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Notre-Dame de Chrétienté - pèlerinage de Pentecôte de Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres

     
 

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vendredi 24 mars 2017

Récollection des Régions Nord et Normandie

20170311BlasonNormandie.pngLa récollection jointe des deux Régions, Nord et Normandie, samedi 11 mars à Rouen, a été, au témoignage de tous, participants et organisateurs, une superbe journée. Elle a été marquée par une ambiance de grande amitié jointe au sérieux du travail. Occasion de faire la connaissance de beaucoup de nouveaux, cadres comme simples pèlerins.


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Cette deuxième édition commune a été accueillie à Rouen par le Chanoine Waché de Corbie, de l'Institut du Christ-Roi. Les 19 participants ont profité des enseignements de l'aumônier général du Pèlerinage, l'abbé Garnier. Tous ont été impressionnés par le thème choisi pour 2017, et ont pris de fermes résolution pour préparer ce thème et recruter de nombreux pèlerins dans leurs chapitres respectifs.






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Classiques de la vie spirituelle : l'Imitation de Jésus-Christ

20170319Imitation.jpg"L'Imitation de Jésus-Christ" est le livre le plus imprimé au monde après la Bible. On vient et revient sans cesse à ses courtes et frappantes sentences. Elles ont alimenté la vie spirituelle des générations qui nous ont précédés (en particulier en France sous la forme des "manuels du chrétien").
Ne laissons pas un tel trésor prendre la poussière. Faisons-en un compagnon habituel.

Livre II - Chapitre 6 (extraits)

De la joie d’une bonne conscience


1. La gloire de l’homme de bien est le témoignage de sa conscience. Ayez la conscience pure, et vous posséderez toujours la joie. La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses, et elle est pleine de joie dans les adversités. La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée. Vous jouirez d’un repos ravissant, si votre coeur ne vous reproche rien. Ne vous réjouissez que d’avoir fait le bien. Les méchants n’ont jamais de véritable joie, ils ne possèdent point la paix intérieure, parce qu’il n’y a point de paix pour l’impie, dit le Seigneur. Et s’ils disent : Nous sommes dans la paix, les maux ne viendront pas sur nous ; et qui oserait nous nuire ? ne les croyez pas, car la colère de Dieu se lèvera soudain, et leurs oeuvres seront réduites à rien, et leurs pensées périront. (...)

3. Il sera aisément en paix et content, celui dont la conscience est pure. Vous n’êtes pas plus saint parce qu’on vous loue, ni plus imparfait parce qu’on vous blâme. Vous êtes ce que vous êtes, et tout ce qu’on pourra dire ne vous fera pas plus grand que vous ne l’êtes aux yeux de Dieu. Si vous considérez bien ce que vous êtes en vous-même, vous vous embarrasserez peu de ce que les hommes disent de vous. L’homme voit le visage, mais Dieu voit le coeur. L’homme regarde les actions ; mais Dieu pèse l’intention.
Faire toujours bien, et s’estimer peu, c’est le signe d’une âme humble. Ne vouloir de consolation d’aucune créature, c’est la marque d’une grande pureté et d’une grande confiance intérieure.




Dimanche 19 mars 2017

L’angélus de midi pour la France et pour la paix du 25 mars au 15 août

20170320SanctuairesprientpourlaFrance.pngDes recteurs de sanctuaires français coordonnent leurs actions de prière pour l’avenir de notre pays. Les élections présidentielles et législatives à venir en sont une étape importante, mais notre prière se poursuivra au delà des élections. C’est pourquoi le réseau « Des sanctuaires prient pour la France » propose de retrouver jusqu’au 15 août 2017 l’origine de la prière de l’Angélus de midi en l’offrant pour la paix, en particulier dans notre pays.



Prier l’Angélus de midi pour la France et pour la paix

D’abord prié uniquement le matin puis le soir, c’est en 1472 que Louis XI prescrit à tout son royaume l'extension de l'Angélus à midi, et demande qu'à cette heure-là l'intention de prière soit la paix.
L'Angélus reprend 3 versets bibliques, véritables résumés la foi chrétienne, empruntés à saint Luc :

  • « L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie. - Et elle conçut du Saint-Esprit. » (Luc 1, 26-28),
  • « Voici la Servante du Seigneur. - Qu’il me soit fait selon ta parole. » (Luc 1, 38),
  • et au prologue de saint Jean « Et le Verbe s’est fait chair. – Et il a habité parmi nous.» (Jean 1, 14),

suivi chacun par un Je Vous Salue Marie.

On termine par une prière très ancienne, l’oraison du 4ème dimanche de l’Avent, résumé de notre cheminement spirituel :
« Que votre grâce Seigneur se répande en nos cœurs ; par le message de l’ange, Vous nous avez fait connaître l’Incarnation de votre Fils bien-aimé ; Conduisez-nous, par sa Passion et par sa Croix, jusqu’à la gloire de sa Résurrection.»

Une nuit de prière du 14 au 15 août 2017 dans nos sanctuaires

Notre prière commune se terminera par des veillées de prière dans nos sanctuaires, la nuit du 14 au 15 août 2017, veille de la fête de l’Assomption de Marie, patronne principale de la France.

Les 16 recteurs membres du réseau au 14 septembre 2017 :
Cotignac
Jérusalem Sainte Anne
Laghet
Le Puy-en-Velay - ND de France
Le Puy en Velay - St Joseph
L’Ile-Bouchard
Lorette Italie
Notre-Dame du Chêne
Notre-Dame de Cléry
Paray-Le-Monial
Paris (Cathédrale Notre-Dame)
Paris (Notre-Dame du Perpétuel Secours)
Paris (Notre-Dame des Victoires)
Pellevoisin
Pontmain
Rocamadour

La prière officielle du réseau :


Sainte Vierge Marie, Notre-Dame,

Vous avez porté depuis des siècles un regard d’amour sur le pays de France et sur le peuple français. Vous l’avez protégé et aidé de mille manières et vous avez manifesté à de nombreuses reprises votre présence sur cette terre. Malgré toutes leurs faiblesses et leurs péchés, les chrétiens de France vous ont montré souvent leur tendresse et leur confiance. Ainsi, un pacte d’affection s’est créé entre la France et vous-même, déterminant de la sorte un chemin privilégié vers le Cœur de votre Fils Jésus.

Aujourd’hui, Vierge Sainte, nous tournons nos regards vers vous avec plus d’insistance. Vous savez que dans notre pays, comme dans le monde entier, se joue l’avenir de l’être humain, de la famille, et de la civilisation et de la vie. Vous voyez que les forces de destruction de l’homme sont à l’œuvre comme jamais, séduisant les esprits et les cœurs. Vous êtes la femme de l’Apocalypse qui, avec l’aide des anges, combattez le démon. Prenez-nous en pitié. Ne nous abandonnez pas dans le combat. Ecoutez les humbles prières que nous faisons monter vers vous avec un cœur d’enfant. Permettez que la vérité, la pureté, la foi, l’union des cœurs triomphent chez nous, non pour nous glorifier nous-mêmes, mais pour servir dans le monde entier, avec générosité, Jésus Sauveur des hommes, votre divin Fils. Faites de nous des hommes et des femmes courageux et fervents, dignes de leurs pères et préparant des générations futures qui continueront l’œuvre de l’amour dans notre pays et sur toute la terre.

Amen.




vendredi 17 mars 2017

Classiques de la vie spirituelle : l'Imitation de Jésus-Christ

20170319Imitation.jpg"L'Imitation de Jésus-Christ" est le livre le plus imprimé au monde après la Bible. On vient et revient sans cesse à ses courtes et frappantes sentences. Elles ont alimenté la vie spirituelle des générations qui nous ont précédés (en particulier en France sous la forme des "manuels du chrétien").
Ne laissons pas un tel trésor prendre la poussière. Faisons-en un compagnon habituel.

Livre I - Chapitre 23 (extraits)

De la méditation de la mort


1. C’en sera fait de vous bien vite ici-bas : voyez donc en quel état vous êtes. L’homme est aujourd’hui, et demain il a disparu, et quand il n’est plus sous les yeux, il passe bien vite de l’esprit. O stupidité et dureté du coeur humain, qui ne pense qu’au présent, et ne prévoit pas l’avenir ! Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez s’il vous fallait mourir aujourd’hui. Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort. Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort. Si aujourd’hui vous n’êtes pas prêt, comment le serez-vous demain ? Demain est un jour incertain : et que savez-vous si vous aurez un lendemain ?

2. Que sert de vivre longtemps, puisque nous nous corrigeons si peu ? Ah ! Une longue vie ne corrige pas toujours ; souvent plutôt elle augmente nos crimes. Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour ! Plusieurs comptent les années de leur conversion ; mais souvent, qu’ils sont peu changés, et que ces années ont été stériles ! S’il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si longtemps. Heureux celui à qui l’heure de sa mort est toujours présente, et qui se prépare chaque jour à mourir ! Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous passerez par cette voie. 8. Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous ? Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez, car vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la mort. Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles. Ne pensez qu’à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu. Faites-vous maintenant des amis, en honorant les saints et en imitant leurs oeuvres, afin qu’arrivé au terme de cette vie, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.

9. Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses du monde ne sont rien. Conservez votre coeur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que vous n’avez point ici-bas de demeure permanente. Que vos gémissements, vos larmes, vos prières, montent tous les jours vers le ciel, afin que votre âme, après la mort, mérite de passer heureusement à Dieu.




mercredi 15 mars 2017

Récollection de la Région Est

20170312BBenedictionbanniere.jpgLa Région Est a fait carton plein pour sa récollection le week end dernier : près de cent participants pour ces journées de prière, d'étude et d'amitié. l’aumônier régional était assisté de deux autres confrères pour les exposés.

La veillée s'est déroulée dans une ambiance "Chœur Montjoie-Saint Denis", autour des chants et du buffet.
Le dimanche Messe solennelle à la basilique de Fontaine-lès-Dijon, lieu de naissance de Saint Bernard, avec bénédiction de la nouvelle bannière du chapitre saint Bernard -sainte Elisabeth de la Trinité (canonisée le 16 octobre 2016 par le pape François).

Ces deux journées ont réchauffé les coeurs et fait beaucoup de bien à tous.

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vendredi 10 mars 2017

À propos du totalitarisme et de la terreur - un article de Joël Hautebert dans "l'Homme Nouveau"

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Joël Hautebert - "l'Homme Nouveau" n° 1634 du 11 mars 2017


Dans ses encycliques Veritatis splendor (nn. 99 et 101) et Evangelium vitæ (nn. 20 et 96) publiées en 1993 et en 1995, le saint pape Jean-Paul II dénonçait la possible dérive totalitaire des démocraties modernes. Ces fermes mises en garde suscitèrent bien des réactions d’émoi. D’aucuns ont pu penser et pensent encore que les propos du pape faisaient preuve d’un anachronisme coupable ou bien qu’ils révélaient un défaut de rigueur conceptuel par l’emploi inapproprié du substantif « totalitarisme ». Telle n’est pas notre opinion, car il nous semble au contraire que la culture de mort revêt un caractère systémique dans nos régimes contemporains, similaire à ce que l’on a pu observer dans le passé. Pour s’en convaincre, il convient de reprendre l’une des analyses les plus perspicaces du système totalitaire, celle proposée par Hannah Arendt dans les années 1950, à partir des expériences politiques national-socialiste et soviétique.

