pour retrouver véritablement Dieu. C’est là la vraie écologie que nous offre le pèlerinage. Cette écologie n’est pas celle prônée par l’esprit du monde qui voudrait économiser les ressources nature utilisée par l’Homme car celui ne pourrait prétendre la dominer. Non, le chrétien doit avoir ses mains au travail et son cœur à Dieu, l’écologie chrétienne que nous détaille le magistère et dont le pèlerinage de Chartres nous permet de vivre, est une écologie où la nature est une ouverture sur la réalité divine. A la messe, en contemplation face à la nature où dans la douleur, le cœur du pèlerin doit être tourné vers Dieu et le voir dans chaque chose. Ces 3 jours doivent nous rappeler à quel point en tout lieu, en tout temps et dans chaque chose Dieu est présent, « je l’avise, il m’avise » dit le curé d’Ars, cela signifie avant tout, « je le vois en toute chose, il me parle en toute chose ».

Cette proximité avec Dieu et la Vérité retrouvée de notre condition nous exhorte à la sortie de ce pèlerinage à nous battre pour notre monde afin de remettre Dieu au centre. Ce combat doit être mener avec habileté et persévérance, nous ne sauverons pas le monde en trois jours mais nous savons que la victoire est certaine. Le pèlerinage est aussi un témoignage offert au monde, un témoignage d’une vie chrétienne assumée et prosélyte, cette vie chrétienne doit être vécue tous les jours de notre vie, à l’université, dans la rue, sur le parvis de nos églises et dans nos foyers ! Nous sommes des prophètes pour le monde, ne le laissons pas s’écrouler sans rien faire, engageons-nous ! Prenons la route du combat de nos vies chrétiennes.

Pierre F.

mercredi 19 juin 2019

L'Eglise catholique, la plus belle multinationale du monde

Nous connaissons tous, mes frères et mes sœurs, les multinationales qui font du commerce à travers le monde entier. Eh bien, ceci est un scoop: la plus belle multinationale du monde,... c'est l'Eglise Catholique répandue parmi toutes les nations ! Et nous la devons à l'Esprit Saint et à saint Pierre, dans la lecture des Actes des apôtres d'aujourd'hui.

Il est allé chez Corneille, un païen, un militaire romain avec tout son entourage, il est entré dans sa maison, - ce qui était interdit pour un Juif, - et voilà qu'à la demande de Corneille, il l'évangélise, il lui parle de Jésus, vrai Dieu, vrai homme, crucifié et ressuscité ! Et à peine a-t-il terminé son sermon, que l'Esprit Saint tombe sur Corneille et tous ses familiers... et Pierre se trouve devant un problème : ils ont déjà reçu le sacrement de la confirmation, comment pourrait-on leur refuser l'eau du baptême? Et il va baptiser ces païens... après un catéchuménat extrêmement court !

C'est grâce à l'Esprit Saint et grâce à Pierre et puis après à Paul, que l'Eglise est devenue une véritable multinationale, non plus liée à un seul peuple, mais la multinationale de la Foi, de l'Espérance et de la Charité à travers le monde ! Et c'est ce qui nous a permis à nous ici Gaulois, Celtes, Aduatiques, Nerviens, Éburons et autres peuplades de l'époque, d'entrer finalement dans l'Église Catholique.

Et cette Église Catholique, nous osons dire dans le Credo qu'elle est une, sainte, catholique et apostolique. J'entends parfois des gens, par les temps qui courent, après la révélation de tant scandales qui nous ont fait du mal, qui se demandent «Est-ce qu'on peut encore dire que l'Eglise est une,... SAINTE, … catholique et apostolique ? » Eh bien oui. Elle est sainte, bien qu'elle soit composée de pécheurs, la preuve, c'est que nous sommes là. Elle est composée de pécheurs.

Mais elle est sainte, …

parce que le Saint de Dieu, Jésus, est sa Tête,

parce que l'Esprit Saint est son Âme,

parce que la très Sainte Vierge Marie est son Cœur,

parce que, pour la guider sur le chemin de l'histoire, elle est soutenue par la sainte Tradition qui vient des apôtres, et illuminée par les Saintes Écritures,

et parce qu'au cœur de la vie de l'Église il y a ce que nous vivons maintenant, il y a le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie!

Et par surcroît, à travers les siècles, l'Église, à partir des pécheurs qui la composent, est capable de produire des saints et des saintes... Et nous allons tous devoir le devenir, tôt ou tard.

Pour remplir sa mission, l'Église dispose comme source d'espérance et comme source de paix de ce que nous avons entendu dans l'Évangile.

Ce sont les deux versets les plus précieux de tout le Nouveau Testament : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné Son Fils, son unique, pour que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais au contraire ait la vie éternelle ! Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui ». C'est une pure merveille.