Aux yeux de la célèbre philosophe juive allemande, le concept de totalitarisme repose essentiellement sur les deux critères suivants : l’idéologie et la terreur. L’idéologie est présentée comme le moteur du régime, c’est-à-dire ce qui fait agir tant les gouvernants que les citoyens. La terreur correspond à la nature du régime, ce qui le fait être, comme on peut dire que la nature de la monarchie consiste dans le fait qu’elle soit dirigée par un roi, l’aristocratie par une élite, etc. Conséquence selon Hannah Arendt de la faillite du sens commun, l’idéologie est un système d’explication du monde déconnecté du réel et de l’expérience. Les idéologies totalitaires, révolutionnaires, sont progressistes car elles énoncent l’idée d’un mouvement permanent, fondé sur des lois prétendument scientifiques, celle de la « nature » (1) (évolutionnisme de Darwin appliqué à la race), d’un côté et celle de l’histoire, de l’autre (marxisme).

La définition de la terreur est particulièrement fine puisque selon cet auteur, elle a pour mission d’affranchir les processus énoncés par l’idéologie de tous les obstacles qu’ils peuvent rencontrer… y compris l’homme lui-même. À l’inverse des exécutions d’opposants auxquelles recourent les régimes autoritaires, la terreur est permanente et vise tout le monde, principalement des innocents. Selon Hannah Arendt, « cette humanité (l’homme nouveau, but ultime des idéologies), qui constitue à la fois le produit ultime et l’incarnation du mouvement de la Nature ou de l’Histoire, demande des sacrifices continuels – l’élimination constante de classes ou d’éléments raciaux hostiles, parasites ou malsains – afin de conquérir son éternité meurtrière ». (2) La terreur exécute les verdicts de mort dictés par l’idéologie. La liquidation de masse est donc intrinsèque au système totalitaire. Il en résulte que « le totalitarisme ne tend pas vers un monde despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus».(3) Cette phrase synthétise la quintessence du totalitarisme selon Hanna Arendt, qui a le mérite de définir un système politique inconnu jusqu’alors, dont les caractéristiques ne résultent pas du seul contexte social et politique, car d’autres idéologies peuvent devenir totalitaires.

À la lecture des deux encycliques citées, les allusions explicites de saint Jean-Paul II au totalitarisme ne sont pas éloignées du schéma qui vient d’être présenté, même s’il est question des démocraties occidentales. En effet, les divers paragraphes traitant du sujet mentionnent le relativisme éthique et la culture de mort à travers les lois autorisant l’avortement et l’euthanasie, formes nouvelles d’idéologie et de terreur de masse au sein d’un système politique.
Si l’idéologie s’exprime aujourd’hui différemment, elle garde ses traits caractéristiques à travers le relativisme éthique contemporain : déconnexion du réel, progrès linéaire et mouvement permanent. La société change nous dit-on, elle évolue, il n’y a pas de nature humaine et tous nos comportements sont des conditionnements sociaux, tous sujets aux mutations. Les sciences sociales fournissent aujourd’hui l’ossature intellectuelle de la « scientificité prophétique », annonçant des lendemains forcément meilleurs, quoique indéfinis. Ce processus justifie la phase nouvelle de la révolution anthropologique au service de l’émancipation narcissique des volontés pures, autrement dit au service du « droit à ». Quant à la terreur, elle ne s’exprime pas forcément par des camps ou des fusillades de masse. Puisqu’elle consiste à affranchir le processus de tous les obstacles qu’il peut rencontrer, les nouvelles victimes innocentes par excellence sont les enfants conçus non encore nés, dont la possible liquidation est déjà prononcée par les grandes « avancées » du mouvement progressiste émancipateur, comme le soi-disant droit des femmes à disposer de leur corps. Combien de morts depuis quarante ans en France ? Combien dans le monde entier ? Rendons-nous à l’évidence, dans nos démocraties occidentales aussi les êtres humains sont superflus. Cette réalité légale n’a rien d’accidentelle puisqu’elle est idéologiquement justifiée et qu’elle constitue toujours un sujet majeur de la vie politique française. Pire, il faut toujours plus d’avortements, comme si les « sacrifices continuels » étaient la règle intrinsèque au système.

La légalisation de l’euthanasie dans de nombreux pays d’Europe vient offrir de nouvelles victimes. Rien de tel pour faire comprendre aux impotents, faibles et vieillards superflus que leur « sacrifice » est vivement souhaité. « Lorsqu’il est parvenu au calme bien connu qui est celui des cimetières, le totalitarisme, loin d’être satisfait, transforme aussitôt et avec une vigueur accrue l’instrument que constituait la terreur en une loi objective du processus » (4) précisait Hannah Arendt. La transposition de cette analyse du phénomène totalitaire aux temps actuels n’a, hélas !, rien d’incongrue. Quand on y réfléchit un peu, ce n’est pas l’homme qui se libère aujourd’hui, mais le processus révolutionnaire qui s’affranchit de l’humanité. Quelles seront les prochaines victimes ?

Joël Hautebert

1. Qui n’a strictement rien à voir avec la conception classique de la loi naturelle ou du droit naturel.
2. La nature du totalitarisme, p. 101, Payot, 1990. Rééd. 2006, 176 p., 22,50€.
3. Le système totalitaire, p. 274, Seuil, 2005, 384 p., 9,80 €.
4. La nature du totalitarisme, op. cit., p. 106.




mercredi 08 mars 2017

Les vidéo-formations de Notre Dame de Chrétienté présentées sur Radio Courtoisie

20170308RadioCourtoisie2.jpgXavier Hennequart était invité pour présenter le programme de formation de Notre Dame de Chrétienté.

Pour écouter l'émission cliquer sur ce lien (à partir de la 33ème minute)




mercredi 01 mars 2017

Nous sollicitons vos prières en ce jour de Mercredi des Cendres

strochu.jpgChers Amis,

Je viens demander vos prières pour le jeune Stanislas Trochu, âgé de 11 ans, sizenier à la meute 23ème Versailles. Il a été renversé hier par une voiture, et se trouve actuellement entre la vie et la mort.

Nous demandons pour lui, par Notre Dame, le rétablissement, selon la volonté de Dieu. Pour sa famille, nous demandons la grâce du courage et de l'acceptation de cette épreuve.

Je vous propose de joindre cette intention au temps de Carême, à la prière et au jeûne de ce jour.

Mon Dieu,
Vous savez tout,
Vous pouvez tout,
et Vous nous aimez.
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus

Abbé Garnier
Aumônier Général




mercredi 22 février 2017

Religion, Patrie, Identité - une réflexion du Père de Blignières

20170222PdeBlignieres.jpgLe plan de salut de Dieu aboutit à une religion dont le nom indique qu’elle est universelle : le catholicisme. Mais il commence par un homme (Abraham), un peuple (le peuple juif), une Loi (celle de Moïse). Dieu se coule dans une culture, et y tolère les rudes mœurs de l’Orient antique. En mettant un groupe singulier à part, il prépare la venue du plus singulier parmi les hommes : Jésus-Christ. La gloire fondamentale du peuple juif est de préparer singulièrement l’avènement de l’ouverture universelle maximale en l’Homme-Dieu (cf. Rm 9, 1-5). « Le monde n’est ouvert qu’à un endroit : en Jésus-Christ » (Romano Guardini, Le Seigneur).

Transcendance de la grâce et identités naturelles

Cette façon d’agir de Dieu manifeste que l’ordre surnaturel n’est réductible à aucun des aspects de l’ordre naturel. Dieu fait élection de tel peuple pour introduire dans le monde, comme un don – non comme le fruit d’un progrès de la civilisation –, le Royaume de la grâce. La grâce, qui ne sort pas de la nature, peut imprégner des formes culturelles diverses, sans rien perdre de sa transcendance. Loin de gommer les identités nationales, la grâce les assume et les purifie… avec plus ou moins de bonheur, en fonction de l’harmonie plus ou moins grande de cette civilisation avec la loi naturelle. Ainsi « la rencontre du message biblique et de la pensée grecque n’est pas un hasard » (Benoît XVI, Discours à Ratisbonne, 17 septembre 2006).

Quand saint Paul dit : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), l’égalité qu’il évoque se réalise dans le Christ Jésus. Il ne nie pas les différences et la complémentarité entre l’homme et la femme (cf. 1 Co 11, 3-9 ; Ep 5, 23). Et l’égalité fondamentale des Juifs et des Grecs ne s’oppose pas au fait d’assumer leur diversité culturelle : « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la Loi, comme si j’étais sous la Loi, afin de gagner ceux qui sont sous la Loi » (1 Co 9, 20-21).

L’enseignement du Christ et de saint Paul

Le Christ affirme que l’ordre naturel est pleinement assumé par lui. « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 5, 17), notamment le Décalogue, avec son quatrième commandement qui inculque la piété envers les parents et la patrie.

« Ce commandement implique et sous-entend les devoirs des parents, tuteurs, maîtres, chefs, magistrats, gouvernants, de tous ceux qui exercent une autorité sur autrui ou sur une communauté de personnes. (…) Le quatrième commandement de Dieu nous ordonne aussi d’honorer tous ceux qui, pour notre bien, ont reçu de Dieu une autorité dans la société. Il éclaire les devoirs de ceux qui exercent l’autorité comme de ceux à qui elle bénéficie. (…) L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité » (Catéchisme de l’Église catholique, nn° 2199, 2234 et 2239).

La vertu de piété, annexe de la justice, si importante dans le monde antique, n’est donc nullement abolie par la révélation. « Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui. (…) À qui l’impôt, l’impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur » (Rm 13, 1 et 7).

« L’homme est constitué débiteur à des titres différents vis-à-vis d’autres personnes, selon les différents degrés de perfection qu’elles possèdent et les bienfaits différents qu’il en a reçus. (…) Après Dieu, l’homme est surtout redevable à ses père et mère et à sa patrie. (…) Dans le culte de la patrie est compris le culte de tous les concitoyens et de tous les amis de la patrie. C’est pourquoi la piété s’étend à ceux-là par priorité » (Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, 2a 2æ q. 101, a. 1).

La manière d’agir du Christ

Jean-Baptiste, le Précurseur, s’inscrit dans l’ordre de la société de son temps. Aux collecteurs d’impôts et aux soldats, il ne recommande pas de sortir violemment des « structures de péché », ni de se retirer au désert comme les esséniens, mais d’accomplir avec justice la mission qui leur est confiée (cf. Lc 3, 12-14).

Le Christ, tout en prêchant un Royaume qui ne tire pas son origine de ce monde (cf. Jn 18, 36), recommande l’obéissance aux autorités et le paiement de l’impôt ; il pratique le respect des coutumes de son peuple ; il observe l’intégrité d’une Loi à la fois religieuse, culturelle et politique ; il aime sa famille, ses concitoyens et sa patrie, sur laquelle il a pleuré (cf. Lc 19, 41). « Le Christ a pris part aux noces de Cana, il s’est invité chez Zachée, il a mangé avec les publicains et les pécheurs. C’est en évoquant les réalités les plus ordinaires de la vie sociale, en se servant des mots et des images de l’existence la plus quotidienne, qu’il a révélé aux hommes l’amour du Père et la magnificence de leur vocation. Il a sanctifié les liens humains, notamment ceux de la famille, source de la vie sociale. Il s’est volontairement soumis aux lois de sa patrie. Il a voulu mener la vie même d’un artisan de son temps et de sa région » (Vatican II, Gaudium et spes, n° 32).

Jésus reconnaît le pouvoir des autorités de l’occupation romaine (cf. Lc 20, 25 et Jn 19, 11). Beaucoup de dignitaires de bonne volonté, civils, militaires et religieux, jalonnent l’histoire de sa vie publique, comme celle de Pierre et de Paul. Alors qu’il introduit la religion universelle, Jésus donne un bel exemple d’inculturation.

La grâce élève la nature dans toutes ses dimensions

La grâce ne détruit donc pas la nature ! Elle la purifie et s’en sert comme d’un instrument, dans toutes ses dimensions : famille, cité, profession, amitiés. Dans le recrutement des apôtres, les liens de famille ou de travail ont joué un rôle. André et Simon sont frères. Philippe est de leur ville, Bethsaïda. Jacques et Jean sont frères et associés professionnels de Simon. Le premier miracle a lieu lors d’une noce, fête par excellence de la famille et du village en Orient. Jésus est lié d’une amitié singulière avec une famille : celle de Lazare qu’il ressuscitera et de Madeleine qui sera témoin et apôtre de sa résurrection.

Dans le processus des conversions au christianisme, il y a souvent une préparation par l’amour conjugal, l’amitié, les œuvres, les courants philosophiques, les arts, les réalisations politiques ou sociales – véhiculés par la culture du futur converti. Les chrétiens doivent-ils se monter plus puristes que l’apôtre Paul sur ce chemin vers la foi que peut constituer l’amour de l’homme et de la femme (cf. 1 Co 7, 12-14) ?

On est impressionné par la variété des médiations naturelles que la grâce de Dieu daigne utiliser pour favoriser les conversions. Le grégorien et les primitifs italiens pour Willibrod Verkade (1863-1946) ; les processions de la Fête-Dieu pour Francis Jammes (1868-1938) ; Fra Angelico pour Henri Ghéon (1875-1944) ; l’attitude des catholiques devant la mort et la cohérence de la position catholique sur le magistère pour Kenyon Reynolds (1892-1989) ; la beauté de la messe et l’abnégation des chrétiens dans les bombardements de Londres pour Fred Copeman (1907-1983) ; la mosaïque de Côme et Damien pour Thomas Merton (1915-1968) ; la lecture de Maurras, Barrès et Bergson pour Henri Massis (1886-1970).

Refuser un fidéisme inhumain

S’indigner de ces cheminements comme de marques de duplicité, c’est insinuer que l’Évangile abolit la loi naturelle, qu’il balaye toutes les différences issues de cet ordre. C’est dénier le droit au Saint-Esprit d’utiliser des « signes de crédibilité » pour pénétrer les cœurs de la grâce de la foi. C’est oublier que « l’Église, à cause de son inépuisable fécondité en tout bien , est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine » (Vatican I, Constitution dogmatique sur la foi). C’est glisser vers le fidéisme, comme si la foi ne pouvait être préparée par des signes extérieurs. Il y a là quelque chose d’inhumain.

Ce qui s’est passé dans l’histoire des hommes, depuis la venue du Christ, est bien différent : les diverses cultures, en entrant au contact du christianisme, ne se sont pas volatilisées !
« Les chrétiens, venus de tous les peuples et rassemblés dans l’Église, “ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par leur façon de se comporter dans la cité” (Épître à Diognète) ; aussi doivent-ils vivre pour Dieu et le Christ selon les usages et le comportement de leur pays, pour cultiver vraiment et efficacement en bons citoyens l’amour de la patrie, pour éviter cependant de manière absolue le mépris à l’égard des races étrangères, le nationalisme exacerbé, et promouvoir l’amour universel des hommes. Toute apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera repoussée, la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées par la lumière de l’Évangile, de chaque famille des nations, seront assumées dans l’unité catholique » (Vatican II, Ad gentes, nn° 15 et 22)
L’irruption du Royaume de Dieu dans l’histoire fait mesurer aux civilisations et leur valeur, et leur relativité. Elle n’enlève aux cultures, dans leur diversité, rien de ce qui est juste ou même indifférent pour le salut éternel des hommes. « Il n’enlève pas les royaumes temporels, celui qui donne les royaumes célestes » (Vêpres de la fête de l’Épiphanie).
L’homme est complexe, il est corporel et spirituel, et sa spiritualité elle-même est incarnée. La vie chrétienne sort (par les sacrements) de l’âme et du corps de Jésus-Christ, qui a pris toute notre humanité. Cette vie investit toute notre propre humanité. C’est ce que Charles Péguy suggère dans Ève : « Car le surnaturel est lui-même charnel / Et l’arbre de la grâce est raciné profond / Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond / Et l’arbre de la race est lui-même éternel. »




vendredi 03 février 2017

In memoriam - Arnaud de Lassus

Homélie pour les obsèques de M. Arnaud de Lassus Saint Geniès

20170126ArnauddeLassusB.jpg30 janvier 2017

Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il,
Bien chers enfants et petits enfants,
Chers amis et proches,
Mes biens chers frères,

Nous voici réunis pour accompagner à son éternité Arnaud de Lassus. Il est décédé muni des sacrements de l’Eglise, après une vie donnée dans de nombreux engagements. Tout à l’heure, au canon de la Messe, le prêtre prononcera au nom de l’Eglise ces mots: « Memento Domine … souvenez-vous Seigneur de vos serviteurs et servantes qui nous ont précédé, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix. »
Les africains disent que lorsqu’un ancien meurt, c’est comme si une bibliothèque brûlait. Nos anciens contataient également, de manière lapidaire ; « Homo humus, fama fumus… » L’homme, si grand soit-il, est poussière – Son souvenir, sa réputation se dissipent peu à peu comme fumée.
Cependant il est juste, il est convenable de notre côté d’évoquer la figure du cher défunt encore si proche. C’est un devoir de piété et de reconnaissance. Aussi me permettrez-vous d’abord d’évoquer avec vous son souvenir.
Avec Lui, souvenons-nous de l’éternité de Dieu vers lequel nous allons. Enfin, souvenons-nous de Lui devant Dieu.
Le souvenir d’Arnaud de Lassus coincide avec celui des engagements nombreux et féconds.
Engagement dans le mariage et la famille.
Arnaud de Lassus a épousé le 28 octobre 1950 Agnès de Chaumont Quitry. Ils ont vécu quelques 65 ans de mariage, jusqu’au décès de son épouse, le 27 juin 2015. De ce mariage sont venus 7 enfants, dont un religieux prêtre, Dom Dysmas, Prieur de Chartreuse, ministre général de l’Ordre et une fille carmélite du couvent de Créteil, Soeur Aude de la Vierge Marie.
Puis… 28 petits enfants et 32 arrière petits enfants, dont 3 prêtres, 1 séminariste, 1 religieuse. Quelle abondance de vocations! Certes, l’appel vient de Dieu et il est authentifié par l’Eglise – mais il est aussi préparé, et « les familles sont la bonne terre qui fait germer le bon fruit des vocations » (1).
Engagement au service de la France.
Diplômé de l’Ecole Polytechnique, il servit 17 ans comme Ingénieur en chef de l’armement jusqu’en 1961. A cette date, il choisit de se tourner vers un autre service, tout aussi fructueux et fécond pour son pays.
Engagement au service de la Chrétienté.
Il collabora avec Jean Ousset à la Cité Catholique, avant de cofonder l’Action familiale et scolaire en 1979. On sait la fécondité et le rayonnement de ces deux oeuvres pour le service de Dieu, de l’Eglise, de la vérité.
Infatigable pèlerin de Chartres, il avait, à 93 ans, repris une fois encore la route, accomplissant courageusement cette démarche de foi, de prière, de pénitence, de piété filiale envers Notre Dame. Sa jeunesse, avant d’être une période de la vie, était d’abord un état d’esprit, une qualité d’âme.
Arnaud de Lassus était très engagé pour soutenir les instituts sacerdotaux et religieux. Parmi eux, l’institut de la Ste Croix de Riaumont. Une longue amitié de 50 ans le liait à vous, mon Père ; amitié née lors des congrès de Lausanne. Il rendait de nombreux services au village de Riaumont, offrant statue, croix de procession, bois de charpente… accueillant les camps scouts dans sa propriété. Il a suivi avec fidélité les épisodes joyeux ou douloureux de votre oeuvre.
Arnaud de Lassus a eu toute sa vie la passion de la verité, la faim et la soif de Dieu. Il recherchait le service humble et courageux de la verité (2), reçue puis transmise. Sa vie intellectuelle, ses nombreux travaux, son souci de former et de transmettre en sont le reflet, et le trop plein fécond. J’ai pour ma part puisé avec bonheur dans ses articles, solidement préparés et construits. Il était vigoureux dans sa pensée, et dans la dénonciation de certaines erreurs à la mode. Mais il tenait tout autant une grande et délicate charité envers les personnes. On sait (un peu) ce que ce service de la verité peut supposer de contradiction. On sait ce qu’il comporte de risques, ce qu’il exige de précision, de nuance, de bienveillance et de fermeté. Avec humilité, il acceptait de confronter sa pensée à celle des autres, faisant toujours relire et corriger ses travaux.
Il demandait peu pour lui-même, heureux de ce qu’on lui donnait ; de même il se plaignait rarement.
Ceux qui nous ont précédés dans le passage de la mort corporelle sont un rappel salutaire pour nous. Ils nous précèdent,… donc nous les suivons.
Chers proches, votre peine est bien légitime à l’heure de ce passage. Elle rejoint celle du Sauveur. Il fut touché de compassion devant la veuve de Naïm. Il pleura sur la mort de son ami Lazare et la peine des saintes Marthe et Marie. Il fut « triste jusqu’à la mort » devant sa propre mort.
A travers cette peine, il est bon de vivre de foi et d’espérance – de ne pas se laisser « submerger par la tristesse, comme si l’on était sans espérance » (St Paul, Epître). La mort n’est pas le dernier mot de la vie, elle en est l’avant dernier. Arnaud de Lassus a voulu se préparer à cet « avant-dernier mot ».
Enfin, souvenons-nous de Lui devant le Seigneur.
« Tout ce que je vous demande, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur où que vous soyez » (3). Ce sont les dernières paroles de Sainte Monique à son fils prêtre. C’est sans doute la dernière et plus chère volonté d’Arnaud de Lassus. C’est pourquoi nous offrons pour lui la Sainte Messe…
Cette messe qu’il aimait tant, et d’un amour de choix - profond et solide. Un amour « en acte » - il servait la Messe et y assistait encore aux dernieres années de sa vie terrestre. Un amour fort et lucide – il voulut défendre les raisons profondes d’un attachement légitime à la liturgie romaine en forme extraordinaire. Attachement non seulement esthétique mais doctrinal et théologique. Il citait notamment le constat célèbre du Cardinal Journet en 1975 ; " La liturgie et la catéchèse sont les deux mâchoires de la tenaille avec laquelle on arrache la foi ". Son instinct de la foi le fit s’agenouiller malgré l’infirmité lorsque je lui portais la sainte communion. Cet exemple vaut, je le crois, bien des sermons sur la réalité de la Présence du Seigneur dans le Saint Sacrement.
La communion eucharistique est mémorial de la Passion du Seigneur, plénitude de grâce dans l’âme et gage de gloire future (4). Alors nous demandons maintenant pour lui cette entrée dans la gloire, cette demeure du ciel.
« Deus lassus, loenu lassus - Dieu de là haut, daignez nous loger là-haut ! »
C’est la fière et juste devise de votre famille. Elle rejoint le chant de l’Eglise:
Recordare Jesu pie…
« O très miséricordieux Jésus,
souvenez-vous que je suis la cause de votre venue, et qu’en ce grand jour je ne sois pas perdu » (5).
« pour vos fidèles, Seigneur, lorsque la demeure de cette vie terrestre est dissoute, une autre demeure éternelle est préparée au ciel » (6).
Nous nous tournons pour finir vers la Très Sainte Vierge. « Recordare Virgo Mater, O Vierge Mère, Souvenez-vous…». Arnaud de Lassus avait envers elle une tendresse virile (7), une fidélité profonde! Il priait chaque jour le Rosaire. Il avait entre les mains le chapelet remis par le Bx Pie IX à ses ancêtres.
C’est à elle que nous vous recommandons maintenant, ô notre cher défunt; puissiez-vous voir votre Rédempteur face à face, goûter le bonheur de contempler la verité en tout son éclat, et obtenir les douceurs de la vue de Dieu (8). Ainsi-soit-il.