Saint Paul l'a résumé dans sa seconde lettre aux Corinthiens au chapitre 5, au verset 21, quand il dit: "Celui qui n'avait pas connu le péché, le Saint de Dieu, - c'est ainsi que les démons s'adressaient à Jésus : "nous savons qui tu es Jésus de Nazareth, tu es le Saint de Dieu" - eh bien, dit Paul, celui qui était sans péché, le Saint de Dieu, Dieu l'a pour nous identifié au péché, il l'a mis au rang des pécheurs, pour que nous, pécheurs, nous ayons part à la sainteté de Dieu ».

Si nous réalisons cela, pourquoi Jésus est descendu si bas dans un abîme de solitude, de déréliction, d'effroi, d'angoisse, se sentant abandonné par ses disciples et même apparemment abandonné par son Père jusqu'à crier "Mon Dieu mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné?" …, s'Il est descendu si bas, c'est pour rejoindre tout homme, toute femme aussi profonde que puisse être sa déchéance.

Eh bien celui qui croit en cela, qui met sa foi en Jésus, descendu au fond de l'abîme, est habité par une espérance inépuisable et il reçoit le don de la paix, mais à quel prix, payé par celui qui nous a sauvés !

Le soir de Pâques, dans l'Évangile de Jean, Jésus s'adresse par deux fois aux disciples en leur disant : "la paix soit avec vous" et il leur montre les plaies de ses mains et la plaie de son côté, le prix qu'Il a payé pour, remontant de l'abîme, nous faire le don de la paix . C'était le thème de votre pèlerinage, être missionnaire de la paix.

Mais cela comporte un prix et un prix auquel il nous faut réfléchir, car il est dit dans l'Évangile de Jean, à la suite des versets que je viens de citer, il est dit: "les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière" et nous devons, nous, choisir la lumière et nous conformer à la volonté de Dieu, agir suivant la volonté du Seigneur sur nous, et cela va nous imposer un dur combat.

Jésus est venu nous donner la paix et il le dit explicitement le soir de la dernière Cène:

"je vous laisse la paix,

je vous donne ma paix,

je ne la donne pas comme le monde la donne".

Pourtant, dans les Évangiles synoptiques, Matthieu, Marc, Luc, on entend cette parole un peu surprenante:

"Pensez-vous, dit Jésus, que je suis venu apporter la paix ?

Non, mais plutôt la division et le combat".

Donc, mes frères et mes sœurs, missionnaires de l'espérance et missionnaires de la paix, il y aura un combat à mener, de toute manière.

Nous vivons actuellement une grande confusion en Europe sur le plan politique ; il y aura là des combats à mener. Il y a aussi beaucoup de confusion actuellement dans l'Église catholique parce que, sur des points importants qui touchent l'indissolubilité du mariage, le rapport de l'alliance conjugale avec l'alliance du sacrement de l'eucharistie, sur la question des pratiques homosexuelles, sur la question du célibat des prêtres dans l'Église latine, et sur tant d'autres sujets, il y a une grande confusion... Et ça va dans tous les sens ! Nous devons être reconnaissants lorsque, sur certains de ces points, notre pape actuel, le pape François, parle de manière claire. Et nous pouvons aussi continuer à nous inspirer de l'enseignement très clair et aussi très miséricordieux que nous a donné Benoît XVI, le pape émérite, que nous a donné saint Jean-Paul II. Oui, nous allons devoir mener des combats avec fermeté, avec bienveillance, avec écoute, avec miséricorde, mais il y aura de rudes combats à mener. Jésus nous en a prévenus: "dans le monde vous aurez à souffrir mais confiance! Moi j'ai vaincu le monde."

Je termine par un dernier petit mot. J'ai été très impressionné par les familles qui sont ici rassemblées, avec des gens qui ont déjà leur état de vie :  ils sont mariés ou bien ils sont célibataires par choix, ou bien ils sont célibataires en raison des circonstances de la vie, il y a des ministres ordonnés, il y a des personnes consacrées. Mais il y a ici aussi plein de jeunesse.

Alors, mes chers jeunes ici présents, fréquenter Jésus de très près, c'est source de paix, mais ce peut être aussi très dérangeant, très bousculant !

Jésus va demander à une majorité d'entre vous de fonder un jour un foyer solide c'est-à-dire un homme et une femme et le Seigneur au milieu, un « beau ménage à trois » ! Un homme, une femme et le Seigneur qui est l'unité profonde d'un couple.

Il va demander à certains de vivre positivement un célibat forcé qu'on n'a pas choisi, parce qu'on n'a jamais trouvé une âme sœur dans la vie, il va demander à ces personnes de vivre leur célibat dans la vérité.