Références :
1. Benoit XVI, Lourdes, septembre 2008.
2. Benoit XVI.
3. Sainte Monique (+387), citée in "Confessions" de Saint Augustin.
4. Saint Thomas d’Aquin, antienne "O sacrum convivium".
5. Séquence "Dies irae" du Missel romain.
6. Préface des défunts, Missel Romain.
7. Charles, Cardinal Journet, Entretiens sur la Vierge Marie.
8. Prière auprès des mourants, Rituel Romain.




mercredi 01 février 2017

Olivier Hanne vient de publier "Le Génie historique du catholicisme"

"En perdant le catholicisme, ce n’est pas seulement le rapport au Christ qui est menacé, mais tout le rapport au monde"

20170201OlivierHanneCouv2.jpgOlivier Hanne, docteur et agrégé en Histoire, vient de publier "Le Génie historique du catholicisme". Il a bien voulu répondre aux questions du Salon Beige.

1) Votre livre est, d'une certaine façon, un antidote à la fameuse "légende noire" du catholicisme. Y a-t-il vraiment matière à être fiers de nos aïeux dans la foi ?
La légende noire de l’histoire catholique est une construction du XVIe siècle, bâtie par les Réformés et les humanistes en indélicatesse avec l’Eglise, puis relayée par les Lumières au XVIIIe siècle et enfin par les historiens républicains au XIXe siècle. Depuis un siècle, cette légende, pourtant invalidée ou nuancée par les sources, continue d’être véhiculée, en raison d’une inculture historique générale, et parce que les universitaires ne font plus leur travail de vulgarisation. Ainsi, dès les années 1990, les chercheurs du CNRS et les spécialistes d’histoire italienne ont remis en question l’image d’un pape Pie XII pro-nazi, mais cette lecture apaisée du pontificat n’atteint plus l’opinion publique.
Nos ancêtres ont assumé leur foi selon les conditions que la société, l'Histoire et la Providence leur avaient données. La juste mesure du passé est de jauger en fonction des critères moraux qui étaient les leurs. Ainsi, les critiques contre l’Inquisition paraissent singulièrement rares jusqu’au XVIe siècle, et il n’est pas sûr que les médiévaux aient considéré les inquisiteurs comme des brutes ignobles. Le pape Innocent III (1198-1216) souvent perçu comme un pontife de fer, déclenchant la 4e croisade et la croisade des Albigeois, a souvent été critiqué pour s’être fait duper par le roi de France.

2) La plus grosse erreur de l'historien est clairement l'anachronisme. Cette erreur n'est-elle pas, pourtant, la plus commune pour tous ceux qui se penchent sur l'histoire de l'Eglise pour la juger à l'aune de nos critères ?
Ce qui est difficile à envisager pour nos contemporains est de parvenir à regarder le passé sans les oeillères du manichéisme et du positivisme : non, l’Histoire n’est pas une marche ascendante vers un progrès, condamnant nos prédécesseurs à un état inférieur dans le développement humain et moral. Finalement, nous sommes restés cruellement linéaires et scientistes dans notre approche du temps, erreur que n’a jamais commise l’Eglise : à toute époque, péché et grâce se mêlent, et la modernité technique n’est jamais un gage de progrès spirituel.
Mais cette carence intellectuelle sur le passé se retrouve chaque jour dans notre analyse du monde et de la géopolitique, ainsi concernant le Moyen-Orient. L’anthropologie et la sociologie des années 1970-1980 ont envahi toute notre approche du passé : les faits n’existent que par le regard qu’on leur porte, et tout n’est que représentation et manipulation du pouvoir. Louis XIV n’intéresse l’historien que par l’image qu’il renvoie du pouvoir monarchique, et non pas par sa législation ou ses actes. Mais en niant ainsi le réel, l'intellectuel est vite prisonnier de ses propres fantasmes et de ses opinions, il devient lui aussi un instrument au service des médias : le siège d’Alep importe moins que ce qu’on en dit ; si l’Eglise développe l’action caritative au Moyen-Âge, ce n’est pas pour aider les pauvres, mais pour les contrôler, et tous les faits sont ainsi réinterprétés...

3) Votre livre est titré "Le génie historique du catholicisme". Comment, dans l'histoire, définiriez-vous l'apport du catholicisme à l'humanité en général et à l'Europe en particulier ?
L’aspect le plus évident est que le christianisme a apporté le Christ, mais il y a un apport plus spécifique du catholicisme, c’est la révélation du Christ à travers une double incarnation de civilisation : la foi intérieure et la culture gréco-latine. Le catholicisme a éduqué les peuples qu’il a convertis à l’intériorité, au retour sur soi, propice à la découverte de Dieu, mais aussi à moyen terme à l’éclosion de la conscience. Il a aussi fait fructifier la culture millénaire grecque et latine et l’a portée à son plein épanouissement à travers la philosophie, la théologie, le droit, les belles lettres, une pratique spécifique du pouvoir.

4) L'Eglise a beaucoup aidé la civilisation européenne à découvrir la dignité de la personne humaine. En abandonnant ses racines chrétiennes, l'Europe ne risque-t-elle pas d'abandonner ce souci de la dignité humaine qui a fait sa grandeur ?
Bien sûr. Le catholicisme a transmis à l’Europe un christianisme hellénisé, c'est-à-dire une foi indissociable d’une doctrine rationnelle, de l’amour de l’étude et de la connaissance, qui attachent la personne au contrôle de soi et de ses passions. En perdant le catholicisme, nous voyons combien nos contemporains ont du mal à argumenter leurs convictions, à justifier leur foi par une parole libre et raisonnable, ainsi qu’à maîtriser leurs pulsions. Ce n’est pas seulement le rapport au Christ qui est menacé, mais bien tout le rapport au monde et à soi-même.

5) La mission de l'Eglise est de transmettre la foi. Pourtant, de cette transformation est née une civilisation (et même plusieurs, car la civilisation européenne n'est pas la sud-américaine, ni la nord-américaine…). Est-ce une sorte de paganisation, comme la Réforme en a volontiers accusé la Chrétienté médiévale, ou simplement une irrigation de la foi dans tous les actes de la vie?
La Chrétienté médiévale est atteinte au XIIIe siècle lorsque le droit canon et les sacrements rayonnent dans toute la société, faisant de l’Eglise l’institution la plus normative, au sens où c’est elle qui génère les normes de la vie quotidienne, avant même les monarchies. Mais cet apogée ne dura pas au-delà du XIIIe siècle, puisque l’étape suivante fut la fondation des nations. On a peine à imaginer à quel point nous sommes loin de cette Chrétienté unitaire et universelle. A l’époque, l’identité nationale ne se pose pas : vous avez en pleine France des évêques qui sont d’origine italienne, allemande ou anglaise. A l’époque, la première marque identitaire des personnes est celle du baptême. Mais ce système social unique, garanti par la papauté, était trop vaste, trop contesté pour pouvoir durer.

6) Il est d'usage d'opposer l'Eglise et la science. Vous affirmez qu'au contraire, la science moderne doit beaucoup au catholicisme. N'est-ce pas pousser un peu loin le goût du paradoxe et de la provocation ?
Nullement, puisque l’écrasante majorité des hommes de science entre le XIe et le XVIIe siècle sont des religieux ou des clercs ; leurs recherches sont permises par leur éducation catholique, elle aussi religieuse, assurée par les congrégations ou les jésuites. Leur capacité à énoncer, critiquer et synthétiser est une compétence puisée dans l’école catholique. Le goût de l’expérimentation leur venait de la redécouverte d’Aristote et de son officialisation à travers le thomisme. Si le réel est porteur d’idées divines, alors l’observation de ce réel devient une découverte de Dieu. De la même façon, lorsque les mouvements mendiants, comme les franciscains, renoncent au couvent ou au monastère pour une vie d’itinérance, de pauvreté et de souffrance, ils expriment combien le quotidien le plus trivial est porteur de sainteté. Le XIIIe siècle est le grand siècle du réel, qui ouvre la porte sur l’expérience, et donc sur les sciences modernes.

Olivier Hanne, "Le génie historique du catholicisme" - Ed. de l'Homme nouveau, 424 pages 23,50 €




Pèlerinage 2017: découvrez l'affiche!