Mais il va certainement vouloir trouver parmi vous des filles qui jugent que «c'est Jésus le plus beau», et qui, « pour ses beaux yeux », vont embrasser une forme ou l'autre de vie consacrée. Soyez sur vos gardes, mais soyez surtout accueillantes, mesdemoiselles !

Et parmi les jeunes garçons, il va vouloir en trouver certains qui accepteront de devenir prêtres pour le service de l'Église, dans tous les diocèses de France et d'Europe, en commençant quand même par le diocèse de Chartres ! Mais on a partout besoin de jeunes qui sont tellement passionnés par Jésus qu'ils décident de lui consacrer toute leur vie à lui ainsi qu'au peuple qu'Il aime.

N'ayez pas peur : « dans le monde vous aurez à souffrir et à faire des choix exigeants mais confiance, nous dit Jésus, moi j'ai vaincu le monde ».

 

Amen, Alléluia !

 

Homélie de clôture du pèlerinage - Mgr Léonard - 10 Juin 2019

mardi 18 juin 2019

Vers une contre-révolution catholique ?

À une semaine d’intervalle deux signaux, en apparence contradictoires, ont été émis par les catholiques de France.

D’une part, le score électoral très modeste de François-Xavier Bellamy aux élections européennes, même dans les isolats catholiques votant traditionnellement à droite de l’ouest parisien, atteste qu’une part notable de la bourgeoisie catholique accorde plus d’importance à la défense de ses intérêts matériels qu’aux principes moraux défendus par l’Église.

D’autre part, la nouvelle progression très sensible du nombre de participants  au pèlerinage de Pentecôte Paris-Chartres (14 000 participants, moyenne d’âge : 21 ans), atteste qu’une part siginificative, et la plus jeune, du catholicisme contemporain est capable de sacrifier trois journées de vacances pour prier, souffrir, être enseignée, vivre en autarcie une micro-chrétienté itinérante, participer à une liturgie sublime et immémoriale et écouter les paroles de feu et de combat d’un évêque, Mgr Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, : qu’il n’aurait été possible d’entendre, il y a quelques décennies, que dans la bouche de… Mgr Lefebvre. Les fidèles de ce dernier rassemblant de leur côté 4 000 marcheurs dont 1 600 pour la colonne enfants-adolescents, aux mêmes dates, mais en sens inverse.

Deux catholicismes se font face

Deux catholicismes se font face. Un catholicisme vieillissant, sociologiquement installé, bourgeois, résiduel qui a d’autant plus pris son parti du monde tel qu’il est qu’il y a, confortablement, trouvé sa place. C’est le catholicisme institutionnel, dominant, de la conférence des évêques de France, de l’enseignement catholique, de la direction de l’ICES.

Là-contre, émerge, chaque jour plus puissant, un catholicisme que dans un passionnant essai, intitulé Une contre-révolution catholique. Aux origines de la Manif Pour Tous, le sociologue Yann Raison du Cleuziou a qualifié de « catholicisme observant ». Ce catholicisme observant, autrefois on aurait dit « intransigeant », se fixe comme objectif prioritaire la transmission intégrale de la foi catholique et n’a pas renoncé à féconder la société civile des valeurs de l’Evangile. Il est un fait que depuis une cinquantaine d’années les deux structures privilégiées de transmission de la foi qu’étaient l’Eglise et l’école catholique ont largement renoncé à leur mission. Le catéchisme n’est plus enseigné, une liturgie désacralisée fait l’impasse sur la transcendance de Dieu et ses mystères, etc. N’ont réussi à transmettre le dépôt sacré de la foi, sauf exceptions, que les familles qui ont trouvé en elles-mêmes les ressorts moraux, intellectuels et spirituels de la transmission. À l’aune de ce constat, le catholicisme s’est réduit à une partie de la bourgeoisie catholique, accompagnée par quelques prêtres, qui avait les moyens intellectuels de résister à l’apostasie immanente des « nouveaux prêtres » selon l’expression de Michel de Saint-Pierre. Yann Raison du Cleuziou, comme avant lui Guillaume Cuchet dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, confirme que seules ces familles observantes ont transmis et transmettent encore la foi. Le catholicisme de gauche est mort, même si son cadavre bouge encore dans les officines épiscopales.