Le prochain pèlerinage de Chartres qui se déroulera les 3, 4 et 5 juin 2017 aura pour thème: "Sainte Marie, Mère de Dieu".
Découvez dès à présent l'affiche de cette 35ème édition:



affiche2017_HD.jpg




Dimanche 29 janvier 2017

Rappel à Dieu d'Arnaud de Lassus

Arnaud de Lassus, un chrétien tout donné pour la défense de la Foi et le service de la Vérité

20170126ArnauddeLassusB.jpgNous avons appris le rappel à Dieu, dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 janvier, d’Arnaud de Lassus Saint-Geniès à l'âge de 95 ans.
Arnaud de Lassus fut l'un des piliers de la "Cité catholique" de Jean Ousset, puis de "l'Office" ("Office international des oeuvres de formation civique et d'action culturelle selon le droit naturel et chrétien", aussi connu par l'abréviation "rue des Renaudes").
Au début des années 1980 il donna une impulsion nouvelle à "l’Action Familiale et Scolaire", en compagnie de Louis d'Anselme et d'Ennemond Beth. L'équipe de l'AFS joua un rôle essentiel dans la défense de la liturgie traditionnelle et d'un authentique catéchisme catholique, soutenant les familles qui refusaient les errements de "Pierres vivantes" et des "parcours" qui fleurirent dans son sillage.
Arnaud de Lassus a sillonné la France pendant des années pour donner conférences et entretiens et réconforter tous les petits groupes qui s'efforçaient de maintenir la transmission de la Foi. D'une grande modestie et d'un oubli total de lui-même il ne s'enquerrait pas du nombre des auditeurs qu'il allait rencontrer. Il était prêt à faire des heures de train pour une soutenir une famille ou une poignée d'amis.
Arnaud de Lassus voulait transmettre; de par sa formation d'ingénieur et son tour d'esprit il était très sensible à la pédagogie de la transmission. Il élaborait des exposés clairs, avec un plan très structuré, qui permettaient la mémorisation facile par ses auditeurs des données exposées. On se reporte encore aujourd'hui à la série des numéros spéciaux de l'AFS "Connaissance élémentaire". Dans un même souci de clarté il adoptait parmi les premiers les technologies nouvelles pour illustrer ces entretiens.
Sa curiosité intellectuelle couvrait tout le champ du savoir. Il savait parler de Saint Thomas d'Aquin comme des plus récentes tendances de l'Informatique. Il avait tissé un réseau de relations qui dépassait largement le cadre français et se rendait régulièrement aux Etats-Unis et aux Canada pour y donner des conférences.

Arnaud de Lassus, pèlerin de Chartres

Arnaud de Lassus fut un pèlerin de Chartres dès les débuts de notre pèlerinage de Pentecôte (1983). Venu l'un des premiers il était devenu le doyen de notre pèlerinage, marchant de Paris à Chartres à plus de 90 ans. Par ses enseignements, par ses écrits, par ses conseils, Arnaud de Lassus n'a cessé d'aider l'équipe de Notre Dame de Chrétienté. Nous le revoyons encore, sur nos lieux de bivouac, allant de l'un à l'autre pour prendre des nouvelles des familles et des enfants.
Arnaud de Lassus était père de 7 enfants, dont Dom Dysmas de Lassus, prieur général de la Grande-Chartreuse.

Que ce défenseur de la Foi et ce serviteur de la Vérité repose en Paix.

Notre Dame de Chrétienté présente ses condoléances à sa famille. Les obsèques d'Arnaud de Lassus auront lieu lundi 30 janvier, à 10h, à la Cathédrale Saint-Louis de Versailles.




vendredi 13 janvier 2017

Laurent Dandrieu : "Église et immigration : le grand malaise - Le pape et le suicide de la civilisation européenne"

L’identité : on y tient !

20170113DandrieuCouverture1.jpg
Sur l’identité chrétienne de la France, deux livres paraissent le même 12 janvier, ce ne peut être un hasard dans le Landernau parisien : il va s’en parler. L’un est signé par le rédacteur en chef Culture de Valeurs actuelles, Laurent Dandrieu. L’autre est le fait d’un blogueur bien connu Koz, de son vrai nom Erwan Le Morhedec. J’ai eu quelques bonnes feuilles du second et le livre du premier, livre intitulé tout simplement Église et immigration : le grand malaise (sous-titre) Le pape et le suicide de la civilisation européenne. Le travail de Dandrieu est à son image, précis, charpenté, bien écrit. Et sur un tel sujet on voit l’âme affleurer ici ou là ce qui ne gâte rien. Je ne peux pas me prononcer définitivement sur le travail de Koz, puisque, pour l’instant, je n’en ai eu que les bonnes feuilles, publiées dans La Vie. Le titre est tout un programme : Identitaire, le mauvais génie du christianisme. Dans les textes que nous tenons en main, rien n’est fait pour définir l’adjectif « identitaire ». On a l’impression simplement qu’« identitaire » signifie « d’extrême droite » (pouah !), raciste (beurk) ou racialiste. Comme si l’identité était une question de couleur de peau ou d’engagement politique. Autant appeler les racistes… des racistes, et les « fascistes »… des diables ! Mais un livre ou une pensée qui parle d’identité, qui essaie de la définir, c’est tout simplement un livre qui s’enquiert du fond de notre cœur, un livre qui parle de tout ce qui était en nous avant nous. Faudra-t-il dire que cette démarche « identitaire » participe au « mauvais génie du christianisme » ? Koz ne distingue pas diverses formes d’attachement identitaire. Pour lui, au-delà du racisme ou du racialisme, l’expression « France chrétienne » semble ne plus avoir de sens. Je cite : « Est-il donc vraiment manifeste, dans ses débats, ses positions, sa culture contemporaine, que la France soit chrétienne ? » Et je réponds à la mise en question de Koz : mais oui, dans ses débats, aujourd’hui, la France est chrétienne. Elle est sans doute chrétienne sans le vouloir. Son christianisme est dévoyé. Elle mélange la justice sociale et la miséricorde spirituelle. Elle dit aux homosexuels qui se marient : « Qui suis-je pour juger ? » Je ne sais pas ce que sera la France dans un siècle, musulmane peut-être. Mais aujourd’hui, la politique de la France est faite des « vertus chrétiennes devenues folles ».Le Morhedec continue : « À la vérité, cette affirmation ne tient que par référence à une France fictive, théorique, entité séparée des Français, susceptible de rester chrétienne, quelles que soient l’évolution effective du pays et la politique menée ». Et là encore, il se trompe : cette France fictive qu’il veut dézinguer, cette France idéologique, elle n’existe plus depuis longtemps. Ce qui existe, avant nous et en nous que nous le voulions ou non, c’est une France qui nous a donné des réflexes chrétiens. Allons, citons un nom que l’on trouve dans la topographie de beaucoup de villes françaises : Jean Jaurès. Le socialisme de Jaurès, c’est du christianisme laïcisé, comme celui de Mélenchon ! N’allons pas plus vite que la musique, pour ne pas en oublier nos responsabilités présentes : la France aujourd’hui demeure chrétienne, elle ne l’est pas forcément comme nous voudrions peut-être qu’elle le soit, de façon confessionnelle. Mais la vague identitaire qui retrouve, au cœur des Français, ces fondamentaux, peut en mener beaucoup (et plus qu’on ne l’imagine) devant l’autel, j’en suis, en tant que prêtre, le témoin.

Dandrieu : vertus chrétiennes redevenues sages


C’est au fond de ce point de vue, foncièrement raisonnable et simplement réaliste, que se place Laurent Dandrieu. C’est en tant que chrétien, qu’il s’élève contre les vertus chrétiennes devenues folles. Pour lui, comme pour Pascal, comme pour Descartes, comme pour Montaigne, si l’on veut bien se souvenir des grands esprits français, il y a deux ordres différents : l’ordre de la gestion et du calcul, qui est intrinsèquement raisonnable et au nom duquel on mène une politique, et l’ordre de la charité, qui procède de la foi. Dans un très beau prologue, il pose, au nom de l’immigration sans frein, la question de la survie d’une civilisation européenne qui pourrait se détruire à force d’ouverture à l’autre : « Cet universalisme-là, qui pousse l’amour de l’autre jusqu’au mépris des siens, n’est pas plus conforme au véritable esprit catholique qu’il ne l’est à la nature humaine. Comme les êtres humains, les civilisations ont un légitime instinct de survie ; s’il leur arrive de prendre conscience qu’elles aussi sont mortelles, elles savent également qu’elles représentent un apport unique et irremplaçable au trésor de l’humanité, et qu’il est de leur devoir de le faire vivre aussi longtemps qu’il est en leur pouvoir. L’Europe, qui inventa l’idée même de civilisation et qui est la société particulière dans laquelle s’est incarné le judéo-christianisme, par laquelle il a accédé concrètement à l’universalité en se répandant dans le monde entier, le sait plus que toute autre civilisation ».

Abbé G. de Tanoüarn

Laurent Dandrieu, Église et immigration, Le pape et le suicide de la civilisation européenne, Presses de la Renaissance 288 p., 17,90 €.




jeudi 12 janvier 2017

Dans un monde qui change retrouver le sens du politique

Dans un monde qui change retrouver le sens du politique (1)

20161015CEFPolitiquecouverture.jpg"Renaissance catholique" - n°144

Il me faut bien avouer que la perspective de devoir lire cette dernière production du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (C.E.F.), composé de dix évêques – sur la petite centaine que compte la France –, ne m’enchantait guère : manquant de temps pour lire, j’eusse préféré sélectionner quelque chose de roboratif, plutôt qu’une œuvre qui risquait fort de n’être qu’un énième discours creux, sirupeux, empli de « bons » sentiments et de « prêchi-prêcha » dignes des années 70, le langage lui-même n’ayant pas varié (2), bien éloigné de la syntaxe, de la concision et de la beauté native de notre langue. Je m’y suis néanmoins mis…

Pour quelle raison ce texte fut-il écrit ?

Sans doute venait-il en compléter un autre, publié par le même Conseil permanent de la Conférence des évêques de France en juin 2016 et intitulé 2017, année électorale : quelques éléments de réflexion, dont la conclusion vaut la peine d’être citée : « Pour celles et ceux qui ont foi en Dieu et qui vivent dans la communion au Christ, les difficultés que nous rencontrons ne sont pas un appel au renoncement. Au contraire, elles nous acculent à investir toutes nos capacités pour construire une société plus juste et plus respectueuse de chacun. Cela s’appelle l’espérance. »
Belle conclusion s’il en est. Quoique sur l’Espérance, mes maîtres en avaient donné une autre définition (3) : « L’Espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. » Ainsi, l’Espérance nous fait désirer le Royaume de Dieu et la Vie éternelle, à cause des mérites et promesses de Jésus-Christ.
Deux aspects sont donc particulièrement à retenir : l’Espérance est le désir du Ciel, dans lequel gît notre bonheur, désir s’appuyant sur Jésus-Christ et ses mérites, qui, vrai homme et vrai Dieu, ne peut ni se tromper, ni nous tromper. Ne pas renoncer face aux difficultés et « investir toutes nos capacités pour construire une société plus juste et plus respectueuse de chacun », quand bien même cet appel ne s’adresserait qu’à ceux qui n’ont pas la foi, ne me semble pas correspondre exactement à la définition de la vertu surnaturelle d’Espérance. Il est vrai que cette vertu présuppose la Foi. C’est peut-être ici que le bât blesse régulièrement : d’un évêque, on attend principalement qu’il enseigne la Foi, puis la morale qui en découle naturellement. C’est un euphémisme de dire que depuis plusieurs décennies, la Foi n’est plus guère enseignée par les évêques, et si leurs interventions dans les medias sont toujours plus nombreuses, on a le sentiment diffus que c’est toujours « à la remorque » de quelqu’un d’autre, d’un événement, etc., comme si, avant tout, ils n’avaient rien à dire, rien à enseigner, rien à corriger.
Que penser de cette citation (p. 33) ? : « La grande injustice – qui devrait être davantage la priorité absolue de notre vie en société – est le chômage. » Il ne viendrait à personne l’idée de penser que le chômage est un bien… Mais n’eût-on pas pu citer d’autres maux. Que sais-je ? L’avortement ? La perte de la foi ? La justice et la charité dans les relations de travail et de commerce ? Non ! Pour les auteurs, c’est le chômage. Dommage, parce qu’en ce domaine, ils n’apportent rien : tout le monde sait que le chômage est un mal… En revanche, les mêmes auraient pu expliquer les causes qui l’ont engendré – le mépris de la doctrine sociale de l’Église, par exemple…mais c’est une simple suggestion –, rappeler la doctrine de Jésus-Christ et de Son Église sur le respect de la vie, de la famille, etc. De fait, ce sont des domaines qui sont moins familiers à nos contemporains et où ces maîtres de doctrine que sont les évêques avaient leur mot à dire !
Dans ce texte d’octobre, on ne peut nier que certains des constats qui sont faits de l’état général de la société française ne soient conformes à la réalité : défiance à l’égard du personnel politique, sentiment que rien ne peut changer, que l’on est prisonnier de cet état de fait, que l’influence des médias est grandissante (4), etc., mais des successeurs des Apôtres, on était en droit d’attendre autre chose que la répétition habituelle de ces poncifs. Ce qui me réveilla de la torpeur dans laquelle ce texte commençait à me plonger en répétant médiocrement ce que Le Figaro ou Le Monde exposent régulièrement, c’est la conclusion du chapitre intitulé Ambivalence et paradoxes : « Le contrat social, le contrat républicain permettant de vivre ensemble sur le sol du territoire national ne semble donc plus aller de soi. Pourquoi ? Parce que les promesses du contrat ne sont plus tenues. Il a besoin d’être renoué, retissé, réaffirmé. Il a besoin d’être redéfini. » Deux réflexions jaillirent de mon esprit : de quoi se mêlent-ils ? Et qu’est ce contrat social dont ils parlent ?

De quoi se mêlent-ils ?

On a bien là une expression du cléricalisme exacerbé dont le peuple chrétien est victime depuis soixante ans ans ! L’évêque doit avoir soin du bien commun de son troupeau, chrétien ou pas d’ailleurs : il est l’évêque de ceux qui ont la Foi, et de ceux qui ne l’ont pas encore. Pour cela, il doit veiller à ce que tous puissent jouir des secours surnaturels dont le peuple a besoin pour parvenir à sa félicité éternelle, et, par conséquent, doit se préoccuper du bien commun temporel, de telle sorte que l’État, par ses lois, par son action en faveur du bien commun temporel, facilite ou, au pire, ne mette pas d’obstacle, à l’action de l’Église.
Or lorsque les évêques se mêlent directement de la manière dont l’État organise son action, ils sont hors de leurs compétences (5) : « L’Église ne prétend aucunement se substituer aux puissances de la terre, qu’elle-même regarde comme ordonnées à Dieu et nécessaires au monde (...) Elle ne s’ingère pas à la légère à tout propos dans l’examen des questions intérieures du gouvernement public. »
Ce qu’ils affirment, dans ce texte invraisemblable, c’est que la démocratie est l’Alpha et l’Oméga de l’organisation politique des États, et pire encore, que la base de cette démocratie se situe dans le contrat social cher à Rousseau.
Il n’est pas possible ici de dire à quel point ce texte s’éloigne de la Doctrine sociale de l’Église, en particulier en prétendant que la société humaine n’existe pas en raison de la nature humaine telle que Dieu l’a voulue, mais comme conséquence d’un « contrat » entre les composants de cette société. « Les promesses du contrat ne sont pas tenues. » Quelles promesses ? La félicité temporelle ? Quelle surprise ! Comme si un système d’organisation politique, quel qu’il soit, était en mesure de la procurer infailliblement. Et quelle est donc la solution suggérée par le Conseil permanent ? (6) Un contrat social à repenser…Tiens donc !
« Les conditions de vie en société ne correspondent plus à ce que les individus espéraient. Dans une société où l’individu et non le collectif est devenu la référence, il y a un sentiment de déception vis-à-vis de l’État-providence qui n’arrive pas à satisfaire les attentes. »
Mais qu’espéraient ces individus ? Pour un chrétien, et a fortiori un évêque, on sait que l’objet de l’espérance, c’est le Ciel ! Et le chrétien sait aussi que son livre de chevet, c’est la Croix. Et on sait aussi que l’État, même s’il est appelé « État-providence » ne peut procurer un tel bien, tout au plus contribuer à l’obtenir. Léon XIII demanda le ralliement à la république… mais l’Église était encore l’Église, l’État, l’État, et chacun savait quelle était la place de l’autre, même s’il arrivait d’empiéter occasionnellement dans le domaine voisin.
Avec ce texte, une étape est franchie : la C.E.F. semble bien devenir un think-tank, comme on dit en mauvais français, un réservoir d’idées destinées à ceux auxquels il appartient de gouverner, indépendamment de toute poursuite du bien commun (7) surnaturel.
Mais il faut bien constater, à la lecture des productions des autres « réservoirs à idées » qui gravitent autour de la chose politique, que ces réflexions épiscopales sont très indigentes, et c’est un euphémisme et il est à craindre qu’elles n’aient aucun retentissement, ni chez les chrétiens, ni chez les autres ! Et je me prends à penser que c’est une bonne chose.
Plusieurs points sont remarquables dans ce texte, qu’il faudrait presque analyser ligne à ligne.
Le premier c’est la ligne naturaliste tenue de bout en bout : on a la sensation très nette qu’il y a une césure entre le domaine temporel et le domaine spirituel, ce dernier n’étant là que de manière accessoire, comme une partie du premier, pour faire, ici et là, quelques pieuses suggestions. Comme le disait, fort justement, un commentateur, avec ce texte (8), on est passé du ralliement à la soumission : « C’est une reddition sans condition. »
Le deuxième point, c’est l’économie de la Royauté sociale du Christ, qui aboutit nécessairement à cette insondable vacuité du discours épiscopal : l’Église n’a pas vocation à régir les États, pas plus qu’elle n’a vocation à être un corps social comme un autre au milieu des États : elle a les paroles de la vie éternelle, elle est maîtresse de doctrine et de Vérité.
Elle sait ce qu’il faut faire et éviter pour parvenir au Ciel, et les hommes de tous les temps, même inconsciemment, attendent d’elle qu’elle enseigne. Le troisième point, c’est l’indigence : ce texte reste à la surface des choses, l’analyse est erratique, les réponses naturalistes, creuses constituent un bla-bla sociologique privé de toute considération surnaturelle.

De qui a-t-on peur ?

En clair, les rédacteurs ont-ils encore la Foi, ou sont-ils si pusillanimes qu’ils passent leur temps à rougir, pour ne pas fâcher le Pouvoir, fondé sur les principes de la révolution française, les fameux « droits de l’homme sans Dieu » de Madiran ? Mais enfin, disons les choses ! Les chrétiens n’attendent que cela : Jésus-Christ est Dieu, il est le seul salut pour tous les hommes de tous les temps et, ici-bas, seules les lois et les organisations sociales inspirées par Lui apporteront la félicité et le bonheur, en ce monde et en l’autre.
Qu’attend-on pour le dire, le redire, à temps et contretemps ! Parlons du Bon Dieu, en arrêtant de penser que c’est ringard et que personne n’écoute ! C’est là que gît le drame : certains écoutent encore, mais à force d’entendre le discours lénifiant et pour tout dire niais, même ceux-là n’entendront plus.
N’est-ce pas l’esprit des Béatitudes (9) : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Vous êtes le sel de la terre ; mais si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors pour être foulé aux pieds par les hommes. » Il est toujours là le temps des martyrs : le père Hamel l’a montré, et les chrétiens d’Orient avec lui, depuis des siècles.
Et il me revient en mémoire ce dialogue entre saint Basile de Césarée et le préfet du prétoire, un arien du nom de Domitius Modestus, qui menaçait des pires supplices l’évêque orthodoxe :
« Quoi ? s’écria-t-il, tu ne crains pas mon pouvoir ?
« — Pourquoi craindrais-je ? Que peut-il m’arriver ? Que puis-je avoir à souffrir ?
« — Ce que tu souffriras ? Quelqu’un des châtiments que j’ai le pouvoir d’infliger.
« — Lequel ? Fais-toi comprendre.
« — La confiscation, l’exil, la torture, la mort.
« — Fais-moi d’autres menaces. Aucune de celles-ci ne me touche.
« — Comment ?
« — Parce que la confiscation ne peut atteindre celui qui n’a rien, à moins que tu n’aies envie de ces vêtements usés et de quelques livres, qui font toute ma richesse. L’exil ne m’effraie pas davantage : je n’appartiens à aucun lieu : cette terre où je suis n’est pas mienne; en quelque pays que je sois mené, j’y serai chez moi. Pour mieux dire, je sais que toute la terre est à Dieu, et je me considère partout comme un étranger et un pèlerin. Quant aux tourments, ils ne m’importent guère : mon corps est si frêle, que le premier coup l’abattra. La mort me sera un bienfait : elle m’enverra plus vite à Dieu, pour qui je vis, que je sers, pour qui je suis déjà à demi-mort, et vers qui j’ai hâte d’aller.
« — Personne jusqu’à ce jour, dit le magistrat stupéfait, ne m’a parlé avec une telle liberté.
« — C’est que peut-être, répondit Basile, n’as-tu jamais rencontré un évêque. Tout autre t’eût parlé et résisté comme moi. »

Qu’attend-on, aujourd’hui comme hier, d’un évêque ?