Des lieux de rencontre

La Manif pour Tous, comme le Pèlerinage de Chrétienté à la Pentecôte, a été le lieu de rencontre de ces différentes familles « observantes » soit : la mouvance charismatique (Emmanuel, Béatitudes), les néo-classiques (communautés Saint-Jean, Saint-Martin), les traditionalistes (communautés Ecclesia Dei et Fraternité Saint Pie X). Les uns et les autres acceptent de vivre en opposition avec les valeurs dominantes de la société post moderne, par fidélité à la loi de Dieu. Le point de clivage le plus apparent entre ces différentes mouvances est, bien sûr, la question liturgique. Les jeunes générations sont, d’un côté comme de l’autre, moins sensibles à cette ligne de fracture sans doute amenée à s’estomper au fil du temps au bénéfice d’une liturgie réformée resacralisée voire de la liturgie traditionnelle. Aujourd’hui 25% des ordinations sacerdotales en France sont effectuées selon la forme extraordinaire du rite romain alors que les traditionalistes ne représentent que 3 ou 4 % des catholiques. De nombreux évêques, que leur histoire ne prédisposait guère à célébrer cette forme du rite romain, s’y mettent peu à peu. Citons Mgr Cattenoz à Avignon, Mgr Rey (de la communauté de l’Emmanuel) à Toulon, Mgr Aillet (de la communauté Saint-Martin) à Bayonne. La fécondité « vocationnelle » de la messe traditionnelle est un fait qui n’est plus à démontrer, uniquement contredit par l’essor de la communauté Saint-Martin. Ce tableau des catholiques observants serait incomplet si n’était notée leur relation « décomplexée » avec l’épiscopat français, fruit d’une histoire tumultueuse. La communauté Saint-Martin trouve son origine à Gênes car son fondateur, l’abbé Guérin, était persona non grata en France malgré son acceptation de la réforme liturgique. Pendant plusieurs années, de 1983 à 1989, les pèlerins de la Pentecôte à Chartres n’ont pas eu le droit de faire célébrer la messe dans la cathédrale. Tout est « oublié, pardonné » mais… Inexorablement, pour des raisons simplement biologiques, le poids des catholiques observants est amené à croître dans l’Eglise de France. Qui sauvera le diocèse de Montauban dont l’évêque, Mgr Ginoux, vient de confier à l’Homme Nouveau que la moyenne d’âge de son clergé est de 78 ans et que sur les 30 prêtres actifs de son diocèse la moitié sont étrangers, essentiellement africains ?

Quelle manifestation politique ?

L’émergence politique des catholiques observants s’est faite à l’occasion des manifestations pour la défense du mariage naturel. Traditionnellement ces catholiques étaient la chasse gardée du Front national. Les catholiques traditionalistes étaient nombreux au bureau politique du FN, la fête annuelle des BBR commençait par la célébration de la messe traditionnelle, le programme était très inspiré de la doctrine sociale de l’Eglise rappelant le caractère sacré de la vie humaine innocente, refusant la banalisation de l’avortement, promouvant le chèque scolaire, favorisant la liberté d’enseignement, etc. Sous la conduite de Marine Le Pen ce programme a été sensiblement édulcoré, le Rassemblement national ayant, désormais, sur l’avortement, l’euthanasie, la loi Léonetti des positions très politiquement correctes. Comme l’ont montré ses entretiens avec Samuel Pruvost, dans son livre 2017 Les candidats à confesse, la présidente du Rassemblement national semble entretenir un lourd contentieux non avec la foi, dit-elle, mais avec les chrétiens, ce qui ne simplifie pas les choses.

François-Xavier Bellamy, figure nouvelle de la vie politique, vrai ou faux ingénu, l’avenir le dira, intellectuellement très supérieur à l’ensemble de ses rivaux a accepté une mission impossible : assumer des valeurs conservatrices et, disons sommairement, de droite à la tête d’une organisation politique qui depuis des décennies trompe ses électeurs. Signe patent de la confusion des esprits : le successeur, provisoire, de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains est Jean Léonetti, promoteur de la loi portant son nom rendant possible l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation de Vincent Lambert contre laquelle s’est élevé… François-Xavier Bellamy. Le fait est que le résultat des élections européennes n’a en aucune façon constitué un frein aux « avancées sociétales » puisque l’extension de la PMA est au menu de la rentrée parlementaire et que la GPA suivra inéluctablement.

Politiquement, ou plutôt électoralement, les catholiques observants se sentent un peu orphelins. Les sujets de société qui leur tiennent à cœur, car ce sont eux qui assurent la pérennité et la stabilité d’une société et d’une civilisation, ne leur semblent réellement portés par personne.

Vers un catholicisme religieux ?

Ces catholiques ont également conscience d’être une toute petite minorité (2% de pratique religieuse). Cependant l’émoi suscité par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a révélé qu’il existait encore, enfoui au fond de l’âme de bien des Français, un catholicisme latent, historique, identitaire et patrimonial. Est-ce que le défi de la contre-Révolution catholique pour les années à venir ne serait pas de faire évoluer cette religiosité d’inspiration catholique, somme toute essentiellement sociologique et affective, vers un catholicisme personnel et religieux. Voilà, peut-être, un bon sujet pour la prochaine réunion des évêques de France ?

Jean-Pierre Maugendre

 

Une contre-révolution catholique. Aux origines de La manif Pour Tous, Yann Raison du Cleuziou, éditions Seuil, 384 pages, 23 €