Écoutons encore l’apôtre du règne social du Christ (10) : « Episcopus ego sum : JE SUIS EVEQUE. A ce titre, je suis parmi vous le consul de la majesté divine, l’ambassadeur et le chargé d’affaires de Dieu. Si le nom du Roi mon Maître est outragé, si le drapeau de Son Fils Jésus n’est pas respecté, si les droits de Son Église et de Son sacerdoce sont méconnus, si l’intégrité de Sa doctrine est menacée : JE SUIS EVEQUE, donc je parlerai, j’élèverai la voix, je tiendrai haut et ferme l’étendard de la vérité, l’étendard de la vraie liberté, qui n’est autre que l’étendard de la foi, l’étendard de mon Dieu. Les pusillanimes pourront s’en étonner, les esprits d’une certaine trempe pourront même s’en scandaliser. »
C’est cela la vraie Charité politique, la vraie recherche du bien commun, qui chez nous porte un nom : Jésus-Christ. Constat bien sévère direz-vous ? Mais c’est précisément la Charité qui nous presse, pour les évêques qui doivent être soutenus de nos prières, et auprès desquels, sans aucun doute, nous pouvons manifester nos attentes, afin que, lors de leur prochaine publication, on puisse lire un nouveau titre : « Dans un monde qui change, retrouver le sens de Dieu »

Notes
(1) Bayard, Mame, Cerf, 96 p., 4 €
(2) p. 42 : « (…) prendre la mesure de la richesse que des identités plurielles peuvent lui apporter en faisant émerger les liens d’unité au cœur même de cette diversité. » ou p. 49 : « Comment faire émerger un «nous» qui n’élimine pas le «je» mais lui donne toute sa place. » Si un lecteur comprend, prière de donner l’explication à Renaissance Catholique qui transmettra…
(3) Catéchisme de l’Église catholique, n. 1817… ou encore plus clairement, avec le catéchisme de saint Pie X : « L’Espérance est une vertu surnaturelle, infuse par Dieu dans notre âme, par laquelle nous désirons et nous attendons la vie éternelle que Dieu a promise à ses serviteurs, et les secours nécessaires pour l’obtenir. »
(4) § 2- « une société en tension »
(5) Cardinal Pie, Lettre à M. le ministre de l’instruction publique et des cultes.
(6) Je veux croire que le texte n’émane que de ces dix évêques, et pas de l’ensemble de la hiérarchie épiscopale
(7) Lequel n’est d’ailleurs pas une seule fois défini dans ce texte.
(8) Joël Hautebert dans L’Homme Nouveau, 31 octobre 2016 dont je partage en tous points l’analyse.
(9) Mat. V, 11-13
(10) Cardinal Pie, Discours à l’occasion de l’intronisation solennelle en la cathédrale de Poitiers, 8 décembre 1849.




Les "Valeurs" : ne pas se laisser piéger par la subversion des mots

20170112RobertRedeker2.jpgFIGAROVOX. - Le mot «valeur» est partout en politique. On parle sans cesse des valeurs de la République. Qu'y a-t-il derrière l'omniprésence de ce mot?

Robert REDEKER. - Pas grand-chose de consistant. Les valeurs ne sont ni des idées, ni des concepts, ni des principes. L'invocation politique rituelle des valeurs est une mode très récente. Plongez-vous dans la littérature politique d'il y a une trentaine d'années seulement, écoutez les discours d'alors, vous constaterez l'absence de ce recours obsessionnel aux valeurs. Au lieu de révéler ce que l'on pense, le mot valeur le dissimule. Pourquoi? Parce qu'il est aussi vague qu'abstrait. Il peut aussi cacher que l'on ne pense rien du tout, que l'on n'a pas de conviction arrêtée, justifier tous les revirements. Le même Premier ministre peut au nom des valeurs user et abuser du 49.3 avant de mettre à son programme présidentiel la suppression de ce 49.3 pour honorer ces valeurs!
De trop nombreux politiciens sombrent dans l'illusion suivante: les valeurs sont les buts de l'action politique. Pourquoi faire de la politique? Pour les valeurs! C'est-à-dire pour du vide! Funeste erreur! On fait de la politique pour la nation, pour la France, pour le peuple, pour le social, pour l'histoire, jamais pour des valeurs. Les valeurs ne constituent ni la réalité d'un peuple ni un projet de société, ces objets de la politique. Elles sont trop inconsistantes pour définir un projet de cette nature. Les valeurs ne sont que le cadre à l'intérieur duquel la politique peut se déployer. Elles ne sont pas un programme, elles sont des bornes. Les valeurs sont hors politique, elles sont extra-politiques. Loin d'avoir affaire aux valeurs, la politique rencontre les projets, les réalités et, par-dessus tout, la nation et le souci du bien commun.

À gauche particulièrement, ce mot est dans toutes les bouches...

La rhétorique creuse des valeurs est le linceul dans lequel a été enveloppé le cadavre de la gauche. C'est une thanatopraxie, le maquillage du cadavre. Cette fatigante psalmodie sur les valeurs évoque les récitations funéraires. C'est parce qu'elle est morte, parce qu'elle n'a plus rien à dire, plus rien à proposer pour l'avenir à partir de son passé (le socialisme), que la gauche se gargarise, de tréteaux en tribunes, avec les valeurs. Les valeurs fournissent la matière d'une péroraison se substituant aux défuntes promesses de socialisme (le progrès social, l'émancipation dans et par le travail). La thématique des valeurs est le dispositif que la gauche a bricolé pour basculer de la défense des classes populaires («les travailleurs» comme, elle disait d'un mot que symptomatiquement elle n'emploie jamais plus) vers celle des minorités sexuelles et ethniques. La gauche a abandonné son projet social (réaliser la justice économique) pour lui substituer un projet anthropologique (l'exaltation des différences sexuelles et culturelles). Le discours sur les valeurs a permis de prendre ce virage. Autrement dit, l'invocation des valeurs est le moyen trouvé par la gauche pour abandonner les classes populaires. L'extrême-droite récupère la mise. Dernier point: ce discours sur les valeurs est aussi l'instance qui la dispense la gauche du devoir d'inventaire. La ridicule prestation de Ségolène Royal aux obsèques de Fidel Castro est, à cet égard, pleine d'enseignements: la gauche ne parvient pas à condamner totalement certaines dictatures sanguinaires, donc à liquider l'inventaire, parce que celles-ci ont prétendu s'appuyer sur les idéaux (l'égalité, la justice, le partage, etc.…) dont elle se veut le bras armé.

Lors de la primaire de la droite, les électeurs étaient invités à signer la charte des valeurs de la droite et du centre. Pour exprimer leur souhait que la droite retrouve son identité, beaucoup évoquent la «droite des valeurs». Est-ce le bon chemin que la droite emprunte?

Je réponds en trois temps. D'une part, la droite s'est laissé imposer par une gauche pourtant en coma dépassé l'obligation d'en appeler sans cesse aux valeurs. Par la reprise de cette thématique, la droite se croit obligée de répliquer aux accusations permanentes d'anti-républicanisme et au soupçon larvé de racisme, de fascisme, voire d'inhumanité, que la gauche fait peser sur elle. Nous avons dans ce soupçon et dans la propension de la droite à y répondre, l'ultime résidu de feu l'hégémonie idéologique de la gauche. Mieux: la dernière métastase de l'antifascisme. D'autre part, évoquer des «valeurs de droite» revient à les relativiser. Le relativisme pointe le bout de son nez dès que l'on latéralise politiquement les valeurs. Si des valeurs existent, elles sont universelles. Il est plus pertinent de parler d'idées et de programmes de droite ou de gauche.
À ces deux remarques il faut ajouter une précision. Les valeurs ne sont pas le contenu de l'action politique, mais ses frontières. Elles ne disent rien de positif, elles tracent des limites. Elles définissent un intérieur et un extérieur. La laïcité, par exemple, que l'on hisse au statut de valeur, est une telle frontière: elle exprime une limite à ne pas dépasser dans l'expression publique d'un sentiment religieux. À l'image de toutes les valeurs elle fonctionne comme le démon de Socrate: une voix intérieure qui dit non. Ainsi de toutes les valeurs. Ces frontières s'imposent à la droite comme à la gauche.

Une civilisation est-elle définie par des valeurs, des coutumes, des attachements?

Pas uniquement. Les aspects dont vous parlez procure à l'existence collective d'un peuple sa couleur, sa particularité. Si on se limite à ces aspects, on parlera plutôt d'une culture. La culture, toujours particulière, toujours bornée, toujours nationale, est le terreau à partir duquel une civilisation peut germer et se développer. Une civilisation se définit par ce qu'elle donne au monde, et qui est pourtant marqué du sceau de la culture qui la nourrit. La France donne au monde, entre autres choses, Molière et Stendhal, dont les œuvres n'auraient pu voir le jour ailleurs. Elle donne au monde son architecture, sa musique, ses savants, et même sa gastronomie… C'est le don irremplaçable, insubstituable, qui définit une civilisation plutôt que seulement ses valeurs et coutumes.

(...) L'histoire est faite de mots comme la nation ou la République qui sont davantage des êtres voire des personnes morales et fictives que des concepts ou des idées. Diriez-vous que l'abus du mot «valeur» traduit une certaine impuissance du politique, qui n'est plus en prise avec le réel?

Guettée par le relativisme, souvent thanatopraxique, la péroraison sur les valeurs fait oublier l'essentiel, qui est ceci: le but de la politique est d'assurer la survie d'un peuple dans la durée malgré les vicissitudes et selon le souci du bien commun. La République est une structure politique, qui dans notre histoire s'est appelée tantôt monarchie, tantôt empire, ou tantôt «république» (au sens de démocratie). La nation est l'âme de cette structure. C'est une âme qui survit à chaque vie individuelle qu'ainsi qu'aux différents états de la République (les régimes politiques). C'est aussi une âme fragile, qui peut disparaître si on ne la nourrit pas (par la transmission). Qu'est ce que l'éducation publique sinon une forme de transmigration de cette âme, la nation, qui renaît de génération en génération? L'éducation est bel et bien une métempsychose politique. Le but final de la politique est la continuation de la nation dans son originalité irremplaçable par-delà l'existence et les intérêts de chacun. C'est de cela bien plus que des valeurs que gauche et droite doivent parler.




Lundi 09 janvier 2017

Chanter notre Foi et notre enracinement : le carnet de chants du chapitre Sainte Madeleine

20170109CarnetChantsSteMadeleine.jpgDurant les trois jours du pèlerinage nous chantons des cantiques et des chants de marche. Ces chants nous aident à exprimer notre Foi, et partager notre joie comme nos peines. Le chant allège le poids de la route, il fait oublier les ampoules et la fatigue. Le chant nous unit aux autre pèlerins, nous communions dans la beauté simple des paroles et de la mélodie.

Alors pourquoi ne pas continuer ? Pourquoi ne pas s'entraîner pendant 362 jours avant la Pentecôte, ou à l'inverse pourquoi ne pas prolonger nos chants du pèlerinage pendant 362 jours après notre retour de Chartres ?

C'est ce que va nous permettre le Carnet de chants réalisé par le chapitre Sainte Madeleine.

Dans un format pratique, pour le prix modique de 10 euros, il réunit 373 pages de chants religieux, de chants de Chrétienté, de chants de marche, de chants de veillée.

A commander directement sur le site de la boutique de l'abbaye Sainte Madeleine.




mercredi 28 décembre 2016

Le Pèlerinage de Chartres, pour préparer la Chrétienté

Dans le sillage et la fidélité aux inspirateurs et aux fondateurs du Pèlerinage : André Charlier, Gustave Thibon, Dom Gérard, Jean Madiran, l'abbé Denis Coiffet ...

Notre Dame de Chrétienté doit devenir « un centre de recrutement pour les avant-postes», parce que l’Eglise a besoin de pèlerins intellectuellement et spirituellement formés pour être « les témoins des choses qui demeurent »
(Appel de Chartres n° 205)




mardi 27 décembre 2016

"Demandons à ceux qui se présenteront aux élections le respect absolu des valeurs non négociables"

20161227PereDomini2.jpgExtrait de l'homélie du père Bernard Domini, modérateur de la Famille Missionnaire de Notre Dame lors de de la première journée de la fête de Notre Dame des Neiges :

"(...) Saint Jean-Paul II, dans l’Encyclique sur la vie en 1995, avait parlé du grand obscurcissement des consciences : le mal est appelé bien ! En 1975, l’avortement était un moindre mal. Il est devenu un droit ! Saint Jean-Paul II a été très énergique pour dire que l’avortement était toujours le meurtre d’un innocent. Aujourd’hui sont condamnés, non pas ceux qui recourent à ce crime, mais ceux qui veulent faire découvrir aux mamans que recourir à l’avortement, c’est tuer l’enfant qu’elles portent en elle. N’ayons pas peur de dire à toutes les mamans : on vous trompe en vous parlant du droit de disposer de votre corps et du droit à l’avortement ! L’enfant que vous portez en votre sein maternel n’est pas votre corps. Il est, certes, en votre corps, il a été conçu en votre corps à partir d’un ovule, qui a mûri en votre corps, mais il est un être distinct de vous, il est une personne, corps et âme spirituelle, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Lorsqu’après l’avortement, la maman s’aperçoit qu’elle a tué son enfant, elle est torturée par le remords du syndrome post-avortement que, seul, le pardon de Dieu peut guérir.
Je voudrais redire aux mamans qui souffrent de ce syndrome, à la suite de Saint Jean-Paul II et de notre Pape François : ne vous découragez pas, vous qui avez recouru à l’avortement, mais venez demander le pardon de Dieu à un prêtre, ce pardon vous sera donné ! Avec vous, désirons le triomphe du Cœur Immaculé de Marie pour vivre en un monde renouvelé, transformé par la grâce de Dieu, où cessera enfin la plus grande guerre mondiale, la guerre contre l’enfant, qui a déjà tué légalement 2 milliards d’innocents. Le triomphe du Cœur Immaculé, c’est aussi votre réconciliation avec Dieu et avec vos enfants avortés qui vivent dans le Seigneur ! Désirer le triomphe du Cœur Immaculé, c’est désirer enfin ce monde où l’euthanasie et tous les attentats contre la vie seront bannis. De tels désirs sont-il réalisables ? Oui, c’est le plan de Dieu !
Il existe encore un mal plus grand que celui de tuer le corps, nous a dit Jésus : c’est le mal de celui qui peut tuer l’âme. En nos temps, les pornocrates, inspirés par Satan et les démons, sont à l’œuvre pour tuer les âmes par la pornographie et la drogue. Qui s’opposera à cette entreprise infernale ? Quel homme politique courageux s’opposera-t-il enfin aux cultures du plaisir et de la mort, à la défiguration de l’amour, à la déconstruction du mariage et de la famille, à la désacralisation de la vie ? La France ne sera vraiment convertie que lorsque seront abolies les lois civiles contraires à la Loi de Dieu. En ces temps qui nous préparent aux élections présidentielles et législatives, soyons courageux pour aller à contre-courant et pour oser demander l’abolition de la Loi Taubira, de la Loi Veil et de la Loi Neuwirth. Ces lois ont été préparées en loges maçonniques. Le docteur Pierre Simon le dit explicitement dans son livre « de la vie avant toute chose ». Ces lois, avec les lois de bioéthique n’ont pas fait progresser la France mais l’ont fait gravement régresser ! Elles contribuent à tuer son âme, mais la Fille aînée de l’Eglise n’est pas encore morte ! Désirer le triomphe du Cœur Immaculé de Marie, c’est désirer l’abolition de toutes les lois contraires à la Loi de Dieu. Au-dessus des lois de la république, se trouve la Loi naturelle dont l’uniquement fondement est Dieu ! Demandons à ceux qui se présenteront aux élections le respect absolu des valeurs non négociables. Ces valeurs devraient faire partie des valeurs de la république parce que la transgression de ces valeurs entraîne nécessairement le non respect des droits de l’homme (...)"




mercredi 21 décembre 2016

Où sont passés les principes non-négociables

20161217Homme_Nouveaup24JHautebert.jpgUn article de Joël Hautebert paru dans "l'Homme Nouveau" (n° 1628 du 17 décembre 2016)

nota : le site de Notre Dame de Chrétienté a consacré de nombreux billets aux "points non-négociables". Voir en particulier ici. Les points non-négociables ont été le thème de nos pèlerinages en 2011 ("L'Evangile de la Vie"), en 2012 ("Famille, berceau de Chrétienté") et en 2013 ("L'education, chemin de sainteté").

Pour télécharger l'article au format pdf cliquer sur l'image.

Dans les débats qui ont alimenté les récentes primaires de la droite les déclarations des candidats en lice ont mis à jour la perte de référence aux principes non-négociables énoncés par le pape Benoît XVI en 2006. Si le monde politique semble s’écarter toujours plus de la loi naturelle, l’électorat catholique semble, résigné, lui emboîter le pas d’autant que certains pasteurs appellent ou pratiquent le compromis.

Lors des dernières élections présidentielles et législatives, les principes non-négociables étaient au cœur des débats internes à l’électorat catholique. À quelques rares exceptions près (abbé Grosjean, le site infocatho…) cette thématique brille aujourd’hui par son absence. Cette inquiétante éclipse mérite que l’on en recherche les causes, que nous allons tenter de discerner en explorant deux voies distinctes. Tout d’abord celle d’un nouveau contexte politique, puis celle d’une désorientation des catholiques résultant d’une pastorale dont l’assise doctrinale apparaît confuse.
Au sujet du contexte politique, l’enjeu des prochaines élections porte principalement sur la volonté et la capacité des futurs gouvernants d’abroger certaines lois récemment votées, ainsi que de limiter la progression de la culture de mort et de la révolution anthropologique. Lors des précédentes élections, la crainte fondée d’un emballement de ce processus révolutionnaire animait les débats. Étant donné que le quinquennat de François Hollande a parfaitement répondu aux inquiétudes que son programme suscitait, il conviendrait, peut-être, de mettre à jour ces principes, évoqués par le cardinal Ratzinger dans une note doctrinale publiée le 24 novembre 2002 (1), puis rappelés dans un discours du même devenu pape Benoît XVI, prononcé le 30 mars 2006. Dans ce dernier discours le pape précisait que l’Église catholique « accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd’hui de manière claire : la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle ; la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille – comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage – et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ; la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants ».
Autant le dire tout de suite, ces principes non-négociables demeurent d’une brûlante actualité, si l’on songe à l’euthanasie et au délit d’entrave numérique à l’avortement (point 1), à la dénaturation du mariage et à la filiation (point 2) et enfin à l’enseignement du Genre à l’école (point 3). S’ils ne peuvent (et ne doivent pas) constituer à eux seuls une doctrine ou un programme politique, ils fixent une priorité dans l’engagement politique et les choix électoraux. Sont en effet en jeu, selon la note de 2002, des « principes moraux qui n’admettent ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis ». Puisque ces critères se caractérisent par leur objectivité morale et leur intemporalité, on ne voit donc pas comment le contexte politique français pourrait altérer leur opportunité. Inutile d’aller plus avant dans cette direction.
La seconde explication envisagée concerne le profond désarroi régnant aujourd’hui au sein du monde catholique, inhibé dans l’affirmation des repères doctrinaux traditionnels, parmi lesquels se rangent les principes non-négociables. On en veut pour preuve, le dernier texte publié par la Conférence des évêques de France sur la politique (2) qui ne les mentionne aucunement et incite au contraire au compromis.
Un évènement récent survenu au Mexique démontre que les catholiques français ne sont pas les seuls concernés. Alors qu’une partie de l’épiscopat mexicain s’est courageusement engagé contre la dénaturation du mariage, le nouveau nonce, Mgr Franco Coppola, à peine arrivé, a invité les catholiques à dialoguer plutôt qu’à manifester. Interrogé sur sa position au sujet de ces unions homosexuelles, il répondit ceci : « Je peux répondre avec la doctrine de l’Église, mais ce n’est pas la réponse qu’en tant que pasteur je dois donner » (3). Ainsi, au nom de « l’accompagnement » et de « cheminement » des homosexuels vers la foi, mieux vaut baisser le ton et déserter le champ politique alors que l’institution familiale elle-même est en jeu. C’est oublier bien vite que la loi est un levier majeur en vue du bien commun, et par conséquent du bien moral et spirituel des citoyens. Lorsqu’une institution majeure du droit naturel est visée ou lorsqu’il s’agit de légaliser un acte intrinsèquement mauvais, la « loi » démultiplie les risques d’enracinement dans le péché. À cela s’ajoutent les graves conséquences morales de la collaboration à ces actes, à laquelle sont soumis de nombreux citoyens, de par leur fonction ou leur métier. Les propos du nonce, revendiquant un langage pastoral explicitement dissocié de la doctrine, subvertissent radicalement le sens de la charité politique.
Ce type de positionnement « pastoral » amplifie la confusion régnant au sujet de la Lettre apostolique Amoris Lætitia. L’enjeu dépasse le cas précis des divorcés-remariés, étant donné que la notion d’actes intrinsèquement mauvais est directement en cause. S’il n’y a plus de normes morales absolues (cf. les dubia de quatre cardinaux 4) puisque la conscience serait habilitée « à légitimer des exceptions » (doute 5), la notion de « principes non-négociables » perd immédiatement toute raison d’être puisque, rappelons-le, ils sont une traduction politique de « principes moraux qui ne permettent pas de dérogation, d’exception, ni aucun compromis » (Benoît XVI).
Et pourquoi revendiquer l’objection de la conscience si cette dernière peut s’adapter aux circonstances ? À l’évidence, les confusions autour d’Amoris Lætitia sont lourdes de conséquences politiques. En attendant les indispensables éclaircissements, il appartient aux catholiques français de s’extirper du doute et de sortir de l’ombre les principes non-négociables.

JOËL HAUTEBERT

1. Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique.
2. Cf. L’HN n° 1626 du 19 novembre 2016 page 6.
3. voir l'information en espagnol
4. voir sur le site de "l'Homme Nouveau" : "ces cardinaux qui questionnent le Pape"

